Appel de Ch.Tillon 17.06.1940

 

 

Lors d’une A. G. j’écoutais une conversation concernant le parti communiste et la date de son engagement dans la résistance. N’ayant pas d’idée  personnelle, lors d’une conférence donnée par M. Antonio Cordoba, (Le 17 juin 1936, la garnison espagnole de Melillia se soulève  contre le gouvernement républicain, sous le commandement  du général Franco. C’est le début d’une guerre civile de trois ans et un prélude aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.) j’ai rencontré M. J.J. CRESPO à qui j’ai posé cette question de date. En quelques mots il a orienté ma recherche.

17 JUIN 1940 : L’appel du communiste CHARLES TILLON à BORDEAUX (Gradignan)

"Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France.

Ils ont tout trahi.

Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme.

Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme.

Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalises.

Il est le nombre : uni, il sera la force.

Pour l’arrestation immédiate des traîtres. Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec U.R.S.S. pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.

Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, UNISSEZ VOUS DANS L’ACTION !"

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Charles Tillon l’insoumis qui "chantait rouge"

(Lundi 27 septembre 2010 - L’Humanité)

Charles Tillon fait partie de cette génération qui entre dans le XXe siècle avec l’horreur de la guerre. Engagé dans la marine, il embarque en 1916 sur le Guichen comme mécanicien. Au coeur des événements de 1919, il fait signer une pétition à ses compagnons de l’équipage exigeant leur retour en métropole. Face au refus du commandement éclate une "grève mutinerie". Charles Tillon est alors arrêté avec d’autres "meneurs", jugé et emprisonné. Il n’est relâché qu’un an plus tard.

Cet épisode renforce ses convictions ; au caractère bien trempé, il adhère à la SFIC et à la CGTU et devient responsable de l’Union départementale CGTU d’Ille-et-vilaine en 1923. Commence une carrière de permanent syndical, puis politique. En 1928, Tillon est secrétaire de l’Union régionale CGTU de Nantes, un an plus tard secrétaire régional PC. Très vite repéré pour son travail accompli comme syndicaliste, il devient un cadre de la direction thorézienne du PCF. Au cours de l’hiver 1933, il organise la marche des chômeurs de Dunkerque à Paris et prend la direction de la fédération CGTU des ports et docks. Dans l’élan du Front populaire, il est élu conseiller général d’Aubervilliers en 1935, puis député en 1936. Il est alors chargé par son parti de lutter contre Jacques Doriot. En 1939, il est choqué par le sort réservé aux réfugiés républicains espagnols et interpelle le gouvernement. Il est même arrêté à Alicante puis libéré. Comme ses camarades députés communistes, il vote les crédits de guerre le 2 septembre  1939. Toutefois, dans l’atmosphère ambiguë du pacte germano-soviétique, il entre dans la clandestinité après la dissolution du PCF.

Caché, il n’est pas arrêté comme la plupart des députés communistes, mais il n’échappe pas au procès d’avril 1940 où il est condamné par contumace à cinq ans de prison ferme et 5 000 francs d’amende. Entre-temps, il est devenu l’un des responsables qui réorganise le Parti, ayant en charge le sud-ouest du pays. Le 17 juin 1940, en plein débâcle, il appelle de Bordeaux à la constitution d’un nouveau gouvernement : (voir ci-dessus). Cet appel est prolongé après la mise en place du régime de Vichy et de la Révolution nationale par son manifeste du 18 juillet.

Manifeste explicitement résistant, qui souligne les paradoxes du PCF lors de cette période trouble, alors que certains négocient avec l’occupant pour faire reparaître légalement l’Humanité, Charles Tillon déclare : "L’ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c’est le fascisme hitlérien ! Une terrible tragédie vient de se jouer, qui précipite les travailleurs de France dans de nouvelles souffrances et de redoutables épreuves. Dans le désarroi et le bouleversement où la trahison de classe la plus formidable de son histoire l’a plongé. Notre pays entièrement subjugué quoique partagé en deux zones (celle de la France occupée par Hitler, celle de la France occupée par le gouvernement de la 5e colonne) ne peut entendre qu’une seule voix qui traduise, à la mesure des aspirations de la nation véritable, la vérité, la colère salvatrice contre les traîtres (...). Notre devoir est de nous unir pour conquérir notre patrie, de nous unir pour libérer son territoire de tous les oppresseurs et exploiteurs, pour en chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtres et les envahisseurs !

