Rôle de la gendarmerie 39-45

 

GENDARMERIE : UN BESOIN DE VERITE HISTORIQUE (Sud-Ouest du 6 octobre 2010)

BORDEAUX PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE, DES GENDARMES ONT OBEI AUX LOIS DU GOUVERNEMENT DE VICHY. D’AUTRES SE SONT OPPOSES. Un débat est organisé demain. - Jean Michel DESPLOS -

Il fallait oser. Le général de corps d’armée Denis Vaultier, commandant la région de gendarmerie d’Aquitaine, l’a fait. "Il faut regarder notre histoire en face, nous n’avons rien à cacher."

Il y a d’abord eu l’exposition "Désobéir pour sauver. Des policiers, des gendarmes français justes parmi les nations", présentée par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. "Il fallait aller au-delà", dit le général Vaultier. Un récent voyage à Auschwitz et le film "La Rafle" de Roselyne Bosch l’ont ensuite convaincu d’organiser une journée débat à Bordeaux sur le thème des gendarmes sous l’occupation.

A partir de 1940, les gendarmes, en tant que gardiens des lois, doivent appliquer les textes antisémites mis en place par le gouvernement de Vichy. C’est ainsi que 500 gendarmes participent aux côtés des policiers, à la "rafle du Vel d’Hiv" les 16 et 17 juillet 1942 ou 13 000 juifs sont arrêtés. En 1943, le Service de travail obligatoire (STO) est instauré et les gendarmes sont chargés d’aller interpeller les réfractaires qui prennent le maquis. Entre mai et août 1944, Joseph Darnand, devenu secrétaire d’Etat au maintien de l’ordre, intègre certaines forces de la gendarmerie au sein des groupements d’opération chargés de lutter contre le maquis en Auvergne, dans le Limousin et en Savoie

"NUIT, OMBRES ET LUMIERE"

Pendant cette difficile période de trouble la gendarmerie se trouve écartelée entre légalité et légitimité, entre discipline et éthique.

C’est pour cette raison que le général Denis Vaultier a appelé la journée débats : "Nuit, ombres et lumière".

La nuit, parce que certains gendarmes ont refusé de voir autre chose que la lettre de la loi. Lumière, parce que d’autres ont choisi de résister. La désobéissance étant le moyen le plus direct pour éviter d’exécuter des ordres incompatibles avec le devoir patriotique ou la conscience de chacun.

Et enfin l’ombre, parce qu’il demeure toujours la culture du respect de la hiérarchie militaire, ancrée dans les mentalités depuis des siècles et qui rendait l’entrée en résistance des gendarmes risquée et difficile.

"Qu’aurions-nous fait ?" interroge Denis Vaultier. "On peut refuser un ordre illégal mais ceux qui les transgressaient s’exposaient à des mesures répressives, ce qui explique le nombre peu important de résistants pendant les premiers temps de la guerre."

Le journaliste Denis Epelbaum qui vient de publier "Obéir dans le déshonneur ou la dignité" sera présent au débat aux côtés de nombreux intervenants du service historique de la Défense.

"Nuit, ombres et lumière", débat sur invitation le 7 octobre 2010 dans les locaux de la Banque Populaire du Sud-Ouest, quai de Queyries.

Photo illustrant l’article - Camp de Compiègne, en 1942, des gendarmes procèdent à l’enregistrement des déportés.

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QUARANTE ET UN ANS POUR DEVOILER LE KEPI CACHE

Article de la rubrique histoire et colonies > la France des camps date de publication : samedi 16septembre 2006.

Jusqu’en 1997, dans les copies du film Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, la silhouette d’un gendarme français dans le poste de guet du camp de détention de Pithiviers était masquée.

Nuit et Brouillard fut commandé à Alain Resnais par le Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale pour le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration.

Le film, admirable, n’obtint son visa d’exploitation qu’au prix d’une altération d’un document photographique de 1941 qui montrait un gendarme français au camp de détention de Pithiviers - où étaient rassemblés de futurs déportés.

Lors de la réunion de la commission de contrôle un représentant du Ministère de la Guerre a demandé que l’on retire cette photo. La photo fut donc maquillée en masquant le képi. 

