Cathos/Monde ouvrier Bx et env.

 

DE QUELQUES ATTITUDES DES CATHOLIQUES BORDELAIS ENVERS LE MONDE OUVRIER 1872 - 1914 - Jean-Claude Drouin -

Actes du XXXIIe Congrès d'Etudes régionales F.F.S.O. - Société et monde ouvriers, pp 227 - 240 -   

Le titre très ambitieux de cette communication montre seulement notre préoccupation de mettre en valeur les expériences qui ont été menées à Bordeaux dans certains milieux catholiques en faveur du monde ouvrier. Déjà Raymond Darricau a présenté, dans de nombreuses contributions. Les principales oeuvres catholiques du diocèse : en partant des documents des Archives départementales et des renseignements puisés dans la presse locale, nous voudrions montrer la permanence du problème social pour les catholiques bordelais, même si les solutions apportées ont connu des évolutions certaines, pendant une période de quarante-quatre ans. Depuis l'Oeuvre des Cercles catholiques d'ouviers (1872) jusqu'aux patronages de l'abbé Bergey, en passant par les Semaines sociales de Bordeaux (1909) et la propagande du Sillon, les attitudes sont variées et même parfois contradictoires. Mais elles sont toutes dictées par le même souci de lutter contre la pauvreté, de développer la formation personnelle des ouvriers, enfin, d'éviter les conflits violents.  

Les cercles catholiques d'ouvriers son définis par la baronne de Brivazac, présidente du Comité des Dames des Cercles Catholiques d'ouvriers en 1896. "Le  Cercle catholique d'ouvriers est la forme discutable mais trop légèrement blâmée qu'à prise une idée généreuse, celle de rapprocher, sans les confondre, les classes de notre société française, irritées les unes contre les autres par les doctrines irreligieuses et révolutionnaires et par les conséquences d'une transformation économique dont le peuple est la première, mais non pas la seule victime".

On sait qu'Albert de Mun est à l'origine de ce mouvement national. En fait, les préoccupations des légitimistes sont bien antérieures à 1871. Il existait déjà de nombreuses oeuvres ouvrières et des cercles qui s'étaient réunis en Congrès à Nevers le 4 septembre 1871 pour former l'Union des associations catholiques sous la direction de Mgr de Ségur. D'autres congrès se déroulèrent à Poitiers en 1872 et 1875 avec le cardinal Pie, la Revue des Associations catholiques ouvrières, créée en 1870, fut réorganisée en 1872. A Bordeaux, un Conseil Diocésain des oeuvres ouvrières fonctionnait avec l'abbé Martial, le vicaire général.

Après le guerre de 1870 et à l'exemple des thèses développées en Allemagne et en Autriche par Mgr Ketteler et par Charles von Vogelsang, Albert de Mun qui avait découvert sa vocation sociale au moment de la Commune, avait créé en France à la Noël 1871 l'Oeuvre des Cercles Catholiques d'ouvriers. Prenant exemple sur Maurice Maignen qui, dans son cercle de Montparnasse, avait donné aux jeunes travailleurs une plus grande autonomie, Albert de Mun multiplia dans toute la France des cercles en y adjoignant un comité protecteur recruté dans la classe dirigeante. En 1878 l'oeuvre comptait selon certains jusqu'à 8 000 membres protecteurs et 35 000 travailleurs. Lors de l'exposition de 1900, le bilan de l'oeuvre faisait apparaître la création de 418 cercles avec 60 000 membres, de 136 syndicats agricoles avec 42 500 adhérents et de 77 syndicats dits de "l'aiguille" qui étaient des associations chrétiennes des mères de famille.

Etablie à Bordeaux en 1872, l'oeuvre des cercles catholiques d'ouvriers compta d'abord deux cercles, celui de la paroisse Saint-Seurin, fondé en décembre 1872 (192 membres un an après), et celui de Saint-Nicolas, inauguré le 20 avril 1873, avec 140 membres (94 seulement en décembre 1873). En 1875, un troisième cercle fut mis à l'étude, il fut inauguré finalement le 26 août 1876, ce fut le cercle des Chartrons.

Le but des cercles n'est pas d'attirer les masses mais de former une élite. Les membres ouvriers participent au gouvernement intérieur sous le contrôle d'un directeur écclésiastique et d'un président laïque assistés par un conseil de quartier et de conseils intérieurs élus par les ouvriers. Pour être admis, il fallait trois conditions : être âgé  de 16 ans au moins, être présenté par un membre du cercle ou par "toute personne honorabl'". Par définition L'oeuvre des cercles catholiques d'ouvriers a pour but le dévouement de la classe dirigeante à la classe ouvrière ; pour principe les difinitions de l'Eglise sur ses rapports avec le société civile et pour forme le cercle catholique d'ouvriers.

Les liens avec les catholicisme sont marqués par l'acte de soumission à l'Eglise et à la parole du Pape et par la consécration au Sacré-Coeur. On honore un saint patron et le patron de l'Oeuvre, saint-Joseph, le 19 mars. L'oeuvre est aussi caractérisée par sa bannière (drapeau avec le Sacré-Coeur) solennellement portée lors des processions et des fêtes religieuses. Chaque année, les cercles catholiques de Bordeaux organisaient au moins trois pélerinages au Sacré-Coeur de Paris avec renouvellement de la consécration de l'Oeuvre à Notre-Dame de Verdelais et un autre à Notre-Dame de Soulac. Parmi les oeuvres religieuses il faut signaler l'Oeuvre du Rosaire, celle de la Communion réparatrice et celle des prières et messes de Requiem pour les membres décédés.

Les Cercles catholiques d'ouvriers furent, selon ses fondateurs, "des centres de réunion où les ouvriers, isolés des entraînements trouvent tous les bienfaits moraux et matériels de l'association". Les avantages étaient les suivants : des organisations économiques, des institutions sociales, des moyens d'instruction. Le bureau de placement consista d'abord en un registre où les industriels et commerçants d'une part, les ouvriers et les apprentis d'autre part pouvaient inscrire offres et demandes d'emplois. Plus tard, sur l'implulsion de Frère F. Jucodin Marie, directeur de l'Ecole de la rue de Pessac , un bureau catholique de placement fut fondé le 1er avril 1894. En relation avec Cordier du Nouvelliste et Moine de Bordeaux Journal, il pouvait faire passer de la publicité gratuite dans ces feuilles. Du 1er mai 1894 ai 15 juillet 1895, 304 personnes furent ainsi placées, 275 du 15 juillet  1895 aum 15 juillet 1896. D'abord réservé aux anciens élèves des frères des Ecoles Chrétiennes, le système fut étendu à tous y compris les anciens des écoles laïques, à condition qu'ils produisent un certificat du curé de leur paroisse démontrant qu'ils étaient des catholiques pratiquants.