Dans ce manifeste qui appelle à lutter contre la tyrannie, pour la liberté, on retrouve la ligne antifasciste du Front populaire, la verve patriotique qui n’a rien à voir avec la dénonciation d’une guerre impérialiste. Il décide également de cacher des armes pour les combats futurs. Charles Tillon l’insoumis est un des premiers résistants.

Il organise l’activité clandestine du PCF et met sur pied, en 1942,  les FTP, éléments de la lutte armée contre l’occupant et les forces de Vichy, participant aux combats de la Libération.

Auréolé de ce passé résistant, il devient maire d’Aubervilliers en 1945. Réélu en 1947, il est élu député aux deux Assemblées nationales constituantes, puis député de la IVe République.

Entre-temps, il entre au gouvernement du général de Gaulle comme ministre de l’Air (du 10 septembre 1944 au 21 novembre 1945), puis ministre de l’Armement, le 21 novembre 1945. Après le départ du général de Gaulle, il garde son poste au sein du tripartisme et s’occupe de la lourde tâche du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme du 22 janvier au 4 mai 1947 (date du renvoi des ministres communistes). En guerre froide, il dirige le Mouvement de la paix, met sur pied l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance). Mais le député maire d’Aubervilliers est victime, en 1952 comme André Marty, d’un véritable procès stalinien à Paris. Ecarté, il décide de partir à Montjustin, dans le Lubéron, avec sa femme et son fidèle garde du corps. Armand Simmonot, ancien chef du maquis FTP Vauban dans le Morvan, qui l’avait rejoint à Aubervilliers en 1945.

Il publie une histoire de FTP en 1962. Restant communiste, il dénonce le coup de Prague et la normalisation qui s’abat sur la Tchécoslovaquie. En 1970, il cosigne avec Garaudy, Pronteau et Kriegel-Valrimont, un manifeste appelé : "Il n’est pas possible de se taire", critiquant la politique stalinienne du PC. Il engage une bataille pour la vérité sur le passé de Georges Marchais, parti travailler en Allemagne. Exclu par sa cellule d’Aix-en-Provence, il se retire dans sa Bretagne natale et publie : "On chantait rouge". Il meurt le 13 janvier 1993.

Texte Internet : Jean Vigreux, historien

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DE LA DISTRIBUTION DE TRACTS AUX MULTIPLES ACTIONS... (une photo a été prise en juillet 1967 à l’entrée de la Mairie de la Réole, où Charles TILLON était venu signer son livre : "LES F.T.P.")

Si la Résistance restait à inventer, c’est bien sur les bords de la Garonne, en juin 1940, qu’éclatèrent les premiers signes du réveil patriotique.

Avec l’évation du "Lansquenet" réussie par une poignée de métallos, s’ajoutaient de multiples actions allant de la distribution de tracts à Bordeaux, Coutras, Soulac, oeuvre de militants communistes et plus tard la guérilla.

Cette action qui nécessitait prudence et réflextion allait être murie par l’ancien député communiste d’Aubervillers. Entré dans la clandestinité en septembre 1939,  il se trouvait à Bordeaux lors de l’entrée des Allemands. Il forma les premiers groupes de l’Organisation spéciale, préparée aux plus audacieuses entreprises.

Ministre de l’Air à la Libération puis ministre de l’Armement et de la Reconstruction jusqu’en 1947, Charles TILLON a donné dans son ouvrage paru chez Juillard : "LES F.T.P.

" une solide étude sur l’organisation qui fut la plus importante et la plus active dans la préparation de l’insurrection.

Il a bien voulu nous rappeler ses souvenirs de juin 1940 :

IL FALLAIT DENONCER LES RESPONSABLES DE LA DEFAITE ET DE LA TRAHISON

A Gradignan, le 17 juin 1940, j’ai entendu Pétain ordonner de cesser de combattre.

Bien avant la drôle de guerre, Hitler avait déclaré à Rausching : "je suis depuis longtemps en relation avec des hommes qui formeront un nouveau gouvernement à ma convenance. J’entrerai chez les Français en libérateur".

Quand les Allemands entrèrent dans Bordeaux, devenu le cul-de-sac de la trahison, le maréchal Pétain offrit à Hitler ce nouveau gouvernement.