Une volonté d’amnésie, dix ans après la fin de la guerre, révélatrice du désir de refouler cetaines tâches de la police française sous l’occupation, afin de ne pas troubler l’magerie d’une France uniment resistante. ("Tous ceux qui ont vécu la période le savent bien et des millions de témoignages l’attestent : le mythe de la France résistante comme celui de la France Collaborationniste sont deux contre-vérités".) (Marc Ferro)

Mais l’incroyable est que, jusqu’en 1997, les copies en circulation de Nuit et Brouillard ont perpétué ce mensonge par omission. Comparez la photo du camp de Phitiviers plus haut et celle-ci. Plus de gendarme français identifiable par son uniforme dans le poste de guet, et voilà escamotée la responsabilité de la police français dans l’arrestation et le regroupement des juifs.

Les difficultés du film de s’arrêtèrent pas là, puisqu’à l’annonce du choix de Nuit et Brouillard pour représenter la France qu Festival de Cannes, l’ambassade d’Allemagne de l’Ouest fit une démarche, couronnée de succès, auprès du gouvernement de Guy Mollet pour faire retirer le film de la sélection officielle.

Jean Cayrol, scénariste du film, protesta violemment dans un article publié dans le monde du 11 avril 1956.

"La France refuse d’être la France de la vérité"

"... C’était un film qui brûlait le regard ; c’était des images impitoyables qui auraient pu faire rougir n’importe quel état-major, n’importe quelle police. Il racontait une histoire qui n’engageait pas seulement les nazis, la douce Allemagne, mais aussi notre pays, car nous n’avions pas à baisser pudiquement les yeux devant un drame qui nous avait tous contaminés.

"La France refuse d’être la France de la vérité, car la plus grande tuerie de tous les temps, elle ne l’accepte que dans la clandestinité de la mémoire. Pour des motifs d’opportunités politiques, (...) elle arrache brusquement de l’histoire les pages qui ne lui plaisaient plus, elle retire la parole aux témoins ; elle se fait complice de l’horreur, car notre dénonciation ne portait pas seulement sur le système concentrationnaire nazi mais sur le système concentrationnaire en général, qui fait tache d’huile et tache de sang sur toute la terre sinistrée par la guerre."

                                                                                                                  Jean Cayrol

"Nuit et Brouillard" est d’abord un film sur le phénomène concentrationnaire tel que les déportés des camps de Dachau et de Buchenwald on pu en rapporter l’expérience. L’auteur du commentaire, Jean Cayrol, en était lui-même un rescapé. Le film montre bien les chambres à gaz d’Auschwitz mais gomme la spécifité du génocide juif. L’oeuvre d’Alain Resnais se situe dans cette première période de la mémoire de la déportation, où le choc de l’ouverture des camps est proche mais où on distingue encore mal l’ampleur et la diversité du phénomène. (...)

"En trente minutes, l’essentiel est dit : l’horreur du meurtre de masse, la survie et la mort, le temps qui passe et l’enjeu de la mémoire."

Nuit et Brouillard fut commandé à Alain Resnais par le Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale pour le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration.

Le film, admirable, n’obtint son visa d’exploitation qu’au prix d’une altération d’un document photographique de 1941 qui montrait un gendarme français au camp de détention de Pithiviers - où étaient rassemblés de futurs déportés.

Lors de la réunion de la commission de contrôle un représentant du Ministère de la Guerre a demandé que l’on retire cette photo. La photo fut donc maquillé en masquant le képi. (voir album photos)

Une volonté d’amnésie, dix ans après la fin de la guerre, révélatrice du désir de refouler certaines tâches de la police française sous l’occupation, afin de ne pas troubler l’imagerie d’une France uniment résistante.

LES CAMPS DE BEAUNE-la-ROLANDE et de PITHIVIERS

Le 14 mai 1941, 3 700 hommes de la région parisienne sont raflés puis transférés vers les camps du Loiret. 2 400 d’entre eux sont internés à Beaune-la-Rolande, les autres sont dirigés vers Pithiviers, à 23 km de là. Ces deux camps sont administrés par les autorités françaises, ce qui prouve bien la complicité de notre pays dans la déportation future des juifs. Le personnel de surveillance est constitué de gendarmes et de gardiens français. En 1950, dans un film Nuit et Brouillard, le képi de l’un d’entre eux est censuré. A cette époque la France assume mal son implication dans la collaboration.

