M. Cambon de 1806 à 1808

 

Faisant suite à l'article publié dans le journal Sud-Ouest, du 29 juillet 2010, page 20e, dans lequel il y avait un début d'interrogation concernant le nom de "Cambon", j'ai fait des recherches dont je retranscris dans mon site de possibles réponses. 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
        POUR L’INDUSTRIE NATIONALE,

Publié avec l’approbation de S. Ex. le Ministre de
                     l’Intérieur.

               HUITIÈME ANNÉE.         

                      A PARIS,
DE L’IMPRIMERIE DE MADAME HUZARD,
RUE DE L'ÉPERON~SAINT~ANDRÉ~DES~ARTS, N°7.

                        1809.

 

AGRICULTURE. (page 146)

EXTRAIT du Rapport fait au nom du comité d’Agriculture par M. Baudrillart, sur les Plantations d’Arbres forestiers et les autres Cultures exécutées par M. Cambon, armateur à Bordeaux, dans son domaine situé, commune de Blanquefort, département de la Gironde.

M. Cambon, armateur à Bordeaux, a adressé à la Société la notice des plantations d’arbres forestiers et des diverses expériences d’agriculture qu’il a exécutées pendant les années 1806, 1807 et 1808, sur ses propriétés à Blanquefort, département de la Gironde. Cette notice, renvoyée au Comité d’Agriculture, a été examinée par MM. Tollard ainé et Baudrilllart.

Les terres sur lesquelles l'auteur annonce avoir planté sont composées d'un sable aride et ferrugineux, qu'il laissait en friche depuis plus années, ne les jugeant pas susceptibles d'une culture quelconque qui pût l'indemniser des frais qu'elle aurait occasionnés. Cependant il se décida à y faire un essai qui devait, dit-il, être onéreux pour lui dans le moment, mais qui pouvait devenir d'une utilité générale, si des résultats heureux lui donnaient des imitateurs dans un canton qui manque de bois.

Il n'avait pas à choisir entre un grand nombre d'arbres pour couvrir un terrain tellement ingrat, que des semis répétés de pin maritime n'avaient pu y réussir. Il se fixa principalement sur le robinier, dont les nombreux avantages lui avaient été démontrés par l'excellent ouvrage de M. le Comte François de Neufchâteau, et sur quelques autres espèces forestières. Ses plantations ont été constatées par les autorités locales et par l'Académie des Sciences de Bordeaux, qui lui a décerné une médaille d'encouragement.

Voici le détail de ces travaux :

Le premier soin de M. Cambon a été de défendre son terrain, contenant 14 hectares, de l'approche des bestiaux, en le faisant entourer de fossés larges et profonds. Ensuite, pour extirper l'ajonc et la fougère qui infestaient le sol, il a fait ouvrir dans l'intérieur, des tranchées de 64 centimètres de largeur et de 40 centimètres de profondeur.

Les plants qu'il devait employer étaient venus de semences, n'avaient qu'un an et étaient extrêmement petits. Ils furent plantés en quinconce, depuis décembre jusqu'en mars, dans les tranchées dont on vient de parler.

A 2 décimètres de profondeur, et à 1 mètre 3 décimètres les uns des autres, et ensuite récepés à 1 décimètre 8 millimètres de terre.

Les pousses de printemps donnèrent de l'espoir, mais elles pouvaient être brûlées par les sécheresses. Néanmoins il a obtenu des résultats avantageux. Les espèces qu'il avait plantés étaient : le robinier, au nombre de 146 000, le bouleau, le cytise des Alpes, le mahaleb, l'érable à feuilles de frêne, le grainier ou arbre de Judée, le frêne, le micocoulier et le châtaigniers. Le total de ces plants était de 185 000.

Sur cette quantité, il annonce n'avoir perdu, malgré les contrariétés de la température, que 1 500 plants, presque tous grainiers ou cytises, et aucuns de ceux qui avaient repris d'abord.

Les 146 000 acacias existent à 150 près. Ils ont fourni des jets d'un à quatre mètres de hauteur, et plusieurs sur la même souche.

Cette plantation lui a donc complètement réussi, et il en tire la conséquence que le robinier mérite la préférence sur tous les autres arbres pour utiliser les terres les plus arides. Il rappelle à cette occasion les avantages que présente la culture de cet arbre ; avantages qu'il place dans la propriété qu'il a de végéter avec  une force prodigieuse ; de fournir tous les trois anbs, lorsqu'on l'exploite en taillis, une grande quantité de bois de chauffage, et l'échalas qui durent vingt ans, et qui sont par conséquent bien préférables à ceux de saule et de pin maritime qu'on renouvelle sans cesse ; de donner d'excellent merrain et de bon cercles ; d'avoir un bois dur, incorruptible dans l'eau, et propre à fabriquer des meubles et autres ouvrages ; de procurer par ses feuilles un bon fourrage aux bestiaux ; de former des clôtures impénétrables ; et de se reproduire de semis, de rejetons, de marcottes ou de couchages, de racines et de boutures.