Agissant alors d’accord avec les militants communistes et syndicalistes de Bordeaux j’avais rédigé une semaine plus tôt, un tract dénonçant les munichois, responsables de la défaite et de la trahison. (voir ci-dessus)

C’était un premier appel à résister au gouvernement et aux nazis. Ce tract fut à nouveau distribué par milliers dans Bordeaux, le jour où les premiers soldats de la Wehrmarcht entrèrent dans la ville.

Je suis heureux de pouvoir saluer avec déférence et amitié les camarades qui accomplirent ce jour-là un premier acte de résistance.

Ils ne doutaient pas de leur devoir.

Leur exemple annonçait les combats au bout desquels Bordeaux se libéra avec ses meilleurs fils.

CHARLES TILLON

Cités : Dr J. NANCEL PENARD (l’intellectuel) - GASTON REYRAUD (le viticulteur) - ROGER ALLO (le métallo) : trois des premiers résistants de cette vague patriotique.

Ateliers de l’air : le sabotage des moteurs de "Fockewulf". Quelque-uns de militants de cette entreprise de la rive droite :

Franc SANSON, René DORE, André DEGAIN, René VACHE, Jean LHUISSIER, Louis LAVERNY, Raoul VOIGNIER, Jeans ESPAGNET, Etienne TARIS, et René MONGUILLE.

René BRET, Charles DELJARY et Armand GAYRAL responsables du groupe O.S. - F.T.P. des traminots.

Paul PUECH était un cheminot, mécanicien à Bordeaux-Saint-Jean.

René MICHEL, Inter-régional pour les Charentes, Deux-Sèvres et Vendée - Jean BARRIERE également en mission en Charente- Albert et Elisabeth DUPEYRON, chargés de récupérer des armes à Jonzac pour les F.T.P. girondins.

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DERAILLEMENTS ET SABOTAGES AUX PORTES DE BORDEAUX

Le groupe F.T.P. Bourgeois reconstitué en avril 1943, malgré la dure répression groupait au début quelques cheminots, étudiants et métallos. C’est le cheminot Henry Fourcade qui assura la première liaison avec un groupe qui avait réussi à ramener des armes de Dordogne.

Dépôts d’armes, imprimerie clandestines, organisation d’un plan de sabotage. Le déraillement des convois ferroviaires dirigés vers les fortifications médocaines mobilisèrent tout l’appareil policier et répressif.

A ce moment-là Dhose, qui avait neutralisé la seule organisation OCM (contrôlée par Grand-Clément) imaginait un commando parachuté dans la région. Hélas ! les arrestations commencèrent le 18 septembre 1943.

Il y eut 52 arrestations : 17 fusillés, 30 déportés et 4 internés.  Les membres de ce groupe étaient, Alain DOMEC, Marc TALAVIT, F. ABARRATEGUY, Serge DEJEAN, SAYO, René REYNAUD, COUCOU, FEUILLADE, BACQUEY, ARNAUD, LUCAS, AUBOURG, BARRIERE, MIGEOT, BOURGEOIS, VONET, CHESNE, LOPIN, CHERRIER, ARDIVILLIER, NAVAILLES, REMY, ROSSIGNOL, FAURE, etc.

* La participation des étrangers dans la Résistance a été importante. Les républicains espagnols se sont trouvés à la tête du combat anti-fascite. Ils ont eu des responsabilités aux F.T.P., mais aussi au groupe de  M.O.J. (main d’oeuvre immigrée).

Le groupe F.T.P. Bougeois comptait des deux courageux patriotes italiens. Guiseppe MONTANARI, Saeli WERTHER.

La S.N.C.A.SO. comptait une solide implantation de la Résistance. Elle s’est manifestée aux premiers jours parmi les métallo choisis souvent comme otages.

La police aux ordres avait pu obtenir des indications sur l’état d’esprit du personnel, et c’est le zèle de l’équipe du sinistre Poinsot qui est a l’origine des dizaines d’arrestation opérées ici et dans d’autres usines de la rive droite.

Il fallait à tout prix démanteler l’organisation naissante, et à la veille des fusillades du 24 octobre 1941, les autorités préfectorales avaient offert le marché du reniement à l’un d’eux, Roger ALLO et à son camarade, le docteur NANCEL-PENARD. On leur demandait de désavouer l’organisation communiste.

Ce fut un refus complet et un échec pour les policiers qui entre temps avaient pris la responsabilité de la mort du docteur AURIAC;

LES METALLOS DANS LE COMBAT...

