Pendant la guerre de 39-45

 

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PENDANT LA GUERRE 39-45

Mes Grands-Parents, ma Mère, ma Tante et mon Arrière Grand-Mère habitaient une échoppe cette voie non classée (Flammarion 1985), dont parle Anne-Marie Garat, écrivain bordelais. Ils habitaient tous le quartier situé dans le périmètre de la rue du Jardin Public, cours de Luze et de la Rue Camille Godard. 

Ce matin 14 juin 2010, j'ai pu lire dans "Sud-Ouest", Bordeaux 1940, dans la nuit du 19 au 20 juin, les obus allemands marquèrent le vrai début de la guerre.

"La ville de Bordeaux a subit plusieurs bombardements, notamment dans ses quartiers nord à cause de la base sous-marine. Mais le premier fut allemand et eut lieu dans la nuit du 19 au 20 juin 1940. Un bombardement d'autant moins prévisible que les pourparlers d'armistice avaient déjà commencé. Il n'en marqua pas moins le vrai début de la guerre en Gironde.

Peu avant minuit retentirent les sirènes. Toute la ville subit le feu dans la nuit : des boulevards à la Bastide en passant par les Chartrons, les quais, les quartiers du Jardin Public, Saint-Michel et le centre ville. La chronique rapporte des destructions cours de Luze, de la rue Camille-Godard, rue David Johnston etc.

Certains bombardiers suivaient la voie ferrée vers le Pays Basque et lâchaient leurs obus sur cet objectif stratégique. Il s'agissait avant tout d'un bombardement d'intimidation à l'intention des populations civiles mais aussi du gouvernement. Durant deux heures, les Bordelais se terrèrent dans les caves.

Certaines ne résistèrent pas aux obus et s'effondrèrent sur leurs occupants ou les noyèrent à cause des conduites d'eau éclatées, comme à Saint-Michel.

"Le ciel était rouge"

Dans "Sud-Ouest" du 17 juillet 1990 un témoin qui habitait alors rue Georges Bonnac (rue d'Arès à l'époque) raconte (...) quand la fin de l'alerte a sonné, nous sommes sortis et le ciel était rouge vers la Bourse, sur les quais où l'on voyait les flammes monter(...) je peux dire qu'il y avait autant de monde sur le cours du Chapeau Rouge qu'un jour de braderie. L'horloge de la bourse s'est arrêtée à l'heure des explosions et elle est restée bloquée des années."

Les témoins racontent aussi la chute d'une bombe sur une boulangerie à l'angle des rues Fondaudège et Maubourguet, tuant le commerçant et sa famille.

Sans doute plus de 80 morts

Le bilan officiel fit état de 63 morts et 185 blessés mais selon l'historien Albert Rèche, la gravité  des blessures de certaines victimes entraînèrent des decès supplémentaires dans les semaines, voire les mois suivants. D'autant que d'autre corps furent retrouvés beaucoup plus tard dans les décombres, si bien que le nombre de décès a probablement dépassé les 80 dans cette nuit du 19 au 20 juin 1940."

 

Ce bombardement a marqué les esprits de ma famille et souvent ma grand-mère maternelle m'a racontée quelle avait été sa peur viscérale, dans son échoppe il n'y avait pas de lieu où se réfugier.

Ma grand-mère paternelle qui habitait, rue Emile Zola à Bordeaux seule avec ma tante, mon oncle et parrain Henri Duchein, étant prisonnier, avait la possibilité de se rendre aux abris, ou dans sa cave mais n'y allait pas, elle voulait mourir dans son lit. Son fils cadet Robert Billard faisait la guerre dans la marine nationale.

PROMENADE SUR LES QUAIS

Quand j'étais toute petite en 1950, le dimanche après-midi,  mes parents et moi nous partions du cours de la Martinique vers l'esplanade des Quinconces. La photo parue dans Sud-ouest me rappelle ces promenades tristes, sur les larges trottoirs pavés, entre les grilles des quais, les murs des habitations noircis par la fumée des bateaux à vapeur et l'arrêt devant les immeubles éventrés par les bombes. Enfant, je demandais à mes parents, en voyant les fragments de murs tapissés de différentes couleurs selon les pièces : "où  sont les gens qui habitaient, dans leur maison ?". Pour un enfant voir qu'une maison, lieu en principe de sécurité, est une source d'angoisse universelle. Mes parents étaient consternés de cette vision, et je voyais une grande tristesse sur leurs visages.