Chaque cercle possédait une caisse de famille alimenté par les contributions volontaires des ouvriers et destinée à venir en aide aux membres malades et sans travail, une autre procurait aux malades les secours du médecin et les remèdes pharmaceutiques. En 1895 les caisses de famille avaient en réserve 3 000 francs, elles avaient secouru 54 ouvriers pour un total de 710 francs soit 13 francs en moyenne. Elles étaient alimentés soit par une cotisation fixe de 0,25 francs soit par une quête faite à l'issue de la messe du dimanche.

Pour l'instruction, des conférenciers présentaient les sujets les plus variés. Dans l'hiver 1894-1895 vingt-trois conférences eurent pour thèmes des sujets historiques (Du Concordat ; de l'histoire des Chartrons), l'actualité (De Madagascar ; Choses d'Italie) et surtout des thèmes où se mélangeaient la religion et les idées sociales et politiques. Citons les principaux : De l'influence des idées chrétiennes sur les questions sociales ; Des principales plaies de notre état social : Où mène le socialisme ? ; De la raison d'espérer basé sur la renaissance morale et religieuse. Le Comte de Noaillan constatait en 1896 "l'immense avantage" de ces conférences, car "elles permettent de résoudre des difficultés, des objections qui, très souvent, sont opposées à nos ouvriers et leur paraissent irréfutables".

Curieusement, les documents des archives et les articles de presse ne fournissent des renseignements sur les Cercles catholiques d'ouvriers que d'une façon discontinue : en 1876 et entre 1890 et 1895. Le Congrès de l'Union des Oeuvres ouvrières catholiques de France se déroula à Bordeaux à la fin du mois d'août 1876. Il fut ouvert par l'archevêque de Bordeaux lui-même et par Mgr de Ségur directeur du Congrès, en présence des chefs nationaux du mouvement, Léon Harmel et René de la Tour du Pin, et d'un délégué du cardinal de Manchester et des oeuvres catholiques anglaises. Cinq cents personnes assistèrent aux séances qui se tinrent au Grand Séminaire. Selon Mgr de Ségur il s'agissait seulement "des oeuvres ayant pour but de conserver au Christ les amis des ouvriers (enfants ou hommes), des soldats par une propagande active". Certaines interventions émirent le voeu de multiplier les orphelinats agricoles "afin d'arracher aux séductions des ateliers les orphelins et de fournir des bras à l'agriculture". Mais avant tout Mgr de Ségur déclarant la guerre à la libre pensée "le pire de tous les fléaux qui menacent la société". et faisait l'éloge du pape Pie IX "le Christ sur la Terre".

Les rapports du commissaire spécial de la police des chemins de fer, toujours très précis, ne fournissent de renseignements substentiel qu'à partir de 1890. Peu avant la mort de Mgr Guibert (15 août 1890), les Cercles catholiques ouvriers de France tiennent leur assemblée régionale à Bordeaux à partir du 29 mai avec la participation de Léon Harmel et M. de la Guillonnière. A cette date, trois cercles catholiques existaient à Bordeaux, un à Podensac, un à Sarlat et un à Libourne. Celui de Saint-Louis, installé 87, rue Cornac, aurait compté jusqu'à 200 membres. Les participants dont le comte des Grottes, président des Cercles catholiques de Bordeaux, et de Bonvouloir, secrétaire de la zone du Midi, répètent encore les points principaux du programme : l'influence sur la classe élevée, le concours du clergé, les actions dans l'industrie et le commerce, les relations avec les autres oeuvres. D'une façon plus originale, certains orateurs abordent devant un auditoire d'une centaine de personnes (65 laïques, 30 prêtres et 10 femmes) le problème des syndicats, des économats domestiques et des banques populaires. Enfin l'abbé Jouliat évoque les "misères et les pauvres honteux... et indique les remèdes à apporter à cet état de chose fruit de la mauvaise organisation sociale.

Mais,  dans l'ensemble, l'ambiance n'est pas optimiste en 1890. Le Cercle catholique ouvrier de Saint-Louis aurait connu un recul depuis quelque temps, il n'a plus que 90 membres. Les causes ? L'exiguïté du local et la mauvaise situation générale. Léon Harmel et le comte des Grottes se plaignent des persécutions religieuses et de l'inaction du gouvernement : "Le gouvernement n'a jamais rien fait pour la classe ouvrière", affirment-ils.

Cependant, les Cercles continuent leurs activités, il s'agit souvent de conférences. A Saint-Seurin, 140 personnes, le 10 juillet 1890, et 98 le 24 juillet, viennent entendre le colonel Prévot parler de son voyage en Terre Sainte. On connaît la composition de l'auditoire du 24 juillet : 12 ecclésiastiques, 60 personnes membres du Cercle, 10 ouvriers tonneliers. Mais les problèmes trop brûlants ne semblent pas évoqués ; toujours au Cercle catholique ouvrier de Saint-Seurinl'abbé Ory, ancien rédacteur à la La Croix, engage les membres adhérents à ne pas parler de politique dans les Cercles.

Le Congrès régional de 1892 a été présenté par R. Darricau. Le P. Didon devant plusieurs milliers de personnes passa en revue les initiatives variées qui suivirent ce congrès depuis la revue Etudes sociales et économiques jusqu'aux bureaux de placement gratuit. Par contre, les rapports de commissaire de police sont très brefs sur ce congrès, ils n'indiquent que le nombre de 2 000 personnes ayant entendu le Père Didon parler de la justice sociale.