Marcel VILLENAVE, Roger GUERAULT, J. SEDZE-HOO, Gilbert CASTERA, Jean LAPEYRADE, J. TERRAL, Ch. BROUILLON, Ernest HOURMEAU, Henri DELRIEU, Louis DUPUY, David LASSERRE, Ch. MEHAY, Jean ITEY, René MELLIER, Laurent PUYOO, Marcel JOUGOURD, Edgard et Roger RAZEAU, Jean METTE, Hilaire SAURA, Alfred CHARLIONNET, Michel ZARZUELA, Roger BISTUER, Gabriel GENESTE, J. LOUSTANNEAU, J. LEJARD.

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C’EST A BORDEAUX, GRADIGNAN ET AU BOUSCAT QUE S’ORGANISA UN DES PREMIERS FOYERS DE LA RESISTANCE IMAGINE PAR LE FUTUR CHEF DES F.T.P.

Réfugié dans l’agglomération bordelaise, celui qui devint le commandant des F.T.P., Charles TILLON, a connu ici les premières heures de la clandestinité, tour à tour chez les époux SOUQUES et COVELET. Au début, il fallait préparer les esprits les plus combatifs et répondre par des tracts à la propagande des capitulards. L’ "Organisation spéciale" devait mobiliser militants communistes et syndicalistes, préparés aux actions les plus courageuses. (300 documents la résistance en gironde)

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22 OCTOBRE 1941  - HOMMAGE AUX MARTYRS DE CHATEAUBRIANT - L'Humanité vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 octobre 2011 -  Christophe Deroubaix -

Le 22 octobre 1941, vingt-sept hommes, communistes et syndicalistes pour la plupart, étaient exécutés par les nazis. La liste avait été dressée par le gouvernement de Vichy. Aujourd'hui, leur combat reste d'actualité au moment où la droite veut détruire l'oeuvre du Conseil national de la Résistance.

L'industrie de la mort aime l'ordre et la régularité. Trois salves de neuf qui font vingt-sept. A 15h55, 16 heures et 16h10 : "Feu", "Feu", "Feu". Les 27 ont refusé d'avoir les yeux bandés. Avant la rafale l'ultime souffle prend la forme de mots d'espoir. "Vive la France !", "Vive le parti communiste !", "Vive le peuple allemand !", "Vive 1789 !" Vive... Vive... Vive !

Dans leur dernière marche d'hommes, qui les menait vers cette carrière de sable à deux kilomètres du camp de Châteaubriand, ils avaient mêlé la Marseillaise et l'Internationale, comme on scelle un pacte de sang. Une journée ensoleillée d'automne. Le 22 octobre 1941, "Celui qui croyait au ciel, Celui qui n'y croyait pas" (Aragon) ; ensemble, désignés et arrêtés par le régime de Vichy tombés sous le feu de l'occupant nazi. En "représailles", Quelques jours plus tôts, le 20 octobre précisément, Karl Hotz, lieutenant-colonel, a été abattu à Nantes par un groupe dirigé par Gilbert Brustlein, également composé de Spartaco Guisco, ancien officier des Brigades internationales, et du très jeune Marcel Bourdarias.

Avec cet acte, la stratégie de la résistance armée, qui a débuté avec l'exécution, dans la station parisienne de métro Barbès-Rochechouart, d'un officier allemand par Fabien, le 21 août 1941, prend corps et volume comme le rapelle l'historien Roger Bourderon, ces opérations commandos sont le fait de jeunes communistes. La veille de l'exécution des 27 de Châteaubriant, le résistant Pierre Rebière a abattu, à Bordeaux le conseiller d'administration militaire Hans Reimers. A Bordeaux et au Mont-Valérien, d'autres Français otages sont passés par les armes. Le 15 décembre de la même année, 70 résistants dont Gabriel Péri, sont assassinés, au Mont-Valérien toujours. Pour l'occupant nazi, un "front" intérieur s'est ouvert qui ne se refermera qu'avec la libération de la France trois ans plus tard. Après cette libération, justement, les 27 eurent des obsèques nationales et leurs familles purent les inhumer où elles le souhaitaient.