LA FAIM A BORDEAUX

Il n'y avait pas de jardin à cultiver et c'était la grande débrouille dans toutes les familles pour s'alimenter. Mes grands parents avaient des cousins en Charente du côté de Pons et souvent, ma mère prenait le train pour y aller s'approvisionner en viande. Comme beaucoup elle a pensé que sa dernière heure était arrivée le jour où le train a été bombardé. Mes grands parents travaillaient chez Marie Brizard et possédaient un marais à Blanquefort, donc avec les employés de Marie Brizard ils y ont cultivé des rutabagas qui ont nourri tout le monde. Quand je regarde les photos de famille de cette période, tout le monde est très maigre, et je sais que la nourriture a été longtemps après la guerre leur sujet de conversation favori. La guerre, a pendant des années, créé des liens d'amitié indestructibles.

LA PEUR 

Pendant et après la guerre ma mère est devenue insomniaque, à Bordeaux le danger était partout et je crois que la peur des représailles exercées par les Allemands ne l'a pas quittée pendant toute cette période. Les allemands étaient entreprenants auprès des jeunes femmes et c'était un art de les repousser, car à cette époque ma mère et ma tante avaient 26 et 24 ans.

LE VELO

Je n'ai jamais lu "La bicyclette bleue" de Régine Desforges mais le mot bicyclette me parle. C'était le seul moyen de locomotion, chez nous ils étaient noirs, avec de grandes sacoches. Inusables, car rapiécés de partout, pour nous enfants de l'après guerre la pose d'une rustine sur une chambre à air n'avait pas de secret. Toute la famille faisait Bordeaux-Cachac à bicyclette par l'Avenue de Tivoli. Ma grand-mère avait sa remorque accrochée à sa bicyclette et je ne suis par sûre qu'elle n'ait pas transporté mon arrière-grand-mère, âgée de 76 ans dans celle-ci. Pour la Vve Anna-Rose Chauvin, mon arrière Grand-mère qui a vécu jusqu'au 1 er janvier 1950, c'était la 3ème guerre qu'elle traversait. Le jour de son décès un petit enfant de la famille Olivier est né à Cachac.

LE COMMERCE

A Bordeaux, ma mère Jeanne Perrin a vu ce qu'il ne fallait ni voir, ni dire. Elle était représentante de commerce pendant la guerre ce qui lui donnait accès à beaucoup de magasins sur Bordeaux. Un jour, elle est entrée dans un magasin, et dans le bureau du commerçant trônait la photo d'Hitler. Elle a été grandement surprise, mais son émoi a été encore plus grand, quand vers la fin de la guerre, ce commerçant s'est installé sur la commune. Il était ami intime avec le Maire de l'époque et recevait des notables, certaines personnes côtoyant ce groupe ont  eu une élévation vertigineuse... dans la société Blanquefortaise (dans le monde politique du 15-04-2010, sous la plume de Demesmaeker Tony, on peut lire que Réné Bousquet et Maurice Papon étaient francs-maçons). Peut-être que Bordeaux étant éloigné de Blanquefort, les gens ignoraient son passé, étaient trop jeunes ou bien, il n'était pas le seul à avoir célébré Hilter au temps de sa victoire et il y avait un réseau de personnes qui se reconnaissaient. C'est sûrement improbable !

"On apprend à hurler avec les loups" Les plaideurs - Racine - (si on veut suivre la meute)

Le commerce des vins, alcools et spiritueux a été florissant pendant la guerre, celle-ci terminée, il y a eu des maisons de vins, surtout de rhum et spiritueux, qui ont disparu.

L'APRES GUERRE

J'ai encore des tickets de rationnement de mes parents pour du lait. Les vêtements étaient rares et mon premier manteau a été confectionné dans la vareuse de la guerre de 14-18 que mon père avait conservée. Les femmes de ma famille avaient les pieds abîmés par les chaussures à semelle de bois. Les magasins étaient vides de superflu et j'avais un cadeau pour noël et c'était tout.

De Gaulle connaisseur de la nature humaine n'a pas voulu que les "petits" collaborateurs soient stigmatisés bien qu'il y ait eu des lettres de dénonciations. Ceux qui ont eu ces lettres entre les mains possèdent une parcelle de pouvoir sur les descendants de ces personnes.