L'auteur rend compte des expériences qu'il a faites sur chacun de ces moyens de multiplication.

Le semis à la volée ne lui a pas réussi, et il pense qu'il est indispensable de semer le robinier en rayons peu profonds, après avoir fait tremper la graine pendant vingt-quatre heures ; de ne pas la recouvrir que légèrement ; de jeter par-dessus de la mousse et de l'arroser pendant huit jours.

Les rejetons ne lui ont pas donné des sujets aussi vigoureux que le semis.

Le troisième moyen, dit-il, n'a de succès qu'après deux ans de couchage, et même en fracturant les branches.

Le quatrième a réussi : l'auteur a planté, dans le mois de mars, des racines de diverses grosseurs, et d'un décimètre six centimètres de longueur. Elles avaient donné en août suivant des pousses d'un mètre de hauteur.

Le cinquième moyen a fait l'objet des essais suivants :

1° L'auteur fit planter de diverses manières, en automne, des branches de bois nouveau et d'autres de bois vieux, qui toutes ont pourri dans la terre.

2° Dans le mois de mars, il s'est servi de branches prises sur un plant d'un an. Les unes ont été placées perpendiculairement, les autres légèrement courbées ou pliées en entier, les deux bouts sortan de terre. Très peu ont réussi.

3° A la même époque, il a coupé, sur un vieux robinier, des branches d'une année, auxquelles il a laissé un talon de bois de deux ans ; elles ont été placées comme les précédentes. Presque toutes ont poussé, et plusieurs ont fleuri.

Le terrain où ces essais ont été faits est assez meuble, frais et à demi-soleil.

Il en résulte des expériences de M. Cambon sur la multiplication du robinier par boutures, que le mode qui consiste à couper, sur un vieil arbre, des branches d'une année, auxquelles on laisse un talon de bois de deux ans, est celui qu'on doit préférer.

Il a fait aussi des observations sur les terrains et les expositions qui conviennent le mieux à l'acacia.

Planté, dit-il dans un sable léger et brûlant, exposé aux frimas, il a bien végété ; dans un terrain très caillouteux où étaient précédemment des vignes, les pousses ont été belles ; dans des terres légères où l'on trouvait le tuf à deux décimètres de profondeur, il y a eu du succès ; dans d'autres argileuses, il a eu une jolie venue, lorsque l'eau n'a pas séjourné à ses pieds ; enfin dans des positions abritées des vents du nord et d'ouest, où la chaleur se concentrait fortement, mais où il y avait de l'humidité intérieure, il a eu un succès étonnant, puisque les premières pousses se sont élevées jusqu'à quatre mètres.

M. Cambon conclut de ses succès que les arbres qu'il a plantés peuvent couvrir fructueusement des terrains voués à la stérilité. Il annonce aussi avoir établi des pépinières considérables.

L'acacia visqueux (robinia viscosa), et l'acacia sans épines (robinia inermis), ont également fixé son attention.

Il a fait greffer le dernier sur le robinier ordinaire, en a planté un certain nombre ainsi greffés dans le terrain le plus aride, à douze décimètres de distance, et les a fait recéper rez terre. Leurs première pousses s'élevèrent à près d'un mètre, et formèrent des touffes d'environ deux mètres de circonférence. Elle furent coupées deux fois en juillet et septembre, et leur produit en volume et en poids fut quadruple de celui qu'avait donné la luzerne dans semblable espace.

Après avoir fait jeûner des chevaux, des boeufs, des vaches et des moutons, il leur fit présenter de ce fourrage, branches et feuilles, alternativement vert et sec, et conjointement avec ceux auxquels ils étaient habitués ; ils dédaignèrent absolument ceux-ci ; et dévorèrent l'autre. Un jeune cheval qui mangeai journellement vingt livres de foin se trouva suffisamment substanté avec six à sept livres de cette nourriture, et refusa toute autre qui lui fut offerte.

M. Cambon n'a pas borné ses cultures aux arbres forestiers dont on vient de parler ; il les a étendues à des plantes d'une grande utilité dans l'économie rurale et pour les manufactures. Il a cultivé l'arachide, le chou-navet de Laponie, l'orge nue ou sucrion, et le coton herbacé.

   Les graines de l'arachide avaient été dépouillées de leurs enveloppes et mises pendant vingt-quatre heures dans de l'eau pure. Elles furent semées depuis le 02 jusqu'au 15 mai, à 30 centimètres de distance, dans des rayons de 8 centimètres de profondeur, espacés entre eux à 48 centimètres.

