Le conflit Franco-Anglais

 

LE CONFLIT FRANCO-ANGLAIS

Pendant que le cabinet français s'employait à obtenir quelques adoucissements aux exigences allemandes,les relations franco-britanniques se "détérioraient" rapidement. Sir Ronald Campbell ne fut pas étranger à cette fâcheuse évolution. Nouss avons dû déjà signaler sa raideur, sa froideur, son manque de perpicacité ; il nous faut incriminer maintenant la nervosité, l'absence de maîtrise de soi de ce fâcheux personnage.

Dans la nuit du 21 au 22 juin, l'ambassadeur britannique avait fait passer une note manuscrite à M. Baudouin pour le mettre encore en garde contre les prétentions allemandes touchant à la flotte.

A 3 heures du matin, comme notre ministre de Affaires Etrangères sortait du Conseil, il se heurta à Sir Ronald qui, ayant eu connaissance de la clause martime de la convention, le prit vivement à parti. L'ambassadeur de sa Majesté était irrité d'avoir attendu deux heures et émettait la prétention d'être sassocié à la discussion menée par le gouvernement français. M. Baudouin dut lui faire comprendre qu'un diplomate étranger ne pouvait assister au conseil des Ministres ;  il lui donna ensuite copie des conditions fixées par les Allemands et lui indiqua les grandes lignes des modifications que nous voulions obtenir ; enfin il l'invita à revenir plus tarde pour plus amples renseignements.

A 8 heures, Sir Ronald se présentait chez le maréchal Pétain pour se plaindre de n'avoir été reçu par M. Baudouin qu'à 3 heures du matin et d'une façon trop brève. Le Maréchal s'efforça de le calmer.

A 9 heures 30, l'ambassadeur britannique avait une conversation avec M. Charles Roux, secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères, qui ne lui laissait rien ignorer des instuctions données au général Huntziger.

Dans l'après-midi, il avait un nouvel entretien avec M. Charles-Roux qui lui faisait part des réponses allemandes. L'ambassadeur prenait copie de tout ce qui concernait la marine. M. Charles-Roux lui révélait les messures de sécurité que nôtre Amirauté, en accord avec le gouvernement, avait  prises ou était sur le point de prendre et qui s'accordaient parfaitement avec les promesses faites le 19 juin par l'amiral Darlan au lord de l'Amirauté et au lord de la Mer.

Sir Ronald Campbell n'avait pas cherché à revoir M. Baudouin...(1)

(1) D'après sir Campbell dont la thèse est partiellement corfirmée par Charles-Roux c'est seulement le matin, à 9 heures 15 qu'il aurait eu connaissance des conditions d'armistice, ce qui excuserait, sans les justifier, son énervement et sa méfiance.

Or dans la nuit du 22 au 23 juin, celui-ci, qui s'est couché exténué, entend retentir vers 23 heures 30, la sonnette de son domicile, 58 rue de St-Genès. Il descend en robe de chambre et ouvre lui-même la porte. Laissons-lui la parole :

Sir Ronald Campbell est sur le seuil.

"Ses traits sont tirés, son teint jaune et ses mains tremblent. Il vient prendre congé de moi et, comme je lui demande si c'est par ordre de son gouvernement qu'il part ainsi précipitamment, il me répond qu'il est certain de se conformer aux désirs de celui-ci en allant lui faire un compte rendu de la situation. Il ne me cache pas qu'un fossé sépare les façons de voir de nos deux pays. Il se propose de travailler à les combler. Je lui réponds qu'il ne peut que l'élargir en partant.

"Je lui demande s'il part seul. Il me répond qu'il emmènera avec lui demain matin - car il s'embarque cette nuit sur un navire de guerre britannique ancré dans la Gironde - tous les membres de la Légation.

- Ainsi, lui dis-je, le gouvernement britannique rappelle sa mission en France. La France ne rappellera pas sa mission à Londres. Nous laissons notre ambassadeur à Londres. Je regrette que le gouvernement britannique n'ait plus d'observateur pour lui expliquer les événements de France. Il est vrai que les ministres du Canada et de l'Afrique du Sud, avec lesquels j'entretiens des rapports très cordiaux, restent et, par conséquent, je me permettrai de les appeler et de les considérer en votre absence comme les représentants de Sa Majesté Britannique en France.