Il est intéressant de savoir que des femmes on été tondues, il fallait bien des victimes expiatoires. Une guerre, malgré le temps qui passe et estompe les souvenirs, laisse des traces de sang dans les lignées descendantes sur des générations.

Les gens avaient beaucoup de mal à se loger, suite aux bombardements et à l'augmentation de la natalité. Nous les enfants du baby boom nous étions 42 dans notre classe de 6 ème à Bordeaux en 1958, l'année suivante les classes de 6 ème et 5 ème ont été dédoublées et nous étions dans des préfabriqués à Ravezies. Nous passions devant des maisons entourées d'eau et d'iris.

LE CHAUFFAGE et L'ECLAIRAGE

A Bordeaux nous avions l'électricité, mais la lampe à pétrole était toujours présente, pour moi elle était source d'angoisse car parfois à la maison il y avait pénurie de pétrole et les coupures de courant étaient fréquentes. Nous nous chauffions avec une cuisinière à charbon qui refoulait souvent une fumée toxique.

A Cachac c'était différent, dans notre quartier il me semble qu'il n'y avait pas encore l'électricité, nous nous chauffions avec une cuisinière à bois. Ce bois avec les pignes nous allions le chercher dans les forêts qui appartenaient à ma grand-mère. Le matin, mon père qui travaillait rue Barreyre puis rue Ducau à Bordeaux, faisait chauffer son café sur une lampe à pétrole, puis allait à pieds de Cachac prendre son train à la gare de Blanquefort en passant par "le chemin des rossignols". En d'autres circonstances il faisait le trajet Cachac Bordeaux aller-retour à bicyclette.

L'EAU

Nous puisions l'eau au puits qui était au fond de notre jardin. Les soirs d'été c'était un plaisir de la boire, sa fraîcheur coule encore dans ma gorge. (Pour Phippe Delerm c'est "la première gorgée de bière", pour moi c'est l'eau du puits de Cachac)

ANNIE AUBERT

Notre regrettée et excellente bibliothécaire, éminence de la culture populaire, dans les années 1990, avait placé sur les rayons de la bibliothèque de Blanquefort tous les livres de Max Gallo. Je dois avouer que j'en ai profité, et j'ai lu avec beaucoup d'intérêt la suite romanesque : "La machinerie humaine".

FEUILLETS D'UNE MEMOIRE de Raymond Valet - Pour l'histoire de BLANQUEFORT- en vente au G.A.H.BLE

Retranscription de la page 19 :

"La Société Sportive Blanquefortaise

Elle pris corps en 1938. Son but fut le football et la préparation militaire. On ne possédait pas de terrain, on nous autorisait à jouer sur le terrain de l'école d'Agriculture. Nous avions la formation de trois équipes sans grande conviction : la difficulté était le manque d'argent, sans espoir de subvention.

UN STADE

Puis la guerre, mobilisant l'essentiel de notre formation, obligea la Société à se mettre en "veilleuse". En 1941, en tant que conseiller municipal, les directeurs des écoles filles et garçons me firent part de l'intérêt qu'il y aurait à avoir un terrain d'évolution pour les enfants des écoles. Je soumis au Conseil la demande qui fut transmise à M. Grimal, directeur du Lycée, qui nous indiqua de faire une demande à la Direction Régionale de l'Agriculture. Cette demande n'ayant pas eu d'avis favorable, M. Raymond Picquot, conseiller municipal, voulut s'en occuper. Cet homme très cultivé, ayant par sa profession de nombreuses relations, en fit part à M. Maurice Papon qui était Directeur de Cabinet auprès du Préfet de la Gironde, avec l'appui de l'Académie. Un plan détaillé du terrain avec demande motivée comme plateau d'évolution scolaire de Bordeaux fut transmis à M. Le Ministre de l'Agriculture qui répondit favorablement. Une vente symbolique attribuait à la Commune, par lettre authentique transmise à l'Académie et à la Mairie de Blanquefort, la cessation de la partie haute du terrain, au lieu-dit "le Béchon" soit environ la moitié du plateau.  Je ne me souviens plus de la contenance exacte, bien qu'elle fût chiffrée. Cette vente, dont on doit trouver trace sur le registre des délibérations du Conseil Municipal de l'époque, ne fut jamais notariée ni enregistrée.

