Etudes/enfants d'ouvriers

ACCES AUX ETUDES POUR LES ENFANTS D'OUVRIERS :

Mme Dutilleul fille de maître de chai et d'une mère au foyer est née à Bordeaux, quelques années après la guerre de 39-45. Enfant du baby-boom elle a connu, les classes dédoublées (en CE1 et CE2, les maîtresses ; Mme Desbiaud et Melle Dumartin, conduisaient  les enfants d'une des deux classes de ce niveau, dans les locaux libres de  l'école maternelle du quartier) les classes surchargées en 6 ème, puis les classes préfabriquées place Ravezies, et enfin le bruit de la   construction des nouvelles classes en 1960.

Les enfants d'environ la même génération à Blanquefort allaient au collège d'enseignement général du Bouscat. 

Pour ses enfants, Mme Dutilleul, après son mariage avec ouvrier spécialisé, est venue s'installer définitivement à Blanquefort, dans ce village où elle avait des racines depuis plus de 300 ans. L'établissement dans lequel elle travaillait à Bordeaux commençant à licencier, à la naissance d'un de ses enfants elle a demandé un congé sans solde puis, elle s'est arrêtée de travailler et a eu un autre enfant. Il est entendu que mère au foyer elle n'a jamais eu accès en maternelle et en primaire aux cantines, qu'à Blanquefort il était impossible de scolariser les enfants avant 3 ans.

Mme Dutilleul  regrettait de n'avoir pas eu les moyens intellectuels et financiers de faire des études supérieures. D'autre part elle avait senti venir la précarité de l'emploi dès 1976-77. Tous ces éléments avaient contribués au fait qu'avant la naissance de ses enfants elle avait décidé de leur faire faire des études poussées et pour cela de les rendre aptes à les faire. Les années Miterrand l'on confortée dans cette utopie, elle était jeune et ignorante des règles occultes qui régissent la société. C'était une jeune femme issue du milieu ouvrier, elle avait cotoyé les artisans, les commerçants, petits et les grands bourgeois, mais pour elle, le milieu des grands intellectuels "socialistes" était une terre inconnue. 

Entourée de socialistes et communistes à Blanquefort, elle croyait qu'il était possible pour les enfants de tous les milieux d'arriver au même niveau d'études et par la suite de trouver les emplois correspondant à leur qualification. Elle regardait Yvette Roudy, Gisèle Halimi, Véronique Neiertz.

 En aparté, bien que peuplé de citoyens de gauche  et ayant un candidat socialiste correct, Blanquefort a toujours voté pour le candidat UDF... ces années là. Le candidat UDF, inimitable qui au moment des élections était plutôt avec la droite et n'était plus soi-disant apolitique. L'UDF faisait partie des gouvernements de droite à cette époque, et beaucoup de fervents socialistes actuels de Blanquefort ont longtemps voté à pour le maire de droite parce que c'était bon pour eux. Je ne comprends rien à la polique, mais j'ai entendu parler de tomates (c'est un légume qui s'accorde avec tous les aliments) et je n'ai rien contre elles, je trouve cela amusant, c'est tout, cependant il ne faudrait pas qu'elles deviennent sectaires tout de même.

A peu près :"Un peuple ne survit que par le souffle des enfants qui étudient." Le Talmud

Le jeudi 15 mars 2012 17 heures Mme Dutilleul est heureuse un de ses enfants docteur en science de l'éducation  bac+ 11 ? au bout de 3 années d'études supplémentaires vient d'obtenir un diplôme qui va lui permettre de gagner un tout petit peu plus que 1360 € par mois. Ce n'est pas un enfant issu de l'émigration, il n'habite pas une zone sensible, a 34 ans, a côtoyé Eric Debarbieu (Directeur de l'observatoire international de la violence à l'école), et François Dubet.

Mme Dutilleul, assise dans sa cuisine, se remémore les sept  années qu'elle a vécues après que son enfant ait a obtenu sa thèse à l'âge de 27 ans. Elle se rappelle les périodes de désespoir. Le courage et la tenacité de son enfant dans ses recherches d'emploi et l'indifférence généralisée de la société. A ce moment là, personne ne parlait du chômage des jeunes avec des envolées lyriques et des trémolos dans la voix. Pourtant c'était les mêmes, ceux qui lui donnaient l'adresse de l'ANPE alors qu'il habitait juste à côté !!!  C'est dire que le chômage était leur préoccupation !!! et que penser de l'attention qu'ils portaient à l'individu. L'enfant n'avait pas attendu leurs conseils pour aller y déposer un dossier, il avait fait un stage à l'APEC, nettoyé les wa-wa dans un service du C.H.U.; Chaque fois que Mme Dutilleul parlait du problème de son enfant à un élite, il la regardait compatissant en disant : "mais elle n'a pas le bon diplôme, qu'elle continue à passer des concours, des examens", et il tournait les talons. Mme Dutilleul a le souvenir de personnes satisfaites d'elles-mêmes et indifférentes bien qu'elle les connaisse depuis au moins une vingtaine d'année, mais elles avaient réussi à atteindre leur but...