- Mais, me di sir Ronald Campbell, ils partent avec moi. Ils sont là, dehors, dans ma voiture, attendant ma sortie pour prendre congé de vous.

- Priez-les d'entrer, dis-je à l'ambassadeur.

"Les deux ministres entrèrent et sir Ronald Campbell sortit, me laissant avec eux. L'entretien fut court, mais aimable. Il ne me cachèrent pas qu'ils partaient malgré eux et ils se montrèrent aussi confiants dans l'avenir de la France que l'ambassadeur d'Angleterre avait été silencieux sur ce point."

Il sera démontré ultérieurement que cette brutale rupture, ce départ "à la sauvette", dans la nuit, n'avait pas été voulue par le gouvernement britannique.

Parmi les infortunes qui accablèrent la France, en ce mois de juin 1940, il ne faut pas négliger la malchance d'avoir eue chez celle, comme représentant de la Grande-Bretagne, un diplomate insuffisant.

Tant que l'armistice n'est pas conclu avec l'Italie la guerre continue.

Dans la nuit du 21 au 22 juin, on apprend a Bordeaux que les Allemands, dont quelques éléments, après avoir traversé la Charente, étaient remontés vers le Nord, ont repris leur progression ves le Sud. Il ne saurait être question de les arrêter, mais on peut les retarder. Dans ce but le général Lafont, après en avoir conféré avec le général Huret, se résoud à la destruction des ponts de Saintes. Le général Huret se rend sur place. Des ordres sont donnés au Génie. A 23 heures, une comionette chargée d'explosifs, quitte Bordeaux pour Saintes. Quand elle arrivera à destination, les Allemands ont déjà franchi la Charente à Tonnay-Charente et ils marchent sur Rochefort.

Depuis le 21 juin, l'encombrement de Bordeaux diminue. Les mesures prises par le commandant de la 18e région commencent à manifester leur efficacité. Il y a moins d'embouteillage dans les rues. D'autre part, tous ceux qui avaient espéré trouver ici un asile sûr, devant l'avance allemande, se hâte de fuir plus au Sud...

C'est le 21 juin, sauf erreur, que l'un de nous reçut la visite d'un ménage israélite avec lequel il était entré en relations pendant la guerre de 1914 et qu'il n'avait pas revu depuis vingt ans.

M. et M D... L..., industriels à Roubais, nous expliquèrent qu'ils s'étaient repliés, non sans difficulté, sur Bordeaux parce qu'ils avaient de bonnes raisons de redouter le furieux antisémistisme hitlérien...

Le mari gardait son sang-froid ; mais la femme témoignait d'une peur morbide :

"Je veux partir... partir tout de suite... Ils vont arriver... Je ne veux pas subir leur joug... Vous ne savez pas ce qu'ils ont fait à Vienne et ailleurs... C'est abominable...

- Mais où voulez-vous aller ? Dans la région pyrénéenne, sur la Côte d'Azur ?

- Non, non, plus loin... En Amérique du Sud, où j'ai de la famille... Je ne serai tranquille que lorsque j'aurai mis l'océan entre eux et moi."La pauvre femme avait l'air d'une biche traquée... De temps en temps, elle jetait un regard vers la porte, comme si, déjà, les agents de la Gestapo allaient pénétrer chez nous à l'improviste. On sentait qu'elle était obsédée, non seulement par le récit des récentes persécutions suibies par ses frères de race, mais par des histoires plus anciennes, qu'elle avait lues dans des livres ou qu'elle tenait de la tradition orale de sa famille : dans ses yeux hallucinés, on voyait luire les reflets des flammes jaillies des bûchers ou des incendies allumés par les pogroms.

Jamais nous n'avions eu l'occasion de nous faire une idée aussi précise, aussi suggestive du drame juif.

Nous pumes procurer, à M.et à Mme D... L... le moyen de s'embarquer sur un des derniers bateaux qui pris la mer. 

Bordeaux continue à se "vider" assez rapidement... L'avance allemande active les départs plus que toutes les consignes officielles. La circulation redevient ordonnée, sinon normale.