Le premier semis a été fait dans une terre dont la superficie provenant d'un curage de fossés est sablonneuse, et le dessous compact.

Dans les intervalles, il a fait planter des choux qui ont tout couvert de leur ombrage ; cependant les pieds d'arachide y sont venus très beaux et on cloné chacun de 60 à 80 graines.

Le second semis a été fait dans un terrain argileux, abrité au nord par un mur qui lui a procuré une chaleur très forte. Les tiges d'une belle venue lui ont fourni environ 50 graines.

Le troisième semis a eu lieu entre des acacias dans un sable aride, et chaque pied a donné de 40 à 45 graines.

Le quatrième semis a été fait dans un terrain sablonneux, infesté de chiendent, en friche depuis cinq ans, et seulement labouré et hersé. Les semences étaient avec leurs enveloppes et n'avaient point été trempées dans l'eau. Ce semis, quoique le moins avantageux, a pourtant donné vingt pour un.

Le résultat de ces expériences, dit l'auteur, a donc prouvé, contre l'opinion générale, que cette plante fructifie dans les terrains frais et chauds, forts ou légers, découverts ou ombragés ; que le voisinage des autres productions ne lui est pas nuisible ; enfin qu'elle peut prospérer dans le département de la Gironde, et par conséquent dans la majeure partie de l'Empire français, et augmenter ainsi nos richesses agricoles.

   Chou-navet de Laponie, ou rutabaga. Il a cultivé cette plante et reconnu qu'elle fournissait un excellent fourrage, et qu'elle réunissait tous les avantages qu'on lui attribue.

   Orge nue ou sucrion. Il assure que cette espèce d'orge réussit dans presque tous les terrains, qu'elle donne beaucoup de farine, et peut remplacer le riz dans l'usage alimentaire.

   Le coton. M. Cambon avait reçu de MM. les Préfets de la Gironde et des Landes des graines du cotonnier herbacé, mais fort tard, de sorte que n'ayant pu les semer qu'à une époque très reculée, les froids de l'automne ont empêché la maturité des fruits, qui cependant étaient bien formés. Il pense qu'il est possible d'acclimater cette plante, surtout en se servant de semences des parties de la France les moins méridionales. Il espère confirmer son opinion cette année et les suivantes.
Enfin l'auteur annonce avoir fait un heureux emploi de l'arqûre sur les arbres à fruits.

                                                    RESUME ET OBSERVATIONS

Il résulte du mémoire de M. Cambon, que ce zélé agriculteur s'est appliqué à des cultures utiles, dont la plupart sont encore peu répandues dans son département.

Les arbres forestiers qu'il a planté, si l'on en excepte le gainier ou arbre de Judée, qui n'est qu'un arbre de décoration, sont tous employés à des usages nombreux dans l'économie rurale et domestique.

Tout le monde connaît les qualités précieuse du robinier, déjà rappelées dans ce rapport ; celles du bouleaux, qui croit partout et procure beaucoup de bois pour le chauffage, la fabrication du charbon, le charronnage, etc ; et celles du cytise des Alpes, qui prospère dans les plus mauvais terrains, fournit un bois dur, souple, élastique, propre à remplacer le châtaignier pour l'usage des tonneliers, et recherché des tourneurs, des ébénistes, et même des menuisiers ; celles du mahaleb ou bois de Sainte-Lucie, qui sert à mettre en rapport des terrains que l'abondance de la craie, du plâtre et de l'argile et même du sable rend stérile ; dont le bois est dur, compact, rougeâtre, odorant, et propre aux ouvrages d'ébénisterie et de tour ; cet arbre  est encore précieux pour recevoir la greffe de toutes les espèces de cerisiers ; l'érable à feuilles de frêne, espèce dont l'accroissement est très prompt, le bois très beau et de bonne qualité ; le frêne, grand arbre, estimé par rapport à son bois qui est employé de préférence à tout autre pour les pièces de charronnage qui doivent avoir du ressort et de la courbure ; le micocoulier austral, qui croit sur tous les terrains, et dont le bois est dur, compact, soupe et propre à une foule d'ouvrages ; enfin le châtaignier, qui tient un rang distingué parmi les arbres indigènes à la France, dont le bois est précieux pour la charpente, ne laisse point attaquer par les insectes, et s'emploie très utilement pour faire des échalas et d'excellent charbon.

Tels sont les arbres que l'auteur a cultivés au nombre de 185 000 sur un espace de 14 hectares.