Mme Dutilleul écoute les bruits de la société par l'intermédiaire de son transistor ; les sondages qui disent que 52 % des parents stressent en ce qui concerne les études de leurs enfants, que les parents passent 19 h par mois pour faire faire les devoirs de leurs enfants, elle se fait la réflexion qu'il n'est pas dit si c'était pour un enfant ou plusieurs, que les parents décrochent quand leurs enfants atteignent le lycée. Tout en préparant une soupe de légumes, ce qu'elle fait avec un grand plaisir ; elle aime la diversité que présentent les légumes couleurs, formes, odeurs, elle se demande, et si les candidats aux élections consultent les sondages faits auprès de la population à longueur d'années. Pour que, le moment venu, ils abordent les sujets ciblées au plus près des soucis détectés prédominants pour  de l'ensemble des français, et qu' ils fassent des propositions, voire des promesses pour y remédier.

Puis sa pensée vogue vers les démarches de l'enfant : Association Culturelle Blanquefortaise , Mairie, PLI, Conseil Général, Député socialiste, CHU, Instituts pour mal-entendants à Bordeaux, à Poitiers, ce qui se rapportait à sa thèse, Directeur d'hôpital privé, et tant d'autres même dans les Landes Aussi à la SNCF, mais là il avait eu le tort de mentionner tous ses diplôme, il a été refusé parcque trop diplômé. Pour finir auxiliaire d'éducation (pionne) à Brémontier grâce à M. Filipuzzi qui recrutait à ce moment là dans l'établissement qu'il dirige. Tout en étant pionne il a continué à consulter POLE EMPLOI qui lui a trouvé un mi-temps en relation avec des enfants.

Mme Dutilleur se rappelle le Blanquefort d'y a quelques années, pas si longtemps, l'époque où ses enfants tout juste adolescents elle voyait leur aînés, même sans trop de diplômes garder les enfants pendant les vacances sportives, s'occuper des garderies, gratter des guitares entre autres puis faire des carrières intéressantes à la mairie du village. Naïvement, elle pensait qu'avec de bonnes études, ayant vécu depuis sa naissance dans le village il en serait de même pour son enfant, que nénni !  

Quand l'enfant qui avait financé ses études avec son allocation de recherche et des petit boulots dans l'habillement, le secrétariat, s'est trouvé avec 2 € sur son CCP et a fait une demande toute honte bue au CCAS, il lui a été demandé qu'il montre ses factures et que l'on lui en payerait quelques-unes sur dossier. Il faut être honnête l'enfant dès que sa thèse a été financée a désiré quitter le logis familial et a loué un studio dans une résidence de Blanquefort, au début il avait eu droit aux APL puis quand sa thèse n'a plus été financée il n'a plus eu les moyens de s'assumer, mais il avait quand même 27 ans...

Mme Dutilleul ne se considére pas comme un cas exceptionnel, la misère des étudiants enfants d'ouvriers qui croient à un Eldorado, leur force, elle la connaît et elle sait très bien de quoi elle parle, mal, mais elle parle. Du fait qu'elle a eu plusieurs enfants qui ont tous fait des études supérieures elle a entendu parler souvent de la syntaxe, mais jamais ils ne lui en ont expliqué les règles. Souvent, elle les a vu s'amuser en en compter les fautes en lisant :"Sud-Ouest" rive gauche dans la rubrique du village. Mme Dutilleul ne fait pas d'angélisme les jeunes au fur et mesure qu'ils avancent dans les études se prennent le "melon" pas tous, mais...il n'y a pas que cette catégorie qui dès qu'elle monte dans l'assenceur social et franchit les paliers regarde ceux qui sont restés au rez-de-chaussée d'une autre manière. C'est la life...