Les allemands, dit-on, sont aux portes ded Rochefort. Un détachement motorisé est signalé à la même heure à des points différents. C'est à croire qu'il tourne en rond... et c'est exact : son chef s'est égaré...

A 14 heures, le 23 juin, le G.Q.G. donne l'ordre de détruire les portes de Castillon et de Sainte-Foy-la-Grande. En prévision d'une rupture des pourparlers d'armistice avec l'Italie, les autorités militaires continuent à agir comme si la guerre devait reprendre... Reprendre, avec quels moyens ?

Les deux ponts sautent. L'opération, réalisée avec précipitation, affole la population non avertie et endommage des maisons. Heureusement, il n'y a pas d'accidents de personne.

Restait la question de l'armistice avec l'Italie.

Depuis le 10 juin, les Italiens n'avaient obtenu naturellement aucun succès notable. Bien que l'armée française des Alpes commandée par le général Orly, eut été considérablement affaiblie lors de la bataille de France, elle avait affirmé sa supériorité sur les agresseurs. Partout, saut en Haute-Maurienne, où nos éléments avancés avaient cédé un peu de terrain, les troupes ennemies avaient été tenues en échec par nos avant-postes.

Le 23 juin, la délégation française arrive à Rome, bien décidée à tirer parti de la belle résistance que nos troupes ont opposée à un adversaire supérieur en nombre et qui a attendu le dernier quart d'heure pour donner au lion blessé le coup de pied de l'âne.

A Rethondes, le général Huntziger, d'accord avec le maréchal Pétain et le général Weygand, avait lu et commanté la note suivante de Keitel :

"L'Italie nous a déclaré la guerre, mais elle nous l'a pas faite. Nous n'avons pas besoin d'armistice avec l'Italie parce que l'armistice a coïncidé avec sa déclaration de guerre. Il y a là une situation qui est ressentie douloureusement par le peuple français. Il y a une différence essentielle entre un pays qui s'est battu et un pays qui ne s'est pas battu : le second ne saurait formuler des exigences du même ordre que le premier... Si à Rome nous sommes en présence de telles exigences tout l'édifice de notre convention avec l'Allemagne - convention douloureuse pour nous, qui est une catastrophe, mais que nous pouvons envisager d'accepter parce que la fortune des armes nous a été contraire - s'écroulera."

Puis le général Huntziger avait ajouté :

"Vous nous foulerez aux pieds, vous nous ferez plus de mal encore, mais nous ne donnerons pas notre signature et nous reprendrons notre liberté d'action : nous avons une marine intacte, notre aviation intacte, advienne que pourra. La France en a vu d'autres, elle estime que l'honneur vaut mieux que la vie."

Keitel avait paru fortement impressionné par cette déclaration et a la fermeté du ton avec lequel elle avait été prononcée, mais il s'était borné à dire : " je prends acte de votre déclaration ; j'ai comme soldat mon opinion sur la question dont vous venez de parler, mais vous comprenez que je ne vous la fasse pas connaître." Evidemment il était facile de la deviner.

L'accueil réservé en Italie à nos plénipotentiaresse révéla tout de suite conciliant (avec une nuance d'embarras honteux)... Pourtant le gouvernement italien revendiquait, non seulement le contrôle de la région frontière franco-italienne, mais la démobilisation et le désarmement de la majorité de nos forces en Afrique du Nord, en Syrie et sur la côte des Somalis... Il ne saurait en être question... pas plus qu'il ne saurait être question de l'occupation en France par l'Italie de territoires que les soldats n'ont pas réussi à conquérir.

Après une journée de discussions au cours de laquelle le gouvernement de Bordeaux fut tenu étroitement au courant par téléphone, l'accord se fit assez aisément. Le général Huntziger qui présidait la délégation française pouvait annoncer, dans l'après-midi du 24 juin, que l'accord était possible. A 17 heures 30 le conseil des Ministres à Bordeaux autorisait Huntziger à signer les clauses de l'armistice Franco-Italien. Ce qu'il fit à 19 heures 15.