La commune pris possession du terrain aussitôt et à la demande des Directeurs des écoles on fit construire un local en briques formant 2 pièces et un petit préau attenant, servant d'abri et de salle de déshabillage. Ce local fut payé avec l'argent que les mairies touchaient pour payer le personnel au service des troupes d'occupation. Profitant de cette aubaine, nous étions en automne 1942, et groupant quelques bonnes volontés, nous reformions un bureau avec de nouveaux éléments, votre serviteur fut nommé Président, M. G. Bidou et Jean Pucheu, Vice-Présidents, M. Robert Rabiller, Secrétaire, M. Labat, Trésorier, M. Santa-Listra, joueur entraîneur."

Retranscription de la page 26 & 27

"De 1900 à 1942 plusieurs maires se sont succédés : M. Cavaillier. M. A. Lançon qui à sa mort fut M remplacé par son frère E. Lançon, Amédée Fillon lui succéda jusqu'à la délégation spéciale.  La première élection d'après guerre fit place à M. Jean Duvert.

Cette guerre comme toutes les guerres a eu son cortège de tristesse d'écoeurement, de misère, de deuil. Il est permis de penser que l'après-guerre a réveillé les esprits ; une évolution profonde peut-être constatée : on ne veut plus vivre comme avant en circuit fermé, où la famille vivait coude à coude, en se serrant pour faire place, ignorant le confort ; les enfants vivaient avec leurs parents, on respectait les grands-parents en leur témoignant beaucoup d'égard, de respect et d'affection.

Ce fut l'éclatement des communes, particulièrement celles de l'agglomération, des mals lotis ; on créa et facilita les lotissements ; la publicité, les crédits facilitèrent ce qui n'était pas possible avant ; on permit aux jeunes et aux moins jeunes d'avoir leur maison, leur appartement, leur confort leur aise, leur goût et la joie d'être chez soi, de mieux vivre et de bien vivre.

Les municipalités ont du y faire face, cela leur a créé des problèmes ; il fallut aménager des terrains qui se prêtaient plus ou moins à la construction, y amener l'eau, le gaz, l'électricité, les routes, les écoles, redonner vie à ces communes.

Pour retenir sur place les nombreux travailleurs qui autrefois allaient sur Bordeaux ou ailleurs, on créa une zone industrielle, source de travail et de gains, c'est le Blanquefort que nous connaissons aujourd'hui.

"Propos recueillis par 30 années d'administration municipale"

                          "Qui dit mieux"

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Le dimanche 22 juillet 2012, François HOLLANDE, président de la république française, est alléà l'occasion de la commémoration de la rafle du Vél'd'Hiv des 16 et 17 juillet 1942, sur le site de l'ancien Vélodrome d'Hiver, à Paris, où 13 152 juifs ont été parqués par la police française en 1942, puis envoyés dans les camps de la mort.

Il a reconnu publiquement "le crime de la France" commis à l'encontre des juifs lors de cette rafle.

Extrait de son discours :

"Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiver la vérité sur ce qui s'est passé il y a soixante-dix ans", et "la vérité c'est que ce crime fut commis en France, par la France".

Il n'y avait pas un seul soldat allemand.

"La vérité est dure, cruelle", mais "vérité, c'est que la police française, sur la base des listes qu'elle avait elle-même établies, s'est chargée d'arrêter des milliers d'innocents", qui ont été escortés "par la GENDARMERIE française jusqu'au camp d'internement". "La vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de l'opération".

Cette façon de qualifier le rôle de la France a soulevé des controverses parmi quelques politiciens de tous bords.

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GASTON HONDELATTE (1921-1945)

Dans une grande surface de Bordeaux, au-dessus de l'étal de viande, depuis plusieurs mois je parlais avec une dame très bien mise, toute pimpante et dynamique, nous avions comme sujet de conversation, le prix des denrées alimentaires puis est venu le sujet de ses distractions du dimanche avec ses copines, et c'est là qu'elle a  dit venir à Blanquefort de temps en temps parce qu'elle y avait vécu deux ans entre mai 1943 et 1945 avec ses parents et son frère Gaston. 

Rappel historique des bombardements en 1943.

Des bombardement alliés ont lieu à partir des 26/27 janvier 1943.

Les Anglais lâchent 10 tonnes de bombes sur le port. Aucun bateau n'est touché, aucun sous-marin n'est atteint ; seules quelques annexes portuaires situées le long des quais sont endommagées.

Les Américains équipés de 34 bombardiers, commencent à bombarder la ville le 17 MAI 1943. On dénombre 184 morts et 276 blessés.

