Les gravières et sablières

 

Les Gravières  (celles qui nous servaient de terrains de jeux):

Après la guerre, certaines d'entre elles, épuisées, avaient cessé d'être exploitées. La grave avait servi au revêtement des routes et, mélangée au sable à la construction des édifices.

Elles étaient situées en venant de Blanquefort :

- à la droite, de l'avenue du Général de Gaulle, à l'entrée de Caychac. Je pense qu'elle était encore en activité dans les années 60 à 70, elle appartenait peut-être à l'entreprise Dupont.

- à la droite, de l'avenue du Général de Gaulle, derrière le monument aux morts avant qu'il soit déplacé. Le côté gravière était proche de la route et la sablière sur le même lieu, à quelques mètres lui faisait face.

Rue de Peybois, elle était mitoyenne au pré de Pierrette Dubourdieu.

Au Neurin, tout au fond du Baraillot une immense gravière était partagée en deux.

La sablière de la rue de la Rivière, et sablière de Contat.

Elle était située, à plusieurs mètres après les écoles sur le bord de la route. C'était notre Jardin d'enfants. Notre grand-mère nous y amenait tout petits, nous y étions en sécurité, nous jouions aux billes pendant qu'elle lisait son journal, assise sur son pliant. (Aujourd'hui habitations de particuliers)

Nous les avons toutes occupées, selon notre âge. Tout jeunes, nous allions jouer sur la décharge de la rue de peybois. En ce temps là, au début des années 1950, il me semble me souvenir qu'il n'y avait pas de ramassage des ordures ménagères, d'ailleurs, il y avait très peu de déchets. J'ai la vision de ma famille poussant une brouette chargée d'une poubelle et la vidant dans les anciennes gravières, proches de notre domicile. Les habitants de Caychac avaient des cochons, donc les restes de viandes, légumes, et l'eau de vaisselle les nourrissaient. C'était les lendemains de la guerre de 39-45, la population avait souffert des restrictions ; les poches en papier, les bouchons en liège, les morceaux de ficelles, le papier, les crayons étaient précieusement conservés. Les bouteilles étaient consignées. Ce qui nous laissait "le lourd": verres (presque pas cassés), bouts de tissus, fragments de bijoux, vieux clous tordus ou outils dentelés par l'usure, chaises éventrées. Les grands, nous ayant fait croire qu'il y avait des pièces de monnaie dans la sablière,  nous en cherchions avec ardeur, mais en vain. Cependant, il n'était pas question de ramener nos trouvailles à la maison.

Nous avions de la concurrence, parfois, des romanichels venaient s'installer à cet endroit, et eux aussi cherchaient. Ils avaient des roulottes vertes tirées par des chevaux, et à peine arrivés, passaient dans les maisons, en criant : "rempaillage" et demandaient si nous avions des couteaux ou ciseaux à faire aiguiser. Notre grand-mère nous mettait en garde : "attention les romanichels vont vous emporter" et nous avions un tout petit peu peur. Quand ils s'installaient, nous fermions à clef la porte des maisons, mais c'était le seul événement qui perturbait notre confiance en notre entourage. Jamais nous n'avons eu de conflits avec les romanichels. Ils ne nous volaient pas et ne rentraient pas chez nous sans autorisation. 

 

Souvenons-nous des magnifiques châtaignier et cerisier qui ornaient le parc du château Morton, et embellissaient les abords de la rue de Peybois.(Aujourd'hui une partie du parc a laissé place à un groupement d'habitations, avec le long de l'avenue du Général de Gaulle un espace vert avec de jeunes arbres, des jeux pour enfants et l'arrêt de bus "liane 6")

Tous ces espaces, à droite et à gauche de la rue de Peybois, ont laissé place à des habitations de particuliers, ainsi que le long de la rue Cora Morton (notre chemin de sable). 

La gravière et la sablière de caychac (derrière l'ancien emplacement du monument aux morts)

En 1957, j'avais 10 ans et mes cousins, Michel (Gabriel) 6 ans, Annie (Anne-Marie) 5 ans, et Jacky (Jean-Jacques) 3 ans 1/2, me suivaient partout. Michel et Annie étaient des enfants qui respectaient ma qualité d'aînée et m'obéissaient sans contestation, cela durera jusqu'aux 9 ou 10 ans de Michel. Jacky, était un petit garçon en colère, qu'il fallait amadouer. Quelques années plus tard viendra s'ajouter à notre famille Christian Cels, qui ne nous quittera plus jusqu'à ce qu'il ait 17 ans environ.