L'armistice avec l'Allemagne allait donc pouvoir enfin entrer définitivement en vigueur le 25 juin à 0 heure 35.

Le conseil des Ministres du 23 juin, qui se réunit à onze heures, est précédé d'un coup de théâtre. Le Maréchal attire à part quelques-uns des ministres et leur annonce qu'il vient d'obtenir du président de la République - non sans difficulté - qu'il signe deux décrets nommant MM. Laval et Marquet ministres d'Etat... MM. Baudouin et Bouthillier et le général Weygand sont furieux.

Pourquoi le Maréchal a-t-il pris cette initiative ?

Voici sa réponse : "M. Laval s'est rendu compte qu'il avait eu tort, il y quelques jours, de ne pas accepter le portefeuille de la justice. Il faut que je je fasse entrer dans le gouvernement où ses intrigues seront moins dangereuses que s'il créait une opposition à l'extérieur."

Il y a sans doute autre chose.

Le maréchal a constaté que, malgré son étonnante verdeur d'esprit ezt de corps, les longues discussions le fatiguent. A son âge, il avait droit au repos ; on a fait appel à lui ; il veut continuer à servir ; mais il a besoin d'être aidé.

D'autant plus qu'il ne connaît rien au droit constitutionnel ni aux combinaisons compliquées du jeu parlementaire. Il faut près de lui un juriste qui soit en même temps un habile manoeuvrier... Or, il est incontestable que M. Laval a démontré, récemment, que son influence est prédominante parmi les sénateurs et députés qui se trouvent à Bordeaux.

En outre, il n'appartient pas au groupe des "bellicistes". Il jouit du prestige d'avoir eu raison. Il a tout fait pour éviter cette guerre mal préparée et désastreuse. Les Allemands n'ont pas de préjuge défavorable à son endroit.

Certes, son allure, a de quoi heurter un vieux soldat qui  a des allures de prince, dont la majesté sereine impose le respect et décourage la familiarité.

Ce qui rapproche pourtant le maréchal de Laval, au lendemain de l'armistice, c'est, outre le sentiment qu'ils ont besoin l'un de l'autre, un patriotisme de même nature, un patriotisme de terriens, un patriotisme "charnel", dirait Péguy. Ce sont tous deux des "enracinés", qui ne peuvent concevoir qu'on sauve la patrie en l'abandonnant.

Ce qui séparera, plus tard, Laval du maréchal, c'est que le premier, tout réaliste et habile qu'il soit, va jouer imprudemment, obstinément, avec un courage qui mérite le respect, la carte de la collaboration franco-allemande (parce qu'il croit que l'intérêt de la France l'exige), alors que le second n'ira à Montoire qu'avec l'arrière-pensée de se refuser à tout engagement et s'efforcera, dans la mesure du possbile, en tâtonnant parfois et même au prix de concessions inévitables de ne compromettre aucune des chances de la France.

Quoiqu'il en soit l'avenir, voilà MM. Laval et Marquet installés à la table du conseil.

Il est question, bien entendu, du discours que Churchill a prononcé la veille à Londres et dont on vient de connaître le texte à Bordeaux quelques instants plus tôt.

Le Premier britannique s'est exprimé à l'égard de notre pays en termes violents et injustes. Pourtant une phrase était à retenir qui, détonant avec le reste, faisait l'écho aux déclarations formulées à Tours le 13 juin : "Une fois victorieuse, la Grande-Bretagne prendra à coeur, malgré l'acte du gouvernement de Bordeaux, la cause du peuple français."

Laval, très irrité, propose le rappel de notre représentant à Londres. M. Baudouin, au contraire, recommande de lui envoyer d'urgence un télégramme qu'il a déjà préparé et qui est destiné à être communiqué au gouvernement anglais. Ce télégramme, tout en réfutant les allégations de M. Churchill, confirme les assurances maintes fois données au sujet de la flotte française et le désir que le front moral et politique franco-britannique ne soit pas rompu.

Le Maréchal adopte le point de vue de M. Baudouin qui bénéficie d'ailleurs de l'appui du général Weygand et de l'amiral Darlan.

Le président de la République va signer un télégramme personnel au Roi d'Angleterre, pour renforcer le télégramme adressé  à notre ambassadeur.