INVENTER L'AVENIR ENCORE ET TOUJOURS

En ce soixante-dixième anniversaire de Châteaubriant, on ose espérer que cet épisode crucial de l'histoire de la Résistance ne fera pas l'objet, comme en 2007, d'une tentative de récupération et de détournement aussi sinistre que lamentable de la part de Nicola Sarkozy, "héroïsant" Guy Môquet pour mieux étouffer son message. Partout où l'on évoquera, ce week-end, la tuerie de Châteaubriant, il sera donc utile d'inoculer ce rappel : ce ne sont pas 27 "martyrs" qui sont tombés, mais 27 combattants, 27 militants, idéalistes, dont une partie des espoirs se retrouvera noir sur blanc, dans le programme du Conseil national de la République.

Couper Châteaubriant du programme du CNR revient à faires des 27 des "morts"pour la France alors qu'ils se battaient pour la liberté et l'égalité. C'est finalement gommer ce qui fait la spécificité, la véritable, "exception", pourrait-on assumer, du "modèle social" français par rapport à un Etat providence bismarckien ou rooseveltien. On connaît d'ailleurs l'obsession du patronat et d'une partie de la droite, condensé dans la désormais célèbre phrase de Denis Kessler appelant, en octobre 2007, à "sortir de 1945", à "défaire méthodiquement le programe du Conseil national de la Résistance". Sans le claironner le sarkozysme s'en charge Valérie Pécresse ne s'est-elle pas récemment félicité que, "pour la première fois depuis 1945, les dépenses de l'Etat vont diminuer de 1 milliard d'euros en valeur absolue"?

Dans un dialogue avec Pierric Annoot, secrétaire national du Mouvement des jeunes communistes de France, vous lirez dans les pages suivantes Raymond Aubrac dire ceci : "Les gouvernements récents ont tenté d'effacer les avancées du CNR, mais il ne suffit pas de combattre cet effacement." Inventer l'avenir encore et toujours. C'est en ce sens que résonne encore l'appel lancé par Guy Môquet aus travers de ses derniers mots. "Vous tous qui restestez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

...ILS ETAIENT LES 27...

julien Le PANSE - 34 ans, Forgeron aux Chantiers de Bretagne. Né dans le Morbihan le 11 juin 1907, il entre comme forgeron aux Chantiers de Bretagne. Militant syndicaliste, il reconstitue une cellule de la CGT du bâtiment et sera arrêté, sur son lieu de travail, le 27 janvier 1941. D'abord incarcéré à la prison de Nantes, il est transféré à la fin du mois d'avril 1941 au camp de Châteaubriant.

Charles MICHELS - 38 ans, secrétaire de la CGT des cuirs et peaux, député communiste du Front populaire. Orphelin de la guerre de 1914-1918, il a quitté l'école à 11 ans pour aller travailler dans une usine de chaussures. Entré dans la Résistance après la défaite, déchu de son mandat d'élu et arrêté le 5 octobre 1940. A Châteaubriant il anime la direction clandestine.

Antoine PESQUE - 55 ans, Médecin. Né à Rouen, il est surnommé "le médecin des malheureux". Il consulte dans son cabinet d'Aubervillers et organise la résistance du personnel sanitaire. En juin 1940, pendant l'exode, il décide de rester sur place. En octobre, il est arrêté et condammé à un an de prison. Transféré à Châteaubriant, il devient médecin du camp.

Guy MOQUET - 17 ans. Lycéen. Né à Paris, il adhère aux jeunesses communistes. Il crée des groupes d'impression et de distribution de tracts clandestions. Le 13 octobre 1940, il es arrêté à la garde de l'Est. Libéré en janvier 1941, il est gardé au dépôt puis interné à Châteaubriant, en mais 1941. C'est le plus jeune des 27 fusillés ; sa lettre deviendra symbole. Louis Aragon lui dédiera la Rose et le Réséda.

Victore RENELLE - 53 ans. Ingénieur-chimiste. Né à Paris, il entre en 1931 à la société Duco. Il crée le syndicat des techniciens et cadres des industriels chimiques et écrit dans la revue des industries chimiques. Il est arrêté le 5 octobre 1940. Condamné à 6 mois de prison, transféré à Châteaubriant, un marché lui sera proposé : sa libération contre sa collaboration avec l'armée allemande. Il refuse.

Jean POULMARC'H - 31 ans. Employé. Né à Dreux. Employé des Chemins de Fer, il adhère à la CGTU et à la jeunesse communiste. Elu secrétaire général de la CGT des produits chimiques de la région parisienne en 1938, il participe au Conseil national économique. Mobilisé à Constantine, il rentre en France en 1940 et fonde comités populaires et syndicats clandestins. Il est arrêté le 5 octobre 1940.