Quelques années plus tard, les Cercles catholiques ouvriers fusionnèrent avec d'autres oeuvres lors du Congrès des Oeuvres Catholiques organisé du 29 juillet au 4 août 1895 par le vicomte de Pelleport-Burète et le comte Eugène de Lur-Saluces. Le nouvel organisme se divisa aussitôt en 11 commissions et en 4 sections : instruction et éducation primaire, mutualité et coopération (Confrérie de Notre-Dame du Travail), oeuvres sociales d'assistance et de patronage, oeuvres de jeunesse.

Lors du Congrès, des rapports furent présentés qui permettent de faire le point sur les Cercles ouvriers à Bordeaux. Les deux premiers cercles sont ceux de Saint-Seurin et de Saint-Nicolas, fondé en 1872, mais le second, le plus prospère, fut supprimé par l'autorité préfectorale. Le Cercle des Chartrons, créé en 1877, existe encore. Le Cercle de Saint-Pierre, après des difficultés en 1894, semble avoir été reconstitué, peu après. Au total, il existait donc trois cercles à Bordeaux en 1895 groupant 525 ouvriers. Ces trois cercles étaient chacun sous la direction d'un conseil de quartier nommé par le Comité et présidé par un de ses membres ; un seul avait un aumônier spécial et jouissait d'une chapelle.

Dans chaque cercle des réunions mensuelles et trimestrielles étaient organisées. L'administration était confiée à un conseil extérieur dont les membres se partageaient les différents emplois : administration de la caisse de famille, visite des malades, chapelles, contrôle des présences, bibliothèque, jeux. Cette organisation est donc celle qui s'est maintenue de 1872 à 1895 avec 4 390 ouvriers. Le bilan du comte de Noaillan est un constat de disparition, mais les Cercles étaient considérés comme "l'oeuvre principale, celle qui nous a permis de prendre pied sur le terrain ouvrier, celle qui, je l'espère nous permettra de compléter notre action par des oeuvres sociales et économiques de toutes sortes".

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A partir de 1895 quelles furent donc à Bordeaux et dans la Gironde les principales oeuvres sociales et économiques qui, conformément aux instructions du pape Léon XIII, s'intéressèrent aux problèmes ouvriers ? Nous citerons pour mémoire l'action de l'abbé Naudet entre 1892 et 1896, fondateur du journal La Justice Sociale qui fut publié pendant quinze ans à Bordeaux et nous étudierons surtout les expériences pratiques et les différents Congrès qui permirent de faire le bilan des expériences.

Dans le domaine de l'action directe, deux actions paraissent originales. Tout d'abord la pénétration dans les milieux ouvriers est dénoncée par les enquêteurs et les autorités. "Dans les paroisses populeuses et ouvrières pour permettre au clergé d'entrer plus intimement en rapport avec les familles et d'attirer à lui la jeunesse seront créées des chapelles auxiliaires avec bibliothèques et salle d'oeuvre et desservies par des prêtres résidants. "Au congrès diocésain de 1908, l'intervention de l'abbé Bauzin qui demande aux catholiques de se pencher sur la question ouvrière fait dire au commisaire que les catholiques dans le quartier Saint-Victor d'Arlac et de la rue Mouneyra : "(ils) ont groupé là une population ouvrière de 600 personnes qui leur est assurée".  Les représentants de l'autorité républicaines reprochent sans arrêt aux groupes cléricaux (Conférence Saint-Vincent de Paul, A.C.J.F., Action Libérale Populaire mais aussi l'Action française et la Ligue Patriotique des Français) d'enrégimenter la jeunesse et de l'élever dans un sens catholique et anti-républicain. On lit dans une lettre adressée au président du Conseil : "Les dames catéchistes, les membres de société de secours mutuel, ceux de l'Action française peuvent jouir de quelque ascendant sur les familles dans lesquelles elles s'inscrivent sous le couvert de la charité".

L'oeuvre de l'abbé Joseph Mauriac paraît aussi nouvelle. Cet ancien directeur du Séminaire de Rodez avait organisé le catéchisme pour les enfants déshérités et ceux qu'il appelait les "Philistins et les Victorins, ramassis de toutes les paroisses et groupés ensuite en patronage". Aidé de l'abbé Baptiste, ancien professeur de théologie au Grand Séminaire de Bordeaux, l'abbé Joseph Mauriac s'occupait en 1907 du patronage Saint-André, installé au 27, rue du Temple. Le commissaire central donne des renseignements fournis par un indicateur de police : les 30 à 40 jeunes gens de 17 à 22 ans réunis par les abbés seraient "des souteneurs et les apaches du quartier de la prostitution , en partie des repris de justice qui, ont déjà leur place marquée dans les annales du crime". Les autorités sont d'abord déconcertées devant ce type d'action. Certains n'hésient pas à accuser les prêtres de pédérastie, d'autres assurent que les prêtres veulent "tenir en main et en haleine des groupes indisciplinées de jeune gens qu'ils lanceront sans doute dans la rue lors de l'arrivée à Bordeaux de M. le Président de la République pour créer une manifestation hostile contre lui".  

En fait, le Commissaire doirt reconnaître qu'il n'a pas été possible de découvrir des témoignages pour affirmer d'une façon irréfutable les relations qui existent entre les prêtres et les individus, il se scandalise seulement des "chansons et monologues les plus orduriers" que les prêtres tolèrent de la part de leurs élèves. La vérité semble être proche d'un autre rapport de la même année 1907. "L'abbé Joseph Mauriac s'adonne à une oeuvre d'évangélisation des classes pauvres et des enfants qui ont de mauvais instincts... il s'occupe de les placer, il leur vient en aide, il s'efforce de leur inculquer les théories du Sillon et du socialisme chrétien. C'est un original dont les élèves se sont toujours moqués". Cependant son action semble soutenue par le député Ballande qui lui a prêté une salle de gymmastique entre le 249 de la rue Lecocq et le 150 de la rue Guillaume-Leblanc pour lui permettre de créer l'Association récréative d'Ornano, avec jeux de cartes, de dames, d'échec, des haltères, etc.