Rien, ne sera négligé pour sauvegarder l'amitié franco-britannique que les récents événements ont ébranlée.

Cependant, pour éclairer l'opinion française en même temps que l'opinion étrangère, le Maréchal se fait un devoir d'exposer la situation aux français dans des termes d'une dignité émouvante :

"Français !

"Le gouvernement et le peuple français ont entendu hier, avec une stupeur attristée, les paroles de M. Churchill. Nous comprenons l'angoisse qui les dicte. M. Churchill redoute pour son pays les maux qui accablent le nôtre depuis un mois.

"Il n'est pourtant pas de circonstances où les Français puissent souffrir sans protester, les leçons d'un ministre étranger. M. Churchill est juge des intérêts de son pays : il ne l'est pas des intérêts du nôtre. Il l'est encore moins de l'honneur français. Notre drapeau reste sans tache. Notre armée s'est bravement et loyalement battue. Inférieure en armes et en nombre, elle a dû demander que cesse le combat. Elle l'a fait, je l'affirme, dans l'indépendance et dans la dignité.

"Nul ne parviendra à diviser les Français au moment où leur pays souffre;

"La France n'a ménagé ni son sang ni ses efforts. Elle a conscience d'avoir mérité le respect du monde. Et c'est d'elle, d'abord, qu'elle attend le salut. Il faut que M. Churchill le sache. Notre foi en nous-même n'a pas fléchi. Nous subissons une épreuve dure. Nous en avons surmonté d'autres. Nous savons que la patrie demeure intacte tant que subsiste l'amour de ses enfants pour elle. Cet amour n'a jamais eu plus de ferveur.

"La terre de France n'est pas moins riche de promesse que de gloire.

"Il arrive qu'un paysan de chez nous voit son champ dévasté par la grêle. Il ne désespère pas de la moisson prochaine. Il creuse avec la même foi le même sillon pour le grain futur.

"M. Churchil croit-il que les Français refusent à la France entière l'amour et la foi qu'ils accordent à la plus petite parcelle de leur champs ?

"Ils regardent bien en face leur présent et leur avenir.

"Pour le présent, ils sont certains de montrer plus de grandeur en avouant leur défaite qu'en lui opposant des propos vains et des projets illusoires.

"Pour l'avenir, ils savent que leur destin est dans leur courage et leur persévérance."

Les Bordelais pressentent que la conclusion de l'amistice est imminente. La ville, qui ne connaît plus, le tohu-bohu insolite et assourdissant des jours précédents, a presque retrouvé son aspect accoutumé... Mais on y parle bas, comme dans la chambre d'un malade... Les fronts sont soucieux et les coeurs serrés.

Deux incidents plutôt baroques à signaler.

Dans la matinée,  un officier allemand en auto-mitrailleuse, suivi de cinq side-cars, arrive au Quatre-Pavillons, à quelques kilomètres de la ville, sur la route de Paris. Il es fait prisonnier par un officier du ministère de la Guerre (archiviste, sauf erreur) qui circulait sur la même route, dans une auto de touriseme accompagné d'un sous-officier, et avec l'aide d'un officier du Génie rencontré par hasard. L'officier ennemi, intimidé et se rendant compte qu'il a dépassé par inadvertance les lignes allemandes, n'oppose aucune résistance. Mais, dans la journée, sa libération sera demandée au général Lafont par l'amiral Dumesnil, attaché au ministère de l'Intérieur, qui redoute un incident. Avant de rejoindre son corps le prisonnier relâché tient à rendre hommage à "l'esprit chevaleresque des Français." Personne n'est sensible à ce compliment.

C'est le premier allemand qui apparaît à Bordeaux. Il en précède beaucoup d'autres qui y resteront beaucoup plus longtemps que lui.

Vers 23 heures, un torpilleur britannique débarque un détachement près d'un petit fort dépendant de la citadelle de Blaye. Il prétent s'emparer du fort et emmener la garnison captive (une section environ). Mais les Allemands, qui ont atteint la rive Nord de la Gironde, interrompent l'opération à coups de canons. Les Anglais rembarquent et leur torpilleur s'éloigne vers l'embouchure.