Les baraques de Pithiviers

De cent à cent vingt hommes s’entassent dans chaque baraque : de simples châlits munis de paille. Les conditions sanitaires sont très précaires. La nourriture quotidienne, loin de subvenir aux besoins des détenus, augmente grâce à la Croix Rouge et aux organisations juives. De 1941 à 1942, une cantine est même ouverte afin de recevoir les colis autorisés.

Le 8 mai 1942, a lieu le premier "départ" des camps du Loiret : 289 personnes sont déportées à Auschwitz via Compiègne. Pour les autorités allemandes qui déclenchent leur plan d’extermination, des rafles doivent être organisées rapidement afin d’augmenter le nombre de détenus dans les camps. Les forces de police allemandes étant en sous-effectif, la collaboration des Français est nécessaire. A partir de juillet 1942, 40 000 Juifs seront déportés en trois mois. A partir du 18 juin, les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande ne servent plus uniquement à l’internement et deviennent des camps de déportation, occupant une place importante au niveau national.

Le Cercil, Centre de recherche sur les camps d’internement du Loiret (Pithiviers et Beaune-la-Rolande), annonce l’ouverture prochaine à Orléans d’un musée consacré à ces camps.

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1533

Source : LEMONDE.FR.avec AFP le 28.04.10 (article original)

La mairie de Parthenay a censuré une lettre écrite par IDA GRINSPAN, ancienne déportée, qui devait être lue à des élèves de 29 avril dans le cadre de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, selon le Courrier de l’Ouest de mercredi.

Nathalie Lanzi, professeure d’histoire-géographie au collège de la Couldre (Deux-Sèvres), qui accompagne depuis cinq ans ses élèves " volontaires et enthousiastes" aux cérémonies commémoratives et patriotiques, avait demandé à l’ancienne déportée d’Auschwitz de rédiger un texte que les élèves devaient lire dimanche, a-t-elle raconté au quotidien. Mais ce témoignage a heurté Michel Birault, ancien gendarme et adjoint chargé des affaires patriotiques. IDA GRINSPAN y évoque son arrestation par trois gendarmes alors qu’elle avait 14 ans. La professeure a accepté, à contrecoeur de remplacer le mot "gendarmes" par "hommes".

"UNE FORME DE CENSURE"

M. Birault a présenté ensuite le texte au maire, Xavier Argenton (Nouveau Centre) qui, lui, a refusé sa lecture. "Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui, dans ces temps troubles, avait obéi aux ordres de l’autorité légitime", a-t-il dit à son adjoint, Ce texte "n’est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue", a-t-il ajouté.

"Mes élèves ne participeront plus au devoir de mémoire et aux cérémonies commémoratives. Je renonce à souscrire à ce que j’appelle une forme de censure, a indiqué au quotidien Mme Lanzi, également conseillère régionale socialiste. Mon objectif n’était pas de blesser, mais de dire l’histoire. Je suis attachée au devoi de mémoire et au souci de vérité", a conclu Nathalie Lanzi.

Pour Ida Grinspan, "c’est terrible cette mentalité là". "Il faut savoir regarder la vérité en face. Ce que je dis dans ce texte, je le dis chaque fois que j’interviens dans une école. Je dis simplement ce qui a été"déclare-t-elle.

Première réaction à cet article dans le site du Monde :

Si cela s’avère exact il s’agit d’un scandale obsolu. Oui des gendarmes et des policiers français ont arrêté sur ordre des français qui seront envoyés dans les camps de la mort. Il faut pouvoir voir la réalité en face ; et la dire. Citoyens combattons de tels comportements d’élus indépandemment de toute appartenance politique...

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Blanquefort, le 4 novembre 2010 -

ANNEES SOMBRES à Blanquefort et dans ses environs 1939 - 1945 - auteurs : Catherine BRET-LEPINE & Henri BRET - Publication du G.A.H.BLE (Groupe d’archéologie et d’histoire de Blanquefort)

Livre qui à reçu le prix d’histoire de la gendarmerie 2010 et a été récompensé par une somme de 3 000 euros.