Il a de plus établi des pépinières considérables, dont les plants lui paraissent une réussite d'autant plus assurée, qu"ils sont venus sans secours factices et sans engrais. A cet égard le Comité d'Agriculture observe qu'il y a une limite à garder pour qu'un plant devienne beau, et que si les engrais peuvent avoir des inconvénients, il ne faut pas non plus que le plant ait langui dans sa jeunesse.

Relativement à l'assertion de l'auteur, que les semis du robinier faits à la volée ne réussissent pas, et qu'il est indispensable de semer dans des rayons peu profonds, après avoir fait tremper la graine pendant vingt-quatre heures ; le rapporteur observe que les semis à la volée ne sont pas les plus avantageux, mais qu'ils peuvent réussir ; que l'époque la plus favorable pour semer, soit à la volée, soit en rayons, est dans le commencement de mai, et que l'on doit faire tremper la graine quand la saison est plus avancée.

De tous les moyens de multiplication employés par M. Cambon, le plus sûr et le meilleur est le semis, surtout en ce moment où la graine n'est plus rare.

L'âge le plus avantageux auquel on doit exploiter l'acacia pour en faire des échalas ne parait pas être celui de trois ans indiqué par l'auteur, mais bien celui de sept à huit ans, parce qu'alors il est assez fort pour en fournir de fente et dans une proportion bien plus grande qu'à trois ans, où il n'en donne que de brin. 

M. Cambon assure que l'acacia visqueux croit aussi rapidement que le robinier commun, et qu'il possède tous les avantages de celui-ci. Il est vrai que l'acacia visqueux croît très vite dans sa jeunesse, mais il pousse beaucoup moins par la suite. Quant à la deuxième assertion, elle ne peut être confirmée que par le temps, puisque cet arbre n'est pas encore parvenu à une grande hauteur dans nos climats. Mais il commence à donner des graines, et on pourra vérifier si la voie du semis procurera des sujets aussi forts que le robinier commun.

L'acacia sans épine fait partie des cultures de l'auteur, qui en a planté un certain nombre greffé sur le robinier ordinaire.

Cet arbre précieux par l'excellent fourrage qu'il procure et l'avantage qu'il a d'être d'une exploitation facile va peut-être acquérir un nouveau degré d'importance, par la facilité avec laquelle on pourra le multiplier. Il n'est pas stérile dans nos climats, comme on l'avait pensé ; le rapporteur en a vu, dans les plantations de Duhamel à Denainvillers, plusieurs pieds qui étaient chargés de graines ; elles ont été semées dans la pépinière forestière de Monçeaux : on attend les résultats. Si, comme on a lieu de l'espérer, elles produisent des sujets sans épines, ce moyen facile de multiplier l'acacia inermis sera pour l'économie forestière et rurale d'un avantage inappréciable

Nous avons fait connaître les autres cultures de M. Cambon qui se sont étendues sur l'arachide qui fournit une huile estimée, le chou-navet de Laponie qui a fait l'objet de récompenses de la Société, l'orge nue ou sucrion qui présente de grands avantages, et le coton dont la culture fixe  en ce moment l'attention du Gouvernement.

Les détails dans lesquels nous sommes entrés, dit le rapporteur, ont dû prouver à la Société les efforts que fait M. Cambon pour produire des richesses forestières et agricoles dans le département de la gironde, l'un de ceux où l'agriculture a le plus besoin d'être encouragée, et où la plantation des arbres forestiers doit procurer des ressources précieuses aux arts, à la culture de la vigne et à la marine;

Le Comité pense que l'auteur a rendu un véritable service à son pays par l'exemple qu'il a donné, et qu'il y a lieu de lui écrire pour le remercier de la communication qu'il a faite à la Société de son intéressant mémoire, pour louer son zèle et le féliciter du choix qu'il a fait des espèces d'arbres et de plantes qu'il a cultivées.

Nota. Les conclusions du Rapport ont été adoptées dans la séance du 26 avril 1809.

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Dans le livre : 

Eric SAUGERA, Bordeaux port négrier XVIIe-XIXe siècles - Karthala 2002 -

Nous pouvons lire :

Le 15 mars 1798, l'Heureux-Décidé, armateur Pierre Cambon, dut hisser "son pavillon rouge ou sans quartier" pour vaincre la résistance de l'Ann. Le 8 août 1799, l'Augustus se rendit, après un combat qui tourna court, au capitaine du Grand-Décidé, Duchesne Lasalle ; le négrier qui allait à Bany était pourtant une lettre de marque portant vingt canons sur affûts. Le navire fut adjugé à Bordeaux pour 24 000 francs et la cargaison vendue 87 797 francs. Ces prises donnaient à la vente des résultats assez modestes car une partie des marchandises de la traite était de qualité moyenne voire médiocre, ou pire, était impropre à la consommation locale. En revanche, les négriers qui revenaient des îles étaient des proies convoitées.

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