Sur le plan plus général, l'abbé Bauzin avait lors du Congrès diocésain de 1908, souligné l'urgence de se pencher sur la question ouvrière. C'est par le biais des patronages due l'action fut engagée. En 1908, l'Union Régionale des Patronages du Sud-Ouest dirigée par E. GLOTIN, apôtre des sports dans la région aurait groupé 74 047 adhérents dans  474 paroisses (sur les 485 du diocèse). Les commissaires de police reprochaient à l'Eglise catholique de "gagner l'enfance de l'élever dans un sens catholique et antirépublicain". Déjà les rapports mettent en relief l'action d'un "jeune et bouillant vicaire de Saint-Emilion", l'abbé Bergey qui menait une guerre sans trêve au gouvernement et à la franc-maçonnerie. Son action consistait à multiplier les salles de lecture (celle de la rue Fondaudège), à diffuser les "bons journaux", à prononcer des conférences publiques sur des sujets controversés comme la Saint-Barthélémy et l'Inquisition, à organiser des oeuvres d'assistance aux malades ouvriers.

Ainsi, les autorités de la police et de l'administration expriment leur crainte de voir l'Eglise développer les oeuvres de patronage, et de charité (les Boute-en-Train, la Conférence Saint Vincent-de-Paul) dans les milieux populaires et ils redoutent l'enrégimentement des cahtoliques bordelais dans des groupes à la fois cléricaux et politiques comme l'A.C.J.F., l'Action Libérale Populaire et l'Action Française.

Il est certain qu'Edouard GLOTIN était en même temps membre de l'Action libérale et ques les enquêteurs mettent une étiquette derrière chaque patronage. Les jeunes de Pessac : Action française ; le Chêne de Bègles ; Le Sillon, la Société sportive des Chartrons ; Action Libérale. En 1911 au moins deux groupes prônent l'action politique et l'action sociale en tantant de faire un trait d'union entre les patronages du Sud-Ouest et les groupes d'ouvriers  d'Action française : le comité du groupe des jeunes d'A. F. et l'Union catholique du personnel des chemins de fer P. O. de Sainte-Marie de la Bastide. Dès décembre 1910, René Jeunet avait créé au patonnage les jeunes de Saint-Bruno un groupe d'A. F. concernant les fonctionnaires civils tout en reconnaissant que les ouvriers formaient le "groupe le plus important et les plus utile". Devant l'essor des sociétés sportives catholiques les autorités réagissent : le sous-préfet de Blaye demande d'organiser le plus tôt possible des groupement sportifs républicains.

A côté de l'abbé Bergey, un autre personnage a joué un rôle moteur dans l'organisation des patronages : il s'agit de l'abbé Gas, rédacteur à la Croix et au réveil catholique de Bordeaux, qui développa l'escrime, le fleuret, le football, la bicyclette dans les sociétés girondines. Depuis 1905,  à Barsac, chaque année les sociétés sportives y organisèrent des fêtes : celle de mai 1907 à Bazas regroupa 41 sociétés et 1 800 gymnastes ; en juin 1914 à Bordeaux il y avait 48 sociétés et  1 500 gymnastes. Mais dès 1908 Glotin menait l'autocritique en affirmant que très souvent et surtout dans les campagnes l'esprit chrétien n'existait pas.

Avant 1914 le théoricien et le pratricien des patronages catholiques dans les milieux ouvriers et paysans a donc été l'abbé Bergey qui, en septembre 1908, a effectué un voyage en Belgique pour y étudier en détail le fonctionnement des patronages. Son programme précis est résumé en quatorze points et montre les préoccupations à la fois sociales et religieuses des milieux catholiques :

 1 - Le grand nombre d'abord et le recrutement à partir de cinq ans.

  2 - Former autant de patronages de filles.

 3 - Les transformer tous en sociétées sportives de toutes sortes selon les besoins des milieux.

 4 - Répandre les patronages dans les centres ouvriers de préférence.

 5 - Faire éclore à côté de chaque patronage une oeuvre sociale.

 6 - Créer des relations très suivies entre les patronages.

 7 - S'affirmer chrétiens franchement en mêlant toujours la religion et le patriotisme.

 8 - Donner aux patronages le même importance qu'aux écoles.

 9 - Au point de vue pratique faire contribuer chaque adhérent aux dépenses générales par une cotisation de 5 à 10 francs selon les patronages et le rang d'ancienneté de chaque membre.

10 - Faire gérer la caisse par un conseil d'administration composé mi-partie de pères de famille, mi-partie de jeunes gens.

11 - Organiser dans chaque patronage une mutualité assurance coopérative destinée à resserrer les liens d'amitié tout en procurant des avantages matériels.

12 - Créer des écoles d'apprentis et des écoles hebdomadaires,  y réunir les jeunes gens et compléter l'enseignement catholique en science, histoire, morale civique.

13 - Faire assister en corps à la messe chaque dimanche, participer aux sacrements tous les mois ou plus souvent.

14 - Entrecouper les cours de gymnastiques de cours d'instruction religieuse.

Ainsi ce programme montre la permanence des préocupations du clergé, mais aussi des laïcs cahtoliques vis-à-vis des milieux ouvriers.

Les congrès nationaux permettaient, en même temps, d'exprimer les opinions des catholiques sur les graves problèmes sociaux du début du siècle (la multiplication des grèves, la montée du socialisme).

Le Congrès diocésain de 1908 fut suivi quelques mois après (début de 1909) par la dissolution des Oeuvres catholiques par l'archevêque. Cependant Bordeaux est, du 26 juillet au 1er août 1909, le siège des Semaines sociales de France. Trente-quatre évêques envoyèrent des encouragements aux organisateurs qui suivent les instructions d'Albert de Mun et d'Etienne Lamy. On trouve parmi les organisateurs des ecclésiastiques mais aussi des universitaires, les professeurs Henri Lorin et Xavier Arnozan, et des avocats. Dans l'ensemble, les intervenants considèrent la grève comme un phénomène normal et général qui ne viole pas les contrat de travail et qui a eu souvent des conséquences heureuses. Un autre conférencier, Marcel Lecoq, prend la défense des conventions collectives afin "de limiter les abus de l'autorité patronale et de mettre un terme à l'anarchie économique née de l'individualisme révolutionnaire. Un autre point discuté est l'abolition du travail la nuit et le samedi et le dimanche. Si l'ensemble des participants partagent ces points de vue en prenant aussi la défense des syndicats, ils ne peuvent oublier la mise en garde de Mgr Andrieu contre le socialisme "amas de promesses fallacieuses destinées à faire le jeu des uns et la misère des autres".