Extrait page 92 du chapitre concernant Les juifs :

"Le 10 janvier 1944 une arrestation de juifs a eu lieu à Bordeaux. Sur 62 personnes à rechercher, 23 ont été découverts et conduits à la synagogue : "Cette opération absolument injustifiée a produit  le plus mauvais effet sur la population d’une part et sur le personnel de la gendarmerie d’autre part, auquel on confie des missions d’un caractère absolument irrégulier" (extrait d’un rapport de gendarmerie de la section de Bordeaux).

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Sur ma messagerie : le 21 mai 2011, le mail d’une personne qui me demande, si j’ai une photo représentant une petite fille juive trainant un lapin. Cet enfant passe devant un policier  faisant la circulation au camp de Beaune-la-Rolande ou de Phitiviers. Dans le cas où une personne lisant ce paragraphe serait en  possession de cette photo, qu’elle veuille bien entrer en contact avec moi. Merci, c’est important pour celle à qui cette photo tient à coeur.

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VOYAGE EN AVRIL - Nicole AVRIL - Février 2010 édition PLON - livre qui m’a trouvée au hasard d’une brochante à Mérignac et que j’ai payé 0,50 €.

"J’ai déjà dit combien j’aimais le cinéma. Et c’est au cinéma que je dois la révélation de la pire horreur du XXe siècle, la pire de tous les temps. Il s’agit du film d’Alain Resnais Nuit et brouillard, texte de Jean Cayrol, lu par Michel Bouquet.

[...]Le film a commencé comme n'importe quel film. Il y a un premier plan, en couleurs s'il vous plaît, qui montre la campagne. Si banale et si calme, la campagne, chacun pourrait lui donner le nom de celle qu'il connaît. Le plan s'élargit, travelling arrière, et l'on découvre des rangées de double ligne de barbelés électrifiés. On passe du quotidien au terrifiant. Précisons encore que, en cette fin des années 50, on ne sait rien. Ceux qui sont revenus se taisent - On ne nous aurait pas cru, diront-ils plus tard - et, quand il leur arrive de témoigner par écrit, leurs livres restent confidentiels.

 Je regarde ces images, j’écoute ce texte et je comprends que je n’ai rien compris, que tout ce monde dans lequel j’ai vécu jusque-là était faux, que le baiser qui réveille Blanche-Neige à la fin des fins, je suis en train de le recevoir en pleine poire dans cette salle de cinéma. Je reconnais ces uniformes allemands, dont j’ignorais qu’ils avaient à ce point marqué ma petite enfance. Je reconnais aussi les vêtements de ceux qui étaient raflés, autour de moi on avait porté les mêmes dans ces années-là. En revanche, je n’ai pu reconnaître l’uniforme que portait le gendarme français en train de surveiller le camp de Pithiviers. La censure, française, a exigé que le képi soit masqué par une fausse poutre. C’était ça ou bien l’interdiction. Aujourd’hui le gendarme du film a retrouvé son képi. J’ai dix-neuf ans ou vingt ans, je ne sais rien, je découvre tout. Je me fous alors de la présence ou non du képi du gendarme, et c’est des années après que j’apprendrai qu’en subtilisant ce képi, on avait tenté de nier la part prise par la police et la gendarmerie français dans la plus grande catastrophe du siècle à laquelle Claude Lanzmann, avec son incomparable talent cinématographique et sa volonté sans pareille, donnera le non définitif de Shoah.

A quoi peut-on croire ? C’est l’interrogation que pose le beau texte de Jean Cayrol, auquel sera substitué, dans sa version allemande, un autre beau texte du poète Paul Celan. A quoi peut-on croire après cela ? Fausse, la salle de douches. On fermait les portes. On observait. Le plafond était labouré par les ongles, même le béton se déchirait.

Après la salle des douches et les crématoires, autre moment insoutenable de ces trente-deux minutes, toutes insoutenables et qu'il faut pourtant regarder, regarder en face, et regarder sans cesse, c'est l'arrivée des Alliés et leurs caméras qui franchissent enfin les portes de l'enfer. Elles témoignent à jamais de ces montagnes de cadavres sans chair que les pelleteuses doivent pousser dans les fosses communes. Sans ces images d'archives, aurait-on cru à l'incroyable ?

Cette révélation-là m'a marquée plus que tout [...] Plus que tout.  Le choc était si fort que ne ne me souvient pas en avoir parlé à d'autres, même pas à cet ami de fac avec lequel j'ai découvert le film de Resnais.