LES TUILIERES (quartier)

 

En faisant des recherches sur ma famille j'ai trouvé un ascendant tuilier, habitant au lieu dit les Tuilières.

Rue des TUILERIES - Rue au nord de Caychac dont le nom désigne un ancien lieu de fabrication de tuiles déjà connu en 1574. Le lavoir des Tuilières est encore debout mais sa charpente menace de s'écrouler. De la source qui jaillit de cet endroit coule une eau limpide qui s'écoule dans les ruisseaux avoisinants. Blanquefort rues et Lieux-dits - publication G.A.H.BLE -

En passant par l'Avenue du Général de Gaulle, à la sortie de Caychac, c'est la dernière rue sur la gauche, avant d'arriver au premier rond point du Pian, et non, on a donné à cette rue le nom de rue de Peybois, dans non enfance de quartier des Tuilières commençait à cet endroit où ma tante Marie cultivait ses haricots verts.

Je suis allée vérifier sur le terrain, actuellement, la rue des Tuilières est une impasse à la droite de la rue du Poujeau, entre la rue Jean Jacques Rousseau et la rue Alfred de Musset . La rue du Poujeau est le prolognement de la rue de Peybois dans l'ancien village. Nous pouvons nous demander à juste titre pourquoi rue Jean-Jacques Rousseau et petite impasse des Tuilieres ? pour l'histoire locale, il semble que l'inverse aurait eu plus de sens.

Cependant sur une carte datant de 1749 on voit un chemin qui passe à la limite du village de Peygours qui est indiqué "chemin des TEUILLEYRES". (source J. Lafitte).

Sur l'extrait de la carte de la Guyenne dessinée par Charles Belleyme, ingénieur géographe du Roy (1760-1790) édité par le G.A.H.BLE, il est indiqué TUILERIE à la limite de Peybois (Blanquefort) et du Poujeau (Le Pian Médoc) et, en face de la route qui dessert Parempuire.

Sur la carte de Cassini de 1806, les Tuillières figurent aussi.

N'ayant pas de documentation à ce sujet pour l'instant, j'ai trouvé des renseignements sur les tuileries Villadin qui peuvent donner un aperçu du fonctionnement d'une tuilerie de 1782 à 1860 bien qu'à Blanquefort, la carte découverte par J. Lafitte, témoigne déjà de tuileries en 1749.

Pendant cette période les tuileries produisent, tuiles, briques, corbeaux, faîtieres, carreaux et sont ventdu dans un rayon de quelques dizaines de kilomères. Les tuileries produisent aussi de la chaux et de la cendre de bois qui est venue comme engrais ou pour faire la lessive.

A cette époque, l'industrie de la tuile et de la brique est prospère dans tout le département. On peut expiliquer cette prospérité par le remplacement des toitures en paille par des toitures en dur, ordonné par les préfets relayés par les maires suite à de gigantesques incendies qui chaque été détruisent parfois des villages entiers et qui provoquent de véritables psychoses dans les campagnes, on parle de bandes d'incendiaires qui sillonnent le pays. C'est également l'époque où, en ville, on construit usines et ateliers principalement en brique.

DESCRIPTION D'UNE TUILERIE

Une tuilerie se compose d'une maison d'habitation où loge le patron, sa famille et parfois certains de ses ouvriers,  ; on y trouve fréquemment une ou deux écuries, un poulailler et une soue à cochons. Il faut dire que le tuilier est aussi cultivateur et que ses chevaux et charrettes sont bien utiles pour transporter de la terre et le bois, ainsi que pour livrer ses produits. Les installations industrielles sont une ou plusieurs mares où on recueille l'eau de pluie, un atelier où la marchandise est façonnée, une grande place pour faire "ressuyer" à l'extérieur les pièces qui "quittent la main du mouleur", une grande halle-séchoir de 20 mètres de long construite en bois, couverte en paille et en roseaux. Le bâtiment principal est un fourneau construit en briques dont une partie est enterrée. A proximité du fourneau sont stockés le bois et la marchandise prête à être livrée.

LE TUILIER UN LOCATAIRE

Le tuilier est rarement propriétaire de son usine qu'il tient à bail d'un bourgeois. Le bail est en général de 6 ou 9 ans et le preneur est tenu d'exploiter lui-même les terres agricoles qui dépendent de la tuilerie dans les conditions habituelles du fermage à l'époque.