L'action des notables catholiques dans le monde ouvrier ne peut pas être séparée de la propagande politique. Au début, les responsables des Cercles possédaient une conception du monde très inspirée par le légitimisme ; après 1900 d'autres conceptions sont proposées aux ouvriers par les disciples de Marc Sangnier ou de Charles Maurras.

L'influence du Sillon sur le milieu bordelais est difficile à estimer.  Les visites et les conférences de Marc Sangnier furent nombreuses. Signalons les principales, celle du 8 septembre 1903 fut strictement privée, celle du 9 avril 1905 se déroula devant 4 000 spectateurs, celle du 7 avril 1907 à l'Alhambra devant 3 000 également, celle du 20 juin 1909 n'eut que 1 500 auditeurs. Mais très souvent les ouvriers qui assistaient à ces conférences (100 sur 3 000 en 1907) venaient y apporter la contradiction : on retrouve souvent le nom de Socolovert qui vient défendre les thèses laïques et socialistes.

En avril 1905, vu les incidents, le commissaire de police a dû suspendre la séance. C'est cours Pasteur que deux cents participants de Sangnier ont crié Vive la liberté ! tandis que 50 socialistes répondaient A bas la calotte !  

Le 4 novembre 1905 un disciple de Sangnier, le Dr Duverger, qui proposait une éducation chrétienne et l'émancipation des travailleurs des deux sexes, fut mis en minorité par un ordre du jour voté par les socialistes présents "déniant au Sillon tout pouvoir d'émancipation et le qualifiant de manoeuvre hypocrite de la Cour de Rome pour retarder et faire avorter le triomphe prochain et certain du socialisme". Cependant, il existait dès 1903, sept cercles d'études à Bordeaux et trois à l'extérieur (Pauillac, Blaye, Saint-André-de-Cubzac). Le nombre d'adhérents vers 1907 fourni par un modeste bulletin mensuel est faible : 145 à Bordeaux, 60 pour la Gironde et quelques dizaines pour les départements. Trois noms reviennent le plus souvent parmi les responsables du Sillon en Gironde : Louis Clavère, secrétaire général, commerçant en vin et agent général d'une société (du Lyzol), la famille Kellersohon et Jacques Rödel.

Joseph Kellerson agrégé d'allemand professeur au Lycée, prononça en 1907 de nombreuses conférences aussi bien à Bordeaux qu'à Libourne accompagné de son frère Maurice. Jacques Rödel, un ancien de Tivoli, fils d'un important fabricant de conserves alimentaires et petit cousin d'Henri Rödel alors subsitut du Procureur de la République, était connu malgré son jeune âge (vingt deux ans en 1907) comme un républicain libéral et un brillant conférencier. C'est lui qui, dans ses discours, définit le mieux les idées du Sillon : "Les réformes sociales s'imposent, mais le prolétariat doit sortir du régime de servitude sans employer la violence..." (24 février 1907). "Le but du Sillon est la transformamtion de la Société par les syndicats, les coopératives... les syndicats sont non un palliatif mais un remède aux malades qu'engendre une société capitaliste... L'avenir du prolétariat doit se faire par l'émancipation du devoir démocratique et découler du but professionnel des travailleurs qui sont la masse..."

On peut citer aussi Michel Darbon dont les articles apparaissent dans le journal La Vie Fraternelle puis dans le supplément du Sud-Ouest à L'Eveil Démocratique. Lui aussi définit les buts du Sillon : "Le succès du Sillon, c'est la faillite des espérances monarchiques autant que de l'agitation anti-religieuse". "La révolution sera bénie qui nous donnera une société plus fraternelle et plus juste".

Sur le plan pratique, Jacques Rödel tente en avril 1907 de soutenir les 80 grévistes de l'usine de chaussons Auzary à la Réole, mais il ne peut empêcher "l'écrasement des ouvriers" qui sont soumis au "sectarisme étroit et mesquin des bourgeois anticléricaux". Critiqués à la fois par les socialistes et par l'Action français, les membres du Sillon ont eu beaucoup de mal à se faire entendre à Bordeaux. Cependant Marc Sangnier se rend encore à Bordeaux le 20 juin 1909, il attire de 1 500 à 1 800 persibbes (dont un grand nombre d'opposants). "L'orateur a montré un talent épuisé et on peut dire que son discours n'a rien déplacé "écrit le commissaire de police. Le 5 mars 1911 Sangnier présente son journal la Démocratie et parle du socialisme chrétien devant 700 personnes à la salle Franklin. On est loin des 4 000 auditeurs de 1 905 !

En outre, malgré la présence de certains abbés aux réunions du Sillon (abbé Desgranges, de Limoges, ; l'abbé Deslandes, à Libourne), les autorités officielles de l'Eglise furent très prudentes vis-à-vis du mouvement. Ainsi le 10 mai 1907. L'Aquitaine publie une mise au point pour répéter que le cardinal Lecot n'avait pas béni le Congrès national qui se tenait alors à Bordeaux.

Plusieurs exemples montrent les tentatives réalisées ver 1909-1912 pour mener une propagande anti-socialiste, nationaliste, anti-maçonnique dans les milieux de patronage et des ouvriers. En liaison avec le journal Le Nouvelliste, un fervent royaliste, Fernand-Etienne-Castéra employé des chemins de fer du Médoc, lança le 23 juin 1909 le nouvement Jeunesse Jeune propriétiste de France. Le but de ce mouvement, selon son fondateur le député Biétry, était de marcher avec le patronat et de lutter à outrance contre le collectivisme. Pratiquement Castéra et Fernand Decis, un autre camelot du roi, voulaient créer un bureau de placement et lancer l'Oeuvre de la mie de pain pour ouvriers pauvres. Ce mouvement ne semble pas avoir connu un grand succès à Bordeaux.