Cette gravière ne nous intéressait peu, elle puait, nous l'avons visitée quelques rares fois. La sablière, en revanche, nous a fait passer des heures de rêves. Nous étions éloignés de la vigilance de nos parents, au milieu du sable, et des pins. Elle offrait une paroi de sable d'environ 2 mètres, que nous creusions, et escaladions au péril de notre vie mais nous n'en avions pas conscience et nos parents n'avaient pas vérifié la dangerosité de nos jeux, ou plus simplement désobéissions nous ? n'avions nous que l'autorisation de jouer avec le sable doré à l'extérieur de la paroi ? Toujours est-il, que nous la creusions, et l'amusement voulait que notre tunnel soit de plus en plus profond. Parfois, quand je voyais le sable jaune, tomber en pluie sur l'un d'entre nous, j'arrêtais le jeu. Quelle était belle cette petite forêt recouverte de mousses, derrière la sablière ! avec son petit chemin de sable noir, bordé de fougères, de chênes et de pins, sur lequel donnait une autre sablière. Il débouchait dans les pâturages du Baraillot, et à la saison, cette forêt était le lieu de prédilection des chercheurs de cèpes qui n'avait pas de moyen de locomotion.(Aujourd'hui, le petit chemin ; chemin de Perric, route du Baraillot, avec des forêts, des prairies, des cultures ; rue des Gravière, le Baraillot ;  impasse. Ensuite, construction d'une centrale téléphonique, écoles, terrain de jeux de ballons clôturés, et habitations).

La gravière au fond du Baraillot.

Nous étions tous plus grands, la gravière portait son nom il y avait de la grave, pas de détritus mais des herbes de marais. Nous y attrapions des têtards, qui devaient devenir des grenouilles. Puis, après avoir échoué dans nos projets, nous nous sommes équipés de bâtons, auxquels nous avons pendu des bouts de tissus rouges et puis rien. Le temps passait sous le soleil, nous grandissions. Les garçons plus tard y ont pêché des calicobas qu'ils ramenaient à la maison dans des seaux où ils devaient continuer à vivre. (A partir des années 62, nous ne sommes plus allés au fond du Baraillot, il était habité par une population vivant dans des caravanes)

Le Crohot (nom donné je pense en référence aux plages de Lège-Cap-Ferret sur la côte Atlantique : le grand Crohot et le petit crohot)

Vous passiez par la Rivière, vous preniez, la route des chênes, le Pont du Bouchon, vous suiviez le petit chemin bordé de fossés et de végétation dense et humide, vous étiez dans les marais, puis soudain une éclaircie, une gravière ! les enfants du village l'avaient baptisée le Crohot. L'été ils s'y baignaient, plongaient dans de grandes éclaboussures, fricotaient, une guinguette s'y était installée. Puis il y a eu une épidémide de poliomyélite et nos parents inquiets nous interdirent d'aller nous baigner. C'était vers 1955, tout le monde avait peur, nous nous savions pas comment les enfants l'avait contractée et toute eau était suspecte. Il me semble me rappeler, qu'il y a eu sept cas et une petite fille est décédée, si je me trompe qu'on me le pardonne en particulier son frère jumeau qui garde des séquelles de cette maladie. 

La mort du fils Berlan au retour du Crohot, en 1948, avec sa charrette remplie de grave.

Témoignage A. R. dans la classe de M. Morlaes, ce jour là, il avait dix ans.  

Son récit commence par : "Nous avons eux 3 morts cette année là. On comprend que ces personnes n'étant pas de sa famille c'est tout comme.

J' étais en classe, en ce jour de 1948, dans la classe de M. Morlaes qui était ami avec M. Camus le cabaretier. L'instituteur a demandé que nous ne bougions pas de notre place, qu'il allait revenir. Mais, nous n'avons pas obéit, nous nous sommes levés et agglutinés contre les carreaux qui donnaient sur la route de Pauillac. Nous avons vu. La fourgonnette de Camus avaient les portes arrières, barttantes, et deux pieds en sortaient. Une vision inoubliable, c'était les pieds du fils Berlan le boulanger, mort. Il était parti chercher de la grave avec sa charrette au Crohot, et au retour comme elle était très lourde, il marchait à côté de son cheval qu'il  tenait par la guide. Arrivé sur la route, au bas des écoles de Caychac, (rue de la Rivière) au niveau de la forêt de M. Boignères, des chevaux échappés ont effrayé le cheval, le jeune homme s'est entravé dans la guide, et la charrette lui est passée sur le corps. C'était l'enfant unique des époux Berlan et la maman ne s'en est jamais remise."

