La tuberculose de 1914 à 1945

LA TUBERCULOSE DE 1914 à 1945

Dans les années 1930, il y a eu une épidémie de tuberculose, je le sais parce que ma mère avait été marquée par cette épidémie qui avait atteint beaucoup de ses amies de l'école de Parempuyre. Je me souviens que lors d'une promenade à byclette avec mon père dans les années 50, elle nous avait fait visiter le cimetière de cette commune, et elle citait le nom de ses amies d'enfance disparues suite à cette maladie.

Tous les villages de France on été touchés au cours des siècles par cette maladie transmissible dont il ne fallait pas parler. Par exemple à Cachac, contracter la tuberculose eut été une honte qu'il eût fallu cacher, de peur d'être rejetté de la société et stigmatisé. Dans la France catholique être malade pouvait passer pour une punition de Dieu. En conséquence, il n'y avait point de pitié pour le malade, sa vie était passée au crible par les voisins, et la faute intiale supectée d'être la cause de cette punition une fois reconnue par tous, il était banni. En fait c'était surtout la peur de la contagion, mais quand même une jeune fille qui avait fait un séjour en sanatorium était considérée comme fragile et impropre à la continuité de la lignée par les belles-familles. C'était une tache indélébile.

Dernièrement, j'ai rencontré Henriette, une femme de mon âge que j'avais côtoyée dans ma prime enfance. Elle était venue avec ses parents passer un été à Cachac dans la maison de famille. Lors de la conversation je lui ai parlé de son père et de l'ulcère dont il souffrait à l'époque. Elle a été étonnée, et m'a racontée qu'en fait, il avait la tuberculose et qu'il la lui avait transmise. J'ai compris pourquoi, enfant lors d'une visite chez elle, cours de la Marne, mon père m'avais ordonnée de rester les mains dans les poches. Il est vrai que les séjours que son père faisaient à Font-Romeu en y réfléchissant, ne correspondaient pas aux soins destinés à guérir un ulcère, et je ne comprenais pas les raisons la grande fatigue et les rechutes dont il parlait souvent avec humour. En fait Henriette a passé une partie de sa jeunesse asmathique, puis tuberculeuse en sanatorium.

Le peu de jeunes femmes dont j'ai entendu le témoignage m'a donnée l'impression qu'au sortir de cette maladie dont on guérissait dans les années 50, après de longs séjours au Moutchic, à Arès, à Font Romeu, etc, elles avaient une furieuse envie de vivre. Avoir vaincu la maladie leur donnait l'envie de connaître tous les plaisirs de la vie sans tabous. Ceux qui ont voulu leur donner des leçons vie, ne connaisaient pas la vie, la vraie, celle qui ne fait pas de cadeaux, et je suis triste pour Henriette qui comme nous toutes a été jugée par ses enfants et a été pardonnée ou non.

Heureusement que des écrivaines comme Madeleine Chaspal, ont osé en parler dans leurs récits, et raconter leur propre expérience de cette maladie. Même sur internet et dans les livres écrits sur la vie des villages, il n'y a pas beaucoup de témoignages, alors que cette maladie faisait partie du quotidien de nos parents et de nos ancêtres.

Il m'est arrivée d'en parler avec le docteur A. Taris, qui m'a dit que jeune étudiant en médecine dans les années 45, à l'hôpital il y avait un service qui traitait les malades de la tuberculose. Il y officiait et luttait avec les malades. Somme toute il était assez fier d'être passé au milieu du sang et des crachats sans avoir contracté cette maladie qui ne lui faisait pas peur.

Ce n'était pas le cas de ma mère qui avait été traumatisée par la souffrance des malades de la tuberculose, et qui à la moindre bronchite de ma part s'angoissait plus que de mesure. J'ai des souvenirs d'enveloppements pour moi, de ventouses pour mon père, et plus tard de rigolos, enfant je ne saisissais pas très bien ce en quoi il pouvaient être rigolos. Ma tante aussi s'en méfiait et ses enfants ne comprenaient pas pourquoi elle leur tricotait de gros pulls en laine pour qu'ils ne prennent pas froid.

Nous avions à la maison un pressoir à viande, pour extraire le sang de la viande que l'on allait chercher directement aux abattoirs. Nous sommes la génération du foie de veau, de la cervelle d'agneau, de cures d'huile de foie de morue et des épinards. Tout cela était considéré par nos mères comme étant extrêment bon pour la santé en permettant de vaincre les microbes ? 