Au patronage de Saint-Seurin, Les Vaillants, le président Bertau fait l'éloge le 12 décembre 1910 de l'Action française et de Lucien Lacour qui avait giflé Aristide Briand. A la section d'études des Groupes ouvriers de l'Action française, un camelot du roi, Marc Bernard, parle devant 100 personnes de l'Empire Juif. Le 21 avril 1911 Giard, orateur de l'Union Catholique de la Gironde proteste contre "les manoeuvres, de la franc-maçonnerie et des Juifs qui veulent mettre la main sur les organisations ouvrières". Il demande aux ouvriers catholiques de Bordeaux de protester dontre la venue dans la ville du "frère Monis". Dans ses innombrables tournées l'abbé Bergey s'en prend surtout à la franc-maçonnerie et aux hommes politiques comme Poincaré, Briand, Bourgeois, représentants d'une "certaine classe de la société qui l'opprime et lui gaspille des biens nationaux".

Ainsi l'analyse minutieuse des dossiers contenant les rapports détaillés des commissaires de police permet de suivre les permanences et les changements dans l'attitude des catholiques bordelais vis-à-vis du monde ouvrier.

Pour les fondateurs des Cercles catholiques d'ouvriers, comme pour l'abbé Garnier et pour l'abbé Bergey, il s'agit avant tout de respecter un ordre social chrétien en prônant l'alliance des classes sociales au nom du catholicisme. La charité, l'entraide, le patronage sont pour eux des moyens pour résoudre la question sociale.

Mais les méthodes préconisées au début du XXe siècle sont différentes de celles de 1872. Les conférences théoriques et les pélerinages ne suffisent plus aux prêtres dynamiques qui se font les défenseurs des sports aurprès de la jeunesse. De défensive l'attitude du clergé bordelais est devenue offensive : il lutte en particulier contre la franc-maçonnerie. Mais cet aspect agressif conduit certains responsables catholiques à vouloir imposer leur conception personnelle de la vie politique en prenant la défense soit de la restauration soit de la monarchie, soit d'une démocratie réformiste. A l'idéal abstrait d'un ordre social chrétien proposé par La Tour du Pin ont succédé les conceptions plus positives et plus concrètes de la monarchie selon Charles Maurras et de la démocratie chrétienne de Marc Sangnier. Les milieux catholiques sont divisés tandis que les ouvriers sont peu réceptifs à leurs appels.

Les cercles catholiques l'ouvriers de Bordeaux n'auraient attiré que 3 290 ouvriers en plus de vingt ans (1872-1895). C'est peu, et il serait nécessaire d'examiner à quels secteurs d'activité appartenaient ces ouvriers. Quelques renseignements laissent à penser qu'il s'agit souvent d'artisans. Quand aux ouvriers aui assistent aux conférences du Sillon, il s'agit souvent de contradicteurs qui représentent le socialisme ou l'anarchisme. A la veille de la guerre de 1914, le Sillon est en difficulté après la condammation prononcée en mars 1910 par le cardinal ANDRIEU et l'Action française, malgré ses efforts pénètre peu le milieu ouvrier, seule l'action des patronages menée par l'abbé Bergey paraît en pleine progression.

Je ne retranscrirai pas les notes dans leur intégralité.

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Raymont VALET - Feuillets d'une mémoire - pour l'histoire de Blanquefort - © copyright - Groupe d'Archéologie et d'Histoire de Blanquefort (G.A.H.BLE)

SOUVENIRS D'ENFANCE ET DE JEUNESSE

Cette commune était divisée par deux courants d'opinion bien caractérisés : les radicaux de l'époque mangeurs de curé, soi-disant républicains, partie avancé de l'époque où socialistes et communistes n'étaient pas connus chez nous, et les autres à tendance cléricale, plus nombreuse à cette époque dans notre commune.

LA VIE LOCALE EN 1900

Il y avait 2 sociétés sportives : l'avant-garde et "les Bluets", sociétés civiles loi 1901 : de même 2 cafés, un pour chaque clan. La paroisse était administrée par un curé-doyen et un vicaire, ce dernier s'occupait activement du patronage et du cercle ouvrier. Un grand bâtiment, en construction légère sur un terrain donné par la famille Vuillaume et bâti par dons et souscription, était un lieu de rendez-vous où les personnes d'un certain âge pouvaient jouer aux cartes, aux dominos, etc. On y trouvait des boisssons non alcoolisées à des prix avantageux ; c'était très fréquenté par les ouvriers qui n'allaient pas au café.

Puis cela a disparu, laissant place aux Bluets avec section de gymnastique et de sports. Des concerts étaient organisés, soit par la Société, soit par la Congrégation des jeunes filles : on y jouait des opérettes, des pièces charmantes et choisies, on louait les costumes rue Bouffard ; ces concerts étaient bien rendus et bien suivis. Nous participions, avec les recettes, à des sorties qui nous comblaient de joie ; enfants on respectait moniteurs et organisateurs, car on voulait participer.

L'ECOLE COMMUNALE DERRIERE LA MAIRIE

L'école communale derrière la Mairie, avait 2 classes de garçons et 2 classes de filles, on ne prenait les enfants qu'à partir de quatre ans. L'école libre, qui occupait la Dimière et dont les locaux ont été divisés par la suite, avait 3 classes de filles sous la direction de Mme Gauthier-Lacaze et de Melle Amélie Martin, habitant le domaine de Montigny. Les garçons étaient logés au "petit cercle", rue Jules Ferry, avec 2 classes sous la direction de M. Teullier et M. Allo, anciens frères.

SAINT-MICHEL

L'école Saint-Michel, tenue par des frères était très côtée, fréquentée par le gratin ; elle préparait aux concours des grandes écoles, Arts et Métiers, etc. Les parents venaient chercher leurs enfants, cela formait de l'animation dans la commune. Je me souviens du branle-bas occasionné par la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1907. L'inventaire fut fait à l'époque par le Receveur des domaines, M. Rabier, qui habitait rue Gambetta. Il ne put opérer le jour même, les membres de la Fabrique s'y opposant, injuriant le receveur. Il a dû procéder un autre jour avec le concours de la gendarmerie, puis Saint-Michel et le petit-cercle furent vendus au Tribunal.

Mme Tastet-Girard en fit l'acquisition, elle fit don de l'école Jules Ferry pour l'éducation des enfants de la commune, dont le doyen en exercice était le gérant. Saint-Michel fut aménagé aux frais de la donatrice, le bâtiment ne correspondant plus à sa destination ; il servit pendant la durée de la guerre 14/18 comme hôpital suburbain, on y a soigné de nombreux blessés avec le concours bénévole de dames dévouées de notre commune. Une fois rénové, il a été offert à la commune par la donatrice pour en faire un hospice de vieillards. La municipalité de l'époque n'avait pas organisé le démarrage, manque de crédit, le temps passait, la municipalité fut mise en demeure de remplir les conditions formelles du legs ou de l'annuler. C'est alors que fut trouvé le fonctionnement et la prise en charge par les soeurs du Bon Pasteur, ce qui sauva la situattion délicate et onéreuse pour une municipalité sans grandes ressources.

