Décor héraldique de la guerre

BLANQUEFORT Rues et Lieux-dits - Claudette Boulanger - Christian Déris - André Guillocheau - Dominique Jay - Jean Lafitte - Publicaction du G.A.H.BLE 1996 -

Blanquefort se blasonnait : "Contrefacé d'or et de gueules huit pièces", blason dont la simplicité atteste l'ancienneté.

Dans les années 50 l'héraldique urbaine est devenue une mode, les cités qui n'avaient pas de blason en propre s'en sont doté. Le spécialiste R. Louis a composé le blason de Blanquefort qui a figuré sur les plaques des rues jusqu'à la mise en place de la nouvelle signalitique des années 90.

Il se lisait : "D'azur à l'enceinte fortifiée de quatre tours crénelées d'argent, ouvertes de sable sommée d'un donjon à six grosses tours crénelées du même, le tout maçonné de sable et posé sur des ondes d'azur et d'argent semées de touffes de roseaux de sable, le donjon accosté de deux fleurs de lis d'or ; au chef de gueules chargé d'un léopard d'or armé et lampassé d'azur." L'écu est timbré d'une couronne murale d'or à cinq merlons, et est soutenu par deux sarments de vigne feuillés et fruités d'or chacun de trois pièces, croisés en pointe en sautoir et liés d'azur.

Le motif principal est une évocation assez fidèle de la forteresse bâtie au milieu du marais, le léopard rappelle la présence anglaise en Aquitaine pendant trois siècles, les lis symbolisent le retour à la France. La couronne murale, en principe réservée à une ville fortifiée, est une erreur, le bourg ne l'a pas été. La vigne indique la principale ressource de Blanquefort pendant des siècles.

Aujourd'hui, c'est un simple logo qui illustre les plaques des rues, il est formé du nom de "Blanquefort" entouré de traits irréguliers vert, jaune et bleu, le vert évoquant la vigne, le prés et les espaces verts, le jaune les cultures et les industries, et le bleu l'eau bien présente par les jalles, la Gironde et les nombreuses gravières. (Dominique Jay, président du G.A.H. BLE)

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 LE DECOR HERALDIQUE DE LA GUERRE

Les armoirie sont des emblèmes figurés sur un écu en un nombre réduit de couleurs vives, utilisés, selon des règles précises d'agencement, comme signes distinctifs héréditaires ou constants par des personnes physiques ou des communautés.

On a cru pendant longtemps que les armoiries avaient une orgine orientale ou dérivant des runes, voire d'emblèmes de l'antiquité. Il a été démontré qu'il n'exitait pas de continuité entre ses derniers insignes et les armoiries, apparues en Occident au début du XIIème siècle, notablement avant l'adoption dans le monde musulman d'un mode d'indentification par signes, par ailleurs fort simplifié.

L'importance des armoiries dans les batailles médiévales est en revanche absolument primordiale. Il est même fort probable que le système héraldique européen est né de la nécessité de pouvoir identifier les combattants rendus méconnaissables par leur équipement défensif. Une scène de la broderie de la reine MATHILDE appelée aussi tapisserie de Bayeux (entre 1066 et 1082) est particulièrement intéressante à cet égard : Guillaume le Conquérant se fait reconnaître de ses hommes en soulevant son casque nasal tandis que, près de lui, un porte-enseigne, à cheval comme lui, brandit de la main gauche un gonfanon tout en désignant de l'autre le chef de la troupe. De cette scène capitale on peut tirer tirer deux enseignements : l'obligation qui s'est fait alors sentir d'identifier un individu revêtu d'un vêtement de mailles et dont le visage était rendu méconnaissable et, en second lieu, l'importance de la bannière comme support d'un tel système.

Le fait que des milliers de témoignages du port des armoiries sur le boucliers du XIIIème au XVIème siècle soient parvenues jusqu'à nous a sans doute contribué à fausser quelque peu les conceptions à l'égard des bannières.

Les longs boucliers en amande du XIème siècle et du début du XIIème sont certes ornés de figures géométriques ou figuratives. C'est le cas sur la broderie de Bayeux ainsi que sur de nombeux manuscrits de cette époque telle la bible de Cîteaux qu'il faut citer parce qu'elle a été étudiée sous cet angle par M. Pierre Gras dès 1950. Mais il ne s'agissait pas à proprement parler - comme ce dernier l'a montré - de véritébles armoiries, l'usage de ces emblèmes n'obéissant pas alors à des règles strictes de disposition sur l'écu et encore moins de dévolution à d'autres membres d'une même famille, un même personnage arborant ainsi sur la broderie de Bayeux des emblèmes différents lors des divers épisodes narrés.