Ma mère a été sensible à la pollution dès le début des années 50, dès qu'elle descendait du bus à Bordeaux, rue Fondaudège, où se situait la gare Citram, elle me disait : "ça pue" et à contrario dès qu'elle arrivait à Cachac, elle me disait : "respire le bon air". Pour elle l'air de Cachac avait des propriétés thérapeutiques. Mais l'odeur des pins et de la résine du chemin du Poujeau au Pian lui faisait concurrence car c'était là que sa famille avait vécu. Le Pian, tient son nom d'une variante de la lèpre, les hommes ont toujours survécu à des épidémies.

Actuellement, la tuberculose refait son appartition, dans les prisons et parmi les populations qui connaissent une  grande misère.

LE CNMR - COMITE NATIONAL ET COMITES DEPARTEMENTAUX

1916 - A l'origine, le CNMR s'appelle le "Comité Central d'aide aux militaires tuberculeux" vite baptisé plus simplement "Comité National de Défense contre la Tuberculose". Dès sa création, il est assisté de Comités Départementaux. Léon Bourgeois en est le président infatigable, grand initiateur de la lutte anti-tuberculeuse en France. Le prix Nobel de la paix lui sera d'aileurs attribué en 192O pour son oeuvre sociale

Sa première vocation est la prise en charge des militaires réformés pour tuberculose, appelés "les blessés de la tuberculose". Ils sont plus de 60 000 en 1916.

Pour trouver des solutions et manquant cruellement de moyens financiers, le Comité lève des fonds auprès du public lors de la première "journée nationale des tuberculeux anciens militaires", le 4 février 1917. Puis assisté par la mission Rockfeller à partir de 1917, il met en place un véritable programme de prévention de la tuberculose et de formation des personnels de santé.

En 1918, en effet les armes sont déposées mais le combat contre la tuberculose reste immense. Le nombre de sanatoria et plus généralement de lits pour soigner les tuberculeux est très largement insuffisants. En 1919, la "Loi Honnorat" oblige chaque département à édifier un sanatorium public ou à passer un accord avec un autre département. Les sanatoria se développent.

Le rôle des dispensaires d'hygiène sociale, mis en place par la mission Rockfeller, est alors important. Tandis que les sanatoria soignent, leur vocation est de détecter rapidement les nouveaux cas et les prendre en charge avant et après leur traitement. Ils aident au placement dans les établissements de cure, apportent un soutien moral et matériel aux malades et à leur famille. Ils contribuent également à l'éducation sanitaire populaire et participent à la surveillance épidémiologique de la maladie.

1924 : La découverte du BCG

En 1924, c'est la victoire de la science et la naissance du vaccin BCG. Le Comité National de la Défense contre la Tuberculose organise les campagnes d'information grand public pour généraliser la vaccination. Le comité National de Défense contre la Tuberculose se voit alors confier l'officielle et lourde tâche de poursuivre l'action de la mission américaine et de développer sa propre éducation sanitaire. Il doit pour cela, se faire connaître du grand public et faciliter ainsi la collecte des fonds nécessaires à une action médico-sociale antituberculeuse efficace.

Mais pour atteindre ces objectifs ambitieux, les moyens financiers manquent. C'est le Comité de Propagande du Comité National de Défense contre la Tuberculose qui lance pour la première fois, en 1925, une opération de grande envergure : la campagne nationale du timbre anti-tuberculeux. Cette campagne vise deux objectifs : collecter des fonds et développer l'éducation sanitaire : "l'argent, c'est bien, mais l'éducation anticuberculeuse est bien supérieure, c'est la tâche essentielle", L. Viborel, directeur du Comité de Propagande. Elle est notamment relayée par les enfants des écoles, chargées de vendre le Timbre anticuberculeux.

A partir de cette date, les campagnes du timbre antituberculeux se succèderont tous les ans avec des styles et des messages différents. Organaisées par le Comité National, elles sont relayées sur le terrain par les Comités Départementaux.

La 2ème guerre redonne un nouvel élan à la tuberculose. En 1945, la création de la sécurité sociale marque une étape capitale : désormais tous les tuberculeux pouront bénéficier des techniques diagnostiques et thérapeutiques adaptés. Par ailleurs, le dépistage systématique par radiographie se met progressivement en place.

 

 

à suivre