Cambon 1958-1963

Le Château Cambon était limité au nord par la rue de Tanaïs, à l'ouest par la rue Michel Montaigne jusqu'au pont du Cournalet, au Sud par la rue de Cambon, et à l'est par la rue de Bigorre, jusqu'au groupe d'habitations, puis la rue Edmond Blanc. La propriété était ceinturée par des murs en pierre et quelques portails qui permettaient de voir le vignoble, par exemple.

Petite histoire du Château Cambon de 1958 à 1963.

Avant de parler de la partie historique du Château Cambon, je vais l'aborder avec les propriétaires que j'ai connus en 1958, les Fouilhac de Padirac.

Ils prenaient la suite de la famille Tesseron, dont les gens de Cachac connaissaient divers événements de leur vie grâce à Amélia Gravier, qui travaillait chez eux comme blanchisseuse.

Pendant plusieurs étés, j'ai traîné près de la porte des domestiques du Château Cambon, car il y avait une petite fille un peu plus jeune que moi qui restait là, debout sans bouger, sur le seuil de la porte, durant de longs moments, c'était Josette Godard. Ses parents étaient métayers (natifs de la Vendée) et travaillaient dur au Château. Finalement nous avons sympathisé et j'ai pu satisfaire ma curiosité. J'ai, enfin, franchi la porte (des domestiques) du Château.

Dans un premier temps, seule la partie réservée aux domestiques m'était autorisée ainsi qu'aux enfants Godard : Roger, Josette et Chantal. Seul Roger, qui s'occupait du bétail avec son père, avait le droit de franchir le périmètre interdit. Nous pouvions jouer dans la cour devant la cuisine, sur le côté de la maison des métayers, dans les étables et sans bouger, dans le jardin potager.

Comme j'allais régulièrement à la messe le dimanche. C'est là que j'ai fait la connaissance d'Edmée Perrin, épouse de Padirac et du Comte de Padirac. Ils ont apprécié le fait que je fréquente l'Eglise. Et j'ai eu la permission de côtoyer parfois leurs enfants. Françoise qui avait environ mon âge, le Vicomte Philippe son cadet de trois ans, et le plus jeune le Vicomte Aimery de Padirac.

Quelle merveille, le parc du Château s'est ouvert à mes yeux, ainsi qu'un monde que je ne connaissais que par la lecture des livres de la Comtesse de Ségur.

Le parc était surveillé toute la journée par Charles Bosseux, ancien gendarme, habitant la maison "hirondelle" à Cachac. Toute la journée, il faisait des rondes à pied et Charles Rivière, de Linas, l'aidait dans son travail, il avait un vélo. Je pense qu'il participait à l'entretien du parc. Josette Gui (son père, puisatier, habitait Peybois) était l'employée de maison. Elle s'occupait de la cuisine, du ménage, des enfants et le soir partait sur le scooter de son amoureux, et futur mari, M. Bacquey (des Tulières).  Elle avait de longs cheveux blonds coiffés en queue de cheval, et portait des robes vichy, comme B.B..

"Mademoiselle" : La préceptrice, mince, jupe plissée et chemisier, cheveux tirés en chignon. Elle portait d'épaisses lunettes, avait un défaut de dentition qui la faisait un peu baver, mais ne semblait pas être sévère. Il n'était perceptible aucun lien d'affection avec les enfants. Elle leur donnait cours l'été dans la serre, puis les devoirs terminés nous avions tous les quatre le droit de jouer sur l'immense portique élaboré entre deux arbres gigantesques. Il y avait une balançoire dont nous nous servions peu, des anneaux et un trapèze sur lequel nous restions longtemps perchés car nous avions une meilleure vue sur l'ensemble du parc. "Mademoiselle" une fois, avec moi, a conduit, Françoise chez ses amis, les enfants Clémence et Jérôme Massart, au Château de Muratel à Blanquefort. C'est avec dépit et tristesse, qu'il m'a fallu accepter de voir s'éloigner ma compagne de jeux vers des amis dont la porte de la demeure resterait à jamais fermée pour des enfants comme moi, en 1959. Peut-être qu'en 1898, des membres de ma famille l'ont franchie tout naturellement ?

La piscine : Philippe, avec qui j'étais très à l'aise, sans savoir pourquoi, c'était grâce à sa personnalité simple, bon camarade de jeux aimant faire plaisir (il m'avait prêté tous ses albums de Tintin, même les derniers sortis). Avait par une belle journée demandé l'autorisation, mais j'ai des doutes, que je me baigne avec eux dans la piscine située devant la fabrique ou gloriette. Françoise m'avait prêté un maillot de bain. Nous avions tiré des rideaux pour clore la fabrique ou gloriette, qui servait de cabine de bain et nous nous étions déshabillés. Nous jouions tous dans l'eau, sans surveillance, nous n'avions pas pied à certains endroits, avant que les adultes y mettent un terme. Puis les paroles qui tuent : "Ce n'est pas une piscine publique !"

             - Gloriette : Une gloriette, mot provenant de gloire, désigne au XII ème siècle une petite chambre, et à partir de la Renaissance un petit pavillon situé dans le parc du château, comme lieu propice au repos et à la poésie. L'époque baroque multiplie les fabriques dans les parcs, ainsi que les gloriettes.

Le XVIII ème siècle et l'époque néoclassique met à la mode les petits temples à l'antique souvent dédiés aux muses, à Vénus ou Apollon, dans le courant du romantisme et des poésies élégiaques qu'il fait naître. Elle sert parfois de belvédère pour admirer la beauté de la nature. Lorsqu'elle est bâtie en rond avec des colonnes grecques.

Promenade en barques : Il y avait deux barques sur l'étang du château, l'une plus solide que l'autre. Mme de Padirac aimait l'eau, la natation et tout ce qui s'y rapportait. Elle a pris le temps de nous apprendre à pagayer sur l'étang. Elle était assise au bord de l'eau et nous prodiguait ses conseils. Je ne savais pas nager. Je trouvais l'exercice plaisant et je n'avais pas peur, car j'étais sûre qu'en cas de problème, Edmée se jetterait à l'eau pour me repêcher. 

Elevage de truites dans le Cournalet. En 1962, nous arrivons à la fin de la guerre d'Algérie. Il se peut que la famille de Padirac ait eu des propriétés dans ce pays ou (peut-être aussi) au Maroc car ils partaient souvent de Caychac. Et Françoise (jolie petite fille blonde aux yeux verts) avait essayé de me raconter qu'elle avait eu quelques problèmes en se promenant dans les rues avec les hommes de ces pays (j'espère ne pas l'inventer). Les de Padirac ont cherché d'autres sources de revenus, ils ont engagé un régisseur pour faire mieux fructifier leur propriété, celui-ci leur a conseillé d'élever des truites dans l'étang. Je crois savoir qu'il était malhonnête. Donc, le régisseur a élevé de minuscules truites dans un bassin en béton. Puis, un peu plus grosses, les a transvasées dans l'étang dont il avait clos par un barrage en bois la sortie vers le Cournalet. Des gens du village ont ouvert le barrage et toutes les truites ont circulé librement dans le ruisseau. Ce fut une lourde perte financière pour les de Padirac qui, mal conseillés, avaient investi une grosse somme pour cet élevage.

A partir de cet épisode s'arrête "ma vie de château". M. de Padirac souffrait d'une longue et cruelle maladie, comme beaucoup de personnes ayant vécu de la vigne, et tout a changé.  Le Comte Fouilhac de Padirac et Mme Edmée Perrin épouse de Padirac sont enterrés au cimetière de Blanquefort.