Les bombardements américains se poursuivent les 24 août 1943, 16 septembre 1943 et 5 décembre 1943.

LE 17 MAI 1943, Mademoiselle X, habitant rue Dupaty, apprentie coiffeuse de 14 ans, vers midi était chez sa patronne et jouait avec les enfants de la maison qu'elle aimait bien. Sur le coup de midi, le mari de la coiffeuse (ce n'est pas le film) est arrivé et lui a proposée de manger avec eux, elle a refusé. Le magasin de sa patronne était situé à l'angle de la Blanqui et de la rue François Chambrelant. A peine était-elle sortie de la maison et avait fait plusieurs mètres que le sifflement d'une bombe a envahi la rue et qu'une explosion s'en est suivie. Le magasin de sa partonne a été détruit et son mari tué. 

Mademoiselle X, et sa famille dont son frère Gaston, né le 30 juin 1921 ont fuit Bordeaux, dans un premier temps ils ont été hébergés chez des relations au début dans les Landes puis, entre autre chez M. Chalme un ami, puis en définitive se sont installés, rue Eugène Tartas de 1943 à 1945. Madame X se souvient très bien du lieu, entre la cure et la modiste (en 1943 il y avait une modiste). C'est dans cet appartement que l'on est venu chercher son frère, Gaston (elle ne semble pas savoir quel était sont rôle au sein de la résistance ou elle est encore dans le silence qui continue à entourer toutes ces actions 70 ans après).

Le jeune homme a été envoyé à Compiègne le 04 juin 1944 (d'après le tableau de la Fondation pour la mémoire de la déportation) d'où il sera dirigé vers Sachsenausen, il en reviendra en 1945 dans un tel état, que mon interlocutrice ne peut pas le décrire car il lui cause beaucoup de souffrance quand elle se le remémore. Toujours est-il qu'il est décédé vers 1946 à 25 ans.

Madame X continue, de fréquenter les thés dansants où elle danse pour deux, sans en avoir l'air, malgré sa vie de femme, son frère ne l'a jamais quittée.

Personnellement, j'ai l'impression qu'il peut être risqué de faire raconter aux personnes âgées leurs années de guerre. Certaines les racontent souvent et facilement, donc ces récits n'ont aucune incidence sur eux. Pour d'autres à qui l'on fait croire que c'est un devoir de raconter pour avoir leurs témoignages pour la pospérité, alors qu'elles ont passé leur vie à essayer d'occulter cette période, il peut être dangeureux de les reponger dans cette période. A Blanquefort, j'ai entendu le fils d'une personne qui avait été interrogée sur ses faits de guerre, dire que depuis son père ne pensait plus qu'à cette période de sa vie et cela a duré un certain temps.

Madame X. raconte légèrement son frère puis passe à autre chose, à ses fleurs, au temps qu'il fait, elle ne cherche pas à s'apesantir, le pathos elle ne connaît pas.

J'écoutais ces dernier jours, Daniel Cordier, "Alias Caracalla" secrétaire de Jean Moulin, dire que tous les documents et lettres de dénonciations concernant la résistance, ne sont pas encore à la disposition du public qu'il faudra des années avant que cela se produise, et que pour arriver à une vérité historique seuls les documents pouvaient en attester l'exactitude. Les témoignages avec le temps sont humains donc subjectifs et erronés volontairement ou non.

Sur Blanquefort, il se dit vrai ou faux que le Maire, Jean Duvert, avait détruit à la libération tous les documents concernant ces événements à Blanquefort. Donc la vérité vraie ne sera jamais connue, mais enfin je sais qu'il fréquentait...  à Bordeaux.

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STROPHES POUR SE SOUVENIR  (Louis Aragon - Roman Inachevé).

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes/Ni l'orgue ni la prière aux agonisants/Onze ans déjà que cela passe vite onze ans/La mort n'ébouit pas les yeux dess Partisans.

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes/Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants/L'affiche qui semblait une tache de sang/Parce qu'à prononcer vos sont difficiles/Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence/Les gens allaient sans yeyx pour vous le jour durant/Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants/Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE/Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du girvre/A la fin février pour vos derniers moments/Et c'est alors que l'un de vous dit calmement/Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre/Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses/Adieu la vie adieu la lumière et le vent/Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent/Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses/Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline/Que la nature est belle et que le coeur me fend/La justice viendra sur nos pas triomphants/Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline/Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent/Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps/Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant/Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir/Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.