LES "BLUETS"

Le patronage "Le Bluet Blanquefortais" fut fondé en 1902 par l'abbé Dabadie, vicaire affilié aux patronages de la gironde ; ce fut le rassemblement de la jeunesse car il n'y avait pas d'autre société dans la commune. Cette société était composée de deux sections, une de gymnastique et une de batterie clairons et de tambours costumés de blanc avec turban et béret bleu. 

Les sociétaires étaient très disciplinés (nous étions tous obéissants à cette époque= : nous ne manquions pas les réunions qui se faisaient au "grand cercle" ou "petit cercle". Par beau temps, équipés de tous les éléments pour la gym. : barre fixe, parralèles, anneaux, trapèze, saut en hauteur, en longueur, etc. : son effectif d'une soixantaine de jeunes et de moins jeunes encadrés par deux moniteurs qulifiés MM. Clos et Maloueste qui nous rassemblaient par section deux fois par semaine à jours fixes : deux commissaires, chef de section, MM. Joseph Delhomme et Joseph Miquau, aidaient les moniteurs dans chaque discipline, on travaillait à l'assouplissement des formes et des caractères. En mars 1904 M. Dabadie nous quitta, il fut nommé curé à Bordeaux Saint-Louis et remplacé par l'abbé Bordes un grand animateur qui redonna un nouveau souffle, à notre société, car il participait, n'ayant aucune crainte de quitter sa soutane pour rentrer dans l'action.

La batterie composé d'une quarantaine d'éléments avait pour chef M. Lespine dit le Chacail, homme mûr très qualifié, très dévoué et sachant se faire écouter, faisant deux répétitions par semaine ; les exécutants qui ne donnaient pas satisfaction étaient repris, puis punis pour la première sortie. car le patro était assez souvent de sortie, soit en vue de concours dans le département, soit pour des fêtes environnantes. La batterie en tête, drapeau au vent, où figurant en lettres d'or "Honneur et Patrie", conduite par son tambour-major d'une grande prestance, enfant du pays, Victor Genin, un grand et beau garçon mort au champ d'honneur. Notre patro avait dans les environs une certaine cotation.

EN 1905 GRANDE FETE FEDERALE SUR LE PRE DU DOCTEUR CASTERA - Aujourd'hui le Clos -

En juin 1905 une grande fête fédérale fut organisée à Blanquefort sur le terrain en pré du Docteur Castéra, aujourd'hui le Clos ; ce pré entouré de trois routes fut garni par la venu et la participation de vingt-trois sociétés accompagnées de leur clique. Le matin fut la présentation et le concours des sociétés de gymnastique et des batteries : à 11 h 30 fut célébrée une Messe en plein air avec la présence effective et la bénédiction du Cardinal et des prêtres accompagnant leur société. De nombreux parents avaient suivis leurs enfants ; ce fut un repas pris sur place moitié dans le Parc, moitié dans le pré : des stands de victuailles permettaient de se ravitailler sur place, en solide et en boissons non alcoolisées ; c'était un spectacle charmant, par un temps idéal et champêtre.

Vers quinze heures la fête repris, les parents, les invités nombreux furent canalisés de chaque côté en longueur du terrain. Les sélectionnés du matin firent la démonstration de leur savoir soit aux barres parallèles, au trapèze, aux barres fixes, aux anneaux, saut en longueur, saut en hauteur sous les applaudissements du public.

Les "Coqs rouges", hos concours, furent les plus brillants par leur démonstration. Vers seize heures fut sifflé le repos sur place pour entendre une allocution sur le poduim par l'abbé Berger (Bergey, rectification E.D.) député de la Gironde, quel orateur ! il hypnotisa la foule par son verbe chaleureux, sa voix grave et percutante, son dialecte nourri ; quel plaisir à entendre le charmeur qu'il était, encourageant la jeunesse à poursuivre son effort physique et moral, (que reste-t-il aujourd'hui ?). Puis ce fut la remise des prix aux sociétés défilant devant le jury et se replaçant sur le terrain à l'endroit qui leur était réservé en vue des mouvements d'ensemble exécutés par  plus de cinq-cents gymnastes où le blanc des costumes se détachait sur le tapis vert. C'était le clou, l'apothéose, quel beau spectacle que cet ensemble de gestes à 'unisson de couleur tout été réglé et sans bavure, sans note discordante. Puis ce fut le défilé de toutes les sociétés, batteries en tête et drapeau déployé dans les rues principales avec dislocation place de l'eglise, cart il y en avait de fort loin : Bazas, Langon, etc. Ce fut une grande réussite marquée d'un caillou blanc par son organisation ; quelle belle jeunesse ou chacun était fier de participer ! La société connut son apogée jusqu'à la guerre 14/18 : sa belle jeunesse fut fauchée, décimée au champ d'honneur ; je ne peux les énumérer car je risquerais d'en oublier, mais que de camarades disparus dans cette longue guerre ; leur nombre très important figure à tout jamais marqué sur le momument élevé en leur honneur.

A Blanquefort, nous avons eu le même prêtre dans la fin des les années 1890 que l'Eglise Saint-Louis, quartier des Chartrons à Bordeaux (d'environ 1904 à 1957), le curé DABADIE. Il a quitté la paroisse de Blanquefort pour celle de Saint-Louis, fait faire sa première communion à mon père et ma première année de cathéchisme. Dans la fin des années 1950 les prêtres de l'Eglise Saint-Louis avaient toujours le goût du spectacle sans bavure et d'une grande précision, et ma confirmation et ma communion en furent un. La joie de la réception du sacrement était remplacée par l'angoisse de l'artiste qui ne devait pas décevoir les spectateurs, entre autres sa famille tant aimée. E.D.