En revanche, les premiers témoignages d'emblème ayant fait par la suite l'objet d'un usage constant et héréditaire se voient sur le gonfanon avant de se retrouver sur l'écu. L'emprunt de bon nombre d'éléments du vocabulaire haréldique primitif à la terminologie des tissus et la prédominance dans la plupart des témoignages armoriaux très anciens de figures géométriques simples en contituent une confirmation. En outre certaines analogies entre les armoiries de famille sans parenté, mais ayant un lien féodal commun, ne s'expliquent que par l'adoption d'emblèmes dérivés d'une bannière commune. D'abord enseignes de possesseurs de grands fiefs, puis marques de famille, les armoiries participent de double caractère dont le second finit par l'emporter.

Le système militaire féodal se caractérise par la levée de contingents de vassaux se rendant à l'ostsous l'enseigne d'un seigneur plus important. Chaque contingent avait son drapeau propre, parfois d'une seule couleur, mais le plus souvent orné des armoiries du suzerain, que les textes nomment alors connaissances :

De porpre avrent conaissances. - Et grans enseignes en lors lances.

Ainsi dit le Roman de Troie, autour des années 1160. Très rapidement ces marques s'étendirent au bouclier. Traduisant plus tard Végèce, Jean de Meun, voyant que les légionnaires avaient coutune d'inscrire leur nom sur leur bouclier, ajoute le commentaire suivant : "A l'exemplaire de ces faits, ont les chevaliers de maintenant enseignes et bannieres et cotes d'armes et escuz et leur cognoissance dedens et par ce cognoissent ils leurs amis et leurs anemis."

Les enseignes médiévales avaient des formes variées ayant cependant chacune un emploi particulier.

Le gonfanon est l'un des plus anciens drapeaux : C'est une banderole rectangulaire attachée à la lance par des clous ou par deux ferrures mobiles et se terminant par des franges, les fanons, en général au nombre de trois (comme sur le contre-sceau de Guy II, Comte d'Auvergne), parfois au nombre de quatre, voire de cinq.

Dès 1162, sur le sceau de Philippe d'Alsace apparaît la bannière, pièce, d'étoffe empesée, rectangulaire, dont le plus long côté est cloué à la hampe, se prêtant ainsi parfaitement à la configuration des armoiries. Le sceau de Pierre de Chambly en 1295 est l'un des derniers témoignages du port de la bannière classique par un chevalier.

Dès le XIIIème siècle les documents distinguent deux catégories de chevaliers : les milites "chevailiers d'un seul écus", et les vexillarii, ou bannerets, qui viennent à l'ost , sous une enseigne à leurs armes. Ces derniers reçoivent une solde double de celle des bacheliers. Au XIVème siècle, la bannière devient carrée ; c'est sous cette forme qu'elle est figurée dans de nombreux armoriaux de la fin du Moyen-Age comme support des armoiries des bannerets. Une terre conservait la qualité de terre à bannière lorsque cette qualité lui avait été donnée d'ancienneté.

Le pennon était un drapeau originairement triangulaire dont les plus côté était cloué à la hampe. Le contre-sceau d'Enguerran de Marigny en donne un bon exemple. Au XIVème siècle, c'est un triange ordinaire, "trois fois aussi long que large", écrit un héraut contemporain. Le pennon était arboré par de simples chevaliers bacheliers : aussi s'effaçait-il devant la bannière. Au XVème siècle le traité manuscrit de l'Argentaye énonce : "Devant le penon, va première la bannière".

Si cette hiérarchie était source de situations parfois illogiques, de simples gentilshommes pouvaient toujours être élevès à la situation de bannerets et le souverain se gardait le droit de relever les bannières. Olivier de la Marche relate comment le duc de Bourgogne Philippe le Bon releva la bannière de la Vieuville : "Si bailla le roy d'armes uns couteau du duc et prist le perron de ses mains et le bon duc sans oster le gantelet de la main senestre fit ung tour autour de sa main de la quehue du pennon et de l'autre main coupa ledit pennon et demoura quarré et la bannière faite le roy d'armes la bailla audit messire Loys."

Froissard donne plusieurs exemples de chevaliers qui furent élevés pour le mérite au rang de banneret, et, selon le témoignage de Monstrelet, Charles VI fit au silège de Bourges cinq cents chevaliers bannerets dont furent innombrables bannières levées.

Les transformations de l'armée à la fin du XIVème siècle amenèrent la naissance de nouveaux drapeaux :

L'étandard, longue flamme parfois à double queue. Les traités du temps marquent sa différence avec les anciennes enseignes : "Bannières, pennons et siglatons sont peints et figurés aux propres armes du seigneur ou du capitaine. Estendarts, guidons, banderoles et autres devis sont de la couleur de sa livrée et en l'estendart doit estre painte et figuree, la bete ou autre chose que le seigneur porte sur le timbre de ses armes et ne doit muer nir changer non plus que ses propres armes."