Le 16 MARS Mme Dutilleul apprend que L'AB.C. (Association Culturelle Blanquefortaise affiliée aux MJC) a mis en place un poste attribué à NAMIA PLANQUE, pour accompagner les projets de  développment social local. Mme PLANQUE, presque 50 ans que Mme Dutilleul, lors d'une réunion publique a entendu prêcher le partage des biens est militante active d'un parti politique. Par ailleurs elle est l'épouse d'un plombier qui a son entreprise à Caychac. Mme Dutilleul observe que son enfant m'a pas eu la même chance d'obtenir un poste dans cette association. Cependant elle en a vu et entendu des regards et des paroles compatissants quand elle demandait un emploi pour son enfant, pour qu'il puisse commencer sa vie à Blanquefort, son village natal, en particulier étant donné ses études à l'ABC ou il avait passé sa jeunesse avec ses frères et soeurs aux vacances sportives. Mais Blanquefort n'est plus le petit village solidaire, il est devenu une ville autiste avec ses chapelles.

Les élites vous embrassent, vous serrent la main c'est sympa, mais il ne connaissent rien de vous, parfois même pas votre nom, et ne veulent rien savoir qui puisse les déranger. Peut-être vont-ils faire du porte à porte, mais il ne sauront que ce que les uns ou les autres vont raconter qui n'est pas forcement exact. C'est la life...

La ville est désert le dimanche et les jeunes s'ennuient, il n'y a pas un lieu convivial. Tout comme à Bordeaux au Jardin Public, au Parc Bordelais, au Parc de Majollan à Blanquefort, on proméne les enfants, les chiens, les gens courent solitaires. Tous les bars sont fermés, plus personne ne tape la belote en regardant la télévision, plus de bals au Moulin noir aux Grottes, au bord du lac de Padouens plus de pêcheurs, les pistes cyclables et les trottoirs sont déserts, le terrain de pétanque de l'avenue de la Salle de Breillan ne s'anime que deux ou trois fois par an. Et toujours les routes dégorgeant de voitures, les gens passent, ou partent... Mme Dutilleul pense que sa ville s'est embougeoisée, qu'elle est devenue intellectuelle et que le brassage de concepts des élites remplace la chaleur humaine. Blanquefort est en train de perdre ce qui faisait son indentité, sa joie d'appartenir à un lieu qui vous avait vu grandir, vous marier, naître vos enfants,mourir vos parents et où vous aviez envie d'être enterrer. Blanquefort est devenue ville du MONDE en une décénnie. Et, Mme Dutilleul de se poser la question :  dans une ville où il n'y a pas d'emplois pour tous les demandeurs, sous prétexte de s'ouvrir au monde doit-on rejetter les enfants diplômés, nés dans la ville, pour donner le travail si précieux à de nouveaux arrivants ?  Nos enfants doivent-ils s'expatrier pour trouver un emploi ? et comment seront-ils accueillis  par les autres pays ?

M. Dutilleul est président d'association et reçoit de nombreux courriers de l'ABC lui demandant de participer à des repas en faveux de Haïti par exemple, de faire des voyages à Timimoun en Algérie la ville jumelle de Blanquefort. Les Dutilleul sont admiratifs devant le rôle humanitaire de cette association subventionnée. Mais cependant il pensent à leur enfant, et par expérience, font la contastation qu'il aurait pu mourir de pauvreté, personne n'aurait levé le petit doigt, son cas est si commun, et il est si peu valorisant pour la société du paraître. 

A 27 ans, jugent les Dutilleul, c'est l'âge qu'avait l'enfant quand ils ont sollicité tout le monde (l'enfant qui désirait son indépendance et eux qui la soutenaient dans sa démarche), la société devait prendre de relais des parents, un enfant qui avait des diplômes correspondants aux besoins de la société dans laquelle il évoluait devait trouver un emploi pour construire sa vie. Il était temps...

Maintenant, l'enfant a 34 ans, a passé encore des examens et ils ont compris que rien n'a changé pour eux depuis des années malgré les discours et les promesses des uns ou des autres... seuls sont bien réels, le copinage, l'indifférence et la soif de pouvoir des élites. Rien de bien nouveau, en somme... Ils se rendent compte combien il est difficile d'avoir des copains dans leur situation et de donner un avenir à leur enfant.

Les sept années CASSOULET :

Là, c'est un autre enfant de Mme Dutilleul qui est parti dans une autre ville faire ses études, bien obligé, après son DEUG, il voulait faire une formation en alternance sur Bordeaux avec le Centre de Formation de l'Industrie de Bruges. Dans ce but, il a envoyé des lettres de motivation à de nombreuses entreprises girondines, elles sont restées sans réponses. Donc il est allé dans une ville de la Loire Atlantique continuer ses études et les années cassoulet ont commencé.