LA SAISON

La saison des tuiliers et des potiers ne dure que six ou sept mois, de mai à novembre. En effet, en hiver, il est impossible de mouler et de faire sécher correctement la marchandise. De plus en cette saison, la pulpart des chantiers de construction sont arrêtés. Les ouvriers sont donc au chômage mais quelques-uns sont employés à extraire de la terre ou a couper du bois. Extraite dans des terriers à ciel ouvert pouvant atteindre 15 mètres de profondeur, la terre provient des environs immédiats des tuileries. Il s'agit d'une argile d'un blanc jaunâtre utilisé pour la fabrication des tuiles et de terres jaunes et rouges ferrugineuses qui, une fois mélangés servent à la fabrication des briques.

LE METIER DE TUILIER

A l'atelier, dans une fosse carrelée appelée "marche", l'ouvrier piétine la terre mélangée à de l'eau où il s'enfonce parfois jusqu'aux genoux. Cette opération a pour but d'obtenir une matière homogène qui est ensuite passée au mouleur qui utilise des moules en bois sur un tableau en fonte. La marchandise sèche ensuite pendant une à deux semaines selon l'épaisseur et les conditions atmosphériques puis elle est enfournée.

Le fourneau se compose de plusieurs parties. Sous terre, deux galeries voûtées de 4,80 m de longueur, 1,55 m de large et 1,40 m de hauteur, surmontées du four proprement dit, lui aussi voûté, qui a son entrée vis-à-vis de la halle-séchoir et dans lequel un homme peut facilement se tenir debout. (c'est le cas particulier des tuileries villadin). Les pièces qu'il contient y sont soigneusement empilées de façon à ce que l'air chaud puisse circuler entre elles. On peut aussi cuire de la brique et faire de la chaux au fond des galeries mais ce n'est pas leur destination permière. Dans le chauffier, se tiennent les ouvriers qui alimentent le foyer. A l'aide de longues fourches ou d'un énorme râteau appelé rouable, ils poussent les fagots enflammés le plus loin possbile. Dans la voûte des galeries et du four sont ménagées des ouvertures appelées "cheminées" qui permettent la circulation de l'air chaud et l'évacuation de la fumée. Elle permettent aussi de régler le tirage donc la température. En effet on peut monter sur la terrasse du four pour fermer ou ouvrir les "cheminées" en fonction des besoins.

La cuisson dure environ une semaine. Pendant 3 à 4 jours, on chauffe progressivement le four, puis pendant 3 jours et 2 nuits, le foyer est continuellement alimenté pour atteindre 1100 à 1200 degrés. Pour cuire une fournée, on brûle 10 stères de rondins de bouleau et 3 000 fagots qu'on appelle ici "bourrées" ou "ramillons" et "ram'ssin" à Amance et Soulaines (il faudrait connaître les noms propres à l'Aquitaine). La cuisson terminée, il faut attendre une semaine avant de vider le four. On cuisait une fournée par mois.

La marchandise est ensuite livrée au consommateur ou à partir des années 1880, expédiée par la gare (à Caychac, dans le quartier des Tuilières, nous ne ne somme qu'à 600 mètres, environ, de la gare de Parempuyre). En 1883 une journée avec un cheval et un conducteur est facturée 8 francs ; avec 2 cheveaux, 14 francs.

CONCLUSION

A partire de 1860, les tuileries de Villadin (est-ce propre à cette région ?) ferment les unes après les autres si bien qu'à la fin du siècle, il n'en reste qu'une seule, la plus ancienne, qui vivotera jusqu'en 1929 avec une interruption pendant la Grande Guerre. Comment expliquer cette disparition ? on peut d'avort avancer le relatif épuisement des ressources en argile et la difficulté à se procurer du bois à bon prix évoqués dès 1840. Mais la cause principale est la concurrence des grosses usines qui cuisent à la houille, sont bien implantées près de l'agglomération troyenne (nous avions la tuilerie, briqueterie des Ecus au Bouscat, qui fut la propriété de la famille Massart également propriétaire du Domaine de Muratel ?) ou le long des voies ferrées et sont équipées pour produire de nouveaux matériaux meilleur marché comme la brique creuse et la tuile mécanique.

En cette fin du XIXème siècle s'amorce déjà un processus qui prendra toute son ampleur au XXème et conduira inéluctablement à la déserfication des campagnes.