Nous allions à la ferme de Pierre Rouillard acheter du lait.

Nous descendions la rue des écoles à Caychac, nous arrivions au village de La Rivière que nous traversions, nous longions l'Allée des Chênes, nous passions le pont du Bouchon, l'Allée Neuve tout droit, nous tournions à droite, Allée des Flamands (en référence aux Hollandais qui avaient asséché les marais).

Nous étions à bicyclettes, et nos genoux se souvienent des "gadins" que nous avons pris sur les routes caillouteuses, aux nombreuses ornières,  avec Yannick, une fois atteint l'Allée des Flamands nous étions arrivées à destination : à la ferme de son oncle Pierrot.

Pour ma part je n'ai jamais dans ma jeunesse d'autre vélo, que celui de ma grand-mère, un grand vélo noir, très haut, celui qui avait fait le voyage Bordeaux-Caychac, maintes fois pendant la guerre de 1945. Mon grand-père était le roi de la rustine.

Les Jalles

Nous nous sommes baignés (plus particulièrement mes cousins) dans toutes les jalles. Ma grand-mère nous amenait aux quatre pont, c'est d'ailleurs là qu'ils ont appris à nager tout seuls,  je crois qu'au début Mémé leur mettait ses mains sous le ventre. J'y allais à vélo, peut-ètre Mémé, traînait sa remorque sur laquelle étaient perchés mes cousins, mais moi, je me souvient de la côte qu'il fallait franchir.

Au Pian il y avait un cours d'eau qui passait sous la route de Pauillac, (cette jalle existe toujours on peu la voir aussi au Pont Bernet) près du château Malleret, il était ombragé et c'était mon préféré, le terrain était plat depuis Caychac.

Devenus grands mes cousins, ont fréquenté le cours d'eau du Pian près de l'Ermitage Lamouroux, d'ailleurs c'est le même que celui cité dans la phrase précédente. (faire des recherches)

Nous avons eu une enfance, à Caychac, de Manouches sédentaires, étions nous un peu Mapuches aussi ?

Jacky, Jean-Jacques, Conrad, son nom d'aventurier, qui ne connaissait pas le vertige, a vécu pendant l'été de ses douze ans dans les bois du Pian, près de l'Ermitage Lamouroux, sur les rives du cours d'eau qui faisaient une plage de grave et de sable à cet endroit. Les Mapuches étant arborigènes, (c'est pour trouver une explication rationnelle, ma grand-mère étant née au Chili) mon cousin a vécu dans les arbres, c'était un voltigeur, qui ignorait, malheureusement pour son avenir, le danger. Essayer de décrire ses jeux est très difficile, je ne connais peu de chose de leurs préparations mais j'en ai vu l'aboutissement. De longues lianes, en fer tressé sur plusieurs mètres, suspendues dans les arbres à dix mètres de haut. Il avait fait des anneaux de plusieurs épaisseurs de fil de fer, de la largeur de sa main, reliés les uns dans les autres, chaque anneaux était bouclé au mileu par une autre épaisseur de fil de fer de façon à former un huit. Modèle, qui si par chance, vous avez compris la fabrication devrait-être déposé. Donc, il avait supendu aux arbres, au-dessus du ruisseau de mettons, 9 à 10 mètres de large à cet endroit là,  des lianes décalées auxquelles il se suspendait passant de l'une à l'autre pour franchir en hauteur le ruisseau. Le plus souvent, il faisait le cri de Tarzan durant son exploit. Pour la petite histoire, Maryse Bidon à 17 ans, était la seule personne au monde, j'en suis sûre, à savoir imiter Chita avec autant de force et de conviction ; pendant plus de 15 minutes sans reprendre son souffle, gestes à l'appui,  il fallait le faire, et surtout l'entendre ! morts de rire.

Le lavoir du chemin des Rossignols (près de Tujean)

Il y a peu de temps j'ai rencontré un monsieur très sérieux, d'une soixantaine d'années, qui m'a raconté le plaisir qu'ils prenaient, avec ses copains (il habitait Blanquefort mais préférait la compagnie "des jeunes rouges de Caychac", où la plus grande partie de la population était communiste à cette époque) lorsqu'ils plongeaient dans l'eau du lavoir "les filles B." de Caychac. Chante beau merle ! c'était les plus jolies !