LA VIE RELIGIEUSE à Blanquefort - toujours selon Raymond VALET - de 1895 à 1983 -

Dans cette commune, l'Eglise fut longtemps le ralliement des trois-quarts de la population ; les offices très suivis étaient les sorties des familles où l'on se rencontrait, on se saluait ou on montrait même du doigt ceux qui ne la fréquentaient pas ; tous les châtelains arrivaient en calèches ou landeaux, les serviteurs de ces châteaux étaient fiers de se montrer. 

Il y avait des processions très suivies avec en tête les communiants de l'année, les enfants des écoles, avec leurs maîtres, les Bluets, la congrégation, un nombre important de femmes entonnant des cantiques, puis les hommes portant le dais et tenant les cordons ; ce cortège important parcourait les rues où tout véhicule s'arrêtait, respectait et ne coupait pas la procession.

Des reposoirs importants, montés avec estrade, nappe blanche, tapis rouge, bambous formant un derrière d'autel, oriflammes et candélabres, le tout impressionnant, étaient montés par les ouvriers du bâtiment, représentant un grand nombre d'heure de travail pour le montage et le démontage ; ils avaient droit à une collation en récompense de leur dévouement bénévole et gratuit. Un reposoir était face à l'entrée de la Mairie, fait par la famille Vuillaume de Saint Quentin ; un autre rue Gambetta, au Cap chez les demoiselles de De Kerckove-Vuilllaume, cousines des précécentes ; un troisième chez les frères Pellot, rue Tastet-Girard : un quatrième chez Mme Gauthier-Lacaze, domaine de Montigny. Puis le cortège revait à l'église où se terminait la cérémonie.

Puis le temps et la guerre 39/45 changèrent beaucoup de choses ; tout cela a disparu, tout est modifié. 

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Pour une personne qui a été influente à Blanquefort auprès de la jeunesse et des associations, et dont peu de personnes étaient informés de l'origine de son engagement, je vais faire un chapitre sur Marc Sangnier déjà cité dans le chapitre précédent, mais sur lequel j'ai trouvé un complément de renseignements dans, Wikipédia.

MARC SANGNIER (à suivre)

Marc SANGNIER, est né le 3 avril 1873 à Paris et mort le 28 mai 1950 à Paris, il est est un journaliste et homme politique français. Il a occupé une place importante dans le mouvement de l'éducation populaire à travers les revues et mouvements qu'il a animés. Il a été le pionnier des Auberges de Jeunesse en France en 1929.

Biographie

Né dans un milieu bourgeois parisien, fils de Félix Sangnier et de Thérèse Lachaux, il est le petit fils de Charles Lachaux, originaire de Treignac (Corrèze) et de Marie Lafarge. Il reçoit une éducation profondément chrétienne. Il est élève au collège Stanilas de 1879 à 1894. C'est un brillant élève, et décroche un prix de philosophie en 1891 général. Bachelier, il réussit ensuite en 1895 le concours d'entrée à l'Ecole polytechnique avant d'obtenir une licence en droit en 1898.

Encore jeune étudiant en 1894, il anime un journal philosophique, le Sillon, journal du mouvement pour un christianisme démocratique et social, fondé par son ami PauL Renaudin. Il travaile à cette publication avec des camarades du Collège Stanislas de Paris, et en fait un lieu de réflexion politique, dans l'esprit "Ralliement" des catholiques au régime républicain prôné par le pape Léon XIII et de son encyclique Rérum Novarum.

Militant pour un cahtolicisme progressiste

En 1899, le Sillon devient l'organe d'un vaste mouvement d'éducation populaire qui réunit la jeunesse ouvrière et les fils de notables afin de réconclier les classes laborieuses avec l'Eglise et la République. En s'appuyant sur les patronages catholiques, Sangnier crée en 1901 des Instituts Populaires qui donnent bientôt des cours et des conférences publiques. Lors du congrès national de 1905 près de mille cercles sont venus de France entière sont ainsi représentés.

"Le Sillon a pour but de réaliser en France la république démocratique. Ce n'est donc pas un mouvement catholique, en ce sens que ce n'est pas une oeuvre dont le but particulier est de se mettre à la disposition des évêques et des curés pour les aider dans leur ministère propre. Le Sillon est un mouvement laïque , ce qui  n'empêche pas qu'il soit aussi un mouvement profondément religieux."

"A cette époque, les catholiques épousaient les idées de la droite ou de l'extrême droite, par ailleurs le Syllabus du Pape Pie IX de 1864 condamnait la république et le libéralisme. Marc Sangnier, catholique fervent mais sans pantoufles cléricales, lui se disait républicain de gauche, même d'extrême gauche. Ce qui créait un grand tumulte, la droite le traitant de traitre et la gauche d'hypocrite affirmant qu'on ne pouvait être catholique et républicain".

Ainsi, le mouvement doit combattre l'opposition de l'extrême gauche marxite qui parfois perturbe les réunions organisées par le Sillon ou la presse de l'Action française monarchiste qui l'attaque à partir de 1906 en raison de ses positions démocratiques et sa politique de ralliement. Péguy l'attaque violement. Charles Maurras entame alors une violente polémique avec Sangnier, publiant coup sur coup articles et pamphlets pour la défense d'un catholiscime traditionnel (débat stratégique, voir hypocrite, car Maurras est en secret agnostique, bien que la plupart des sympathisants de l'Action française sont foncièrement antimodernistes et religieux).

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Lors d'un conseil d'administration d'une association récoltant des informations sur l'histoire de Blanquefort, j'ai été questionnnée sur les origines et les fonctions de L'A.B.C. (Association Blanquefortaise Culturelle), j'ai osé parler des origines catholiques de cette association, dont Jean-Luc Flipo a été le directeur pendant environ 24 ans..., et un tollé de la part  des personnes présentes a salué mes paroles. Donc, une fois de plus, je me suis tut, seule face à ceux qui ont le savoir. Mais, je le note ici, et j'attends d'autres contradictions.

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LE TEMPS DES FONDATIONS DES MJC 1907-1947 et 1948 - 1958

La "mouffe", ancêtre des maisons des jeunes et de la culture

La "Mouffe", maison pour Tous de la rue Mouffetard à Paris Vème, est sans conteste l'ancêtre des MJC. Mais elle est aussi un espace d'expérimentation des mouvements de jeunesse.