Henri POURCHASSE - 34 ans. Métallurgiste. Né à Paris. Adhérant au PCF, il aura plusieurs responsabilités syndicales. Il est arrêté en 1939 et condamné à 3 mois de prison. Mobilisé jusqu'en juillet 1940, il est arrêté à nouveau pour reconstitution d'un syndicat CGT. Sa femme Louise siégera au comité local de libératation en 1944, où elle représente l'Union des femmes françaises.

Raymond TELLIER - 44 ans. Imprimeur. Originaire d'Armilly (Loiret) où il réside et travaille, il a été arrêté début 1941, pour avoir imprimé et diffusé l'appel du 10 juillet 1940 de Maurice Thorez et Jacques Duclos.

Marc BOURTHIS - 44 ans instituteur. Né à Lizardieu, dans le Finistère. Il y commence sa carrière et entre très vite au conseil syndical des instituteurs du Finistère. Mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, il est marin à Brest. Démobilisé, il reprends sa classe à Trégunc, avant d'être arrêté en mars 1941. Sa date de libération avait été fixée au 23 octobre...

Emile DAVID - 19 ans - mécanicien dentiste. Il naît et grandit à Nantes. Il adhère très vite à la jeunesse communiste dont il deviendra secrétaire. Début 1941, il organise dans les rues de Nantes une manifestation anti-allemande, ce qui lui vaudra d'être arrêté et incarcéré. D'abord à la prison de Nantes, il rejoint ensuite le camp de Châteaubriant. Il repose à Ruffigné, en Loire-Atlantique.

Charles DELAVACQUERIE -19 ans - imprimeur. Il est né au Quesnoy dans le Nord. Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1941, à Montreuil des inscriptions anti-allemandes sont découvertes sur les murs de la ville. Des tracts ont été distribués en masse ainsi que des centaines d'affiches. Accusé d'avoir participé à cette action, il est arrêté le lendemain. Il sera d'abord incarcéré à la prison de la Santé.

Maurice GARDETTE - 49 ans - artisan tourneur. Né à Paris, syndicaliste. Il dirige en 1917 les grèves des métallos à Paris. Elu conseiller municipal en 1935, il est par la suite conseiller général de la Seine. Il est arrêté une première fois en 1939, puis une seconde, en 1940, malade c'est à l'infirmerie que les Allemands viendront le chercher pour le passer par les armes, ce jour d'octobre 1941.

Jules AUFFRET - 39 ans - ouvrier gazier, surveillant de l'inspection à Pantin et à Aulnay. Né à Trignac, en Loire-Atlantique, il est élu en 1935 à Bondy, devient maire adjoint et conseiller général de la Seine. Il participe aux Brigades Internationales en Espagne et à la manifestation deu 11 novembre 1939, à Paris. Arrêté le 18 décembre 1939, il est déchu de ses mandats en février 1940.

HENRY BARTHELEMY - 58 ans - retraité de la SNCF. Né à Longeron-Thouars dans les Deux-Sèvres, il milite très tôt à la CGT et à la SFIO. En 1920, il adhére au Parti communiste qu'il dirigera localement, à Thouars. Arrêté avec sa femme pour avoir distribué l'Humanité clandestine, on lui proposera la libération sous condition d'allégeance à Pétain. Il répondra : "Je suis entré ici la tête haute, j'en sortirai de même."

TITUS BARTOLI -58 ans - instituteur. Né en Corse, à Palneca, il commence sa carrière dans l'Allier. Mobilisé et blessé durant la grande guerre, il adhère en 1920 au parti communiste. Réquisitionné pendant l'année scolaire 1939-1940, il est arrêté sur ordre du sous-préfet le 21 juillet 1941. Il restera incarcéré à la prison de Chalon-sur-Saône avant d'être transféré à Châteaubriant.

MAXIMILIEN BASTARD - 21 ans - chaudronnier. Né à Murs, dans le Vaucluse. Il adhère très tôt à la jeunesse communiste et participe activement aux manifestations anti-nazies. Arrêté au début de l'année 1941 à Nantes, il passera plusieurs mois interné dans le camp de Choisel. Il est inhumé à Saint-Aubin-des-Châteaux, en Loire-Atlantique.

Jean GRANDEL - 50 ans - révoqué de l'enseignement, employé des PTT. Montpeillérain, il participe aux campagnes contre la colonisation au Maroc. En 1921, il adhère au PCF. Conseiller général de la Seine et maire de Gennevilliers en 1934, il participe aux Brigades rouges d'Espagne, et est destitué de ses mandats en 1941. Il fonde le premier groupe de résistants dans les PTT.

Désiré GRANET - 37 ans - Secrétaire de la CGT du papier carton. Né à Ivry-sur-Seine, il est militant aux Jeunesses communistes et à la C.G.T. Il entre en 1936 au Conseil national économique. Mobilisé, en 1939 il participe ensuite aux comités populaires et à la reconstitution des syndicats. Arrêté le 5 octobre 1940, il refusera l'intervention de l'ex-syndicaliste Chassagne, qui aurait pu le sauver.

Pierre GUEGUIN - 45 ans - Professeur. Né à Quimerc'h (Finistère). Il adhère au Parti Socialiste en 1919 et milite à la CGTU. En 1921, il adhère au PCF et est élu, huit ans plus tard, conseiller municipal à Concarneau, commune du Finistère de laquelle il devient maire en 1936. Quatre ans plus tard, en 1940, il est révoqué de sa fonction de maire et arrêté, en mai 1941.

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LE PARTI POPULAIRE FRANCAIS ou PPF (1936 -1945), fondé et dirigé par Jacques DORIOT, était le principal parti politique d'inspiration fasciste français en 1936-1939 et l'un des deux principaux partis collaborationnistes en 1940-1944, avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel DEAT.

Il m'a été donnée des lettres de propagandes de ce parti distribués pendant la guerre de 1939-1945, et j'en recopie quelques-unes. il est toujours bon de savoir : "Il faut voir comme on nous parle".

UNITE PAR LE FRONT DU TRAVAIL FRANCAIS - Manifeste des 3 000 travailleurs réunis à Magic-City, le 15 février 1942, à leurs Camarades.

TRAVAILLEURS,

La révolution recule, le mécontement grandit. Le chômage s'étend, le coût de la vie est en hausse constante, les Salaires restent bas malgré les mesures de détail absolument insuffisantes. Les familles nombeuses, qu'on avait prétendu protéger, connaissent une affreuse détresse. La répartition des matières premières est faite au bénéfice des trusts ; les petites industries n'ont plus qu'à crever.

On poursuit les communistes, mais les patrons antisociaux responsables des progrès du communisme, sont ménagés et continuent impunément leur malfaisante besogne.

Ce sont toujours les mêmes qui ne manquent de rien,  parce qu'ils peuvent payer. Ce sont toujours les mêmes qui se serrent la ceinture.

Rappelez-vous pourtant les promesses du Maréchal Pétain, son message du 11 octobre 1940, ses discours de Saint-Etienne et de Commentry.

Qu'ont fait de de ces promesses des ministres infidèles ? La Charte du travail : dernière victoire capitaliste ! Nous n'acceptons pas qu'on nous donne un syndicalisme châtré. Nous n'acceptons pas l'hypocrisie à l'égard de la Corporation dont, en réalité, on ne veut pas, parce qu'elle est l'ennemi implacable du capitalisme. On a prétendu supprimer la lutte des classes ?

Tant que les uns seront privilégiés et les autres écrasés, la lutte de classes continuera. Nous n'avons pas confiance dans la "bonne volonté" patronale. Nous voulons une loi ferme à laquelle il ne soit pas possible d'échapper et qui, le capital étant jusement rémunéré, donne au travail sa part, toute sa part légitime.

La France ne se relèvera par le travail que si l'on apporte au régime du travail une révolution profonde.

L'Unité Française ne sera réalisée que si l'on chasse et si l'on punit les courtisans incapables et les ministre infidèles.

Camarades, les efforts des vrais révolutionnaires finiront par mettre bas le mur élévé autour du Maréchal par les profiteurs de la défaite. Nous devons nous unir pour aider le Chef de l'Etat à réaliser, enfin :

LA REVOLUTION NATIONALE ET SOCIALISTE. Tous les hommes sont utiles à la communauté, où qu'ils soient placés, dès lors qu'ils travaillent.

Les hommes se différencient, non pas par le travail auquel ils se livrent, mais par la façon dont il accomplissent ce travail. Mieux vaut un terrassier courageux qu'un empoloyeur sans mérite.

Si l'on comprend cela, l'union dans une classe unique des travailleurs français sera possible.

Travailleurs, En restant divisés, nous faisons le jeu du capitalisme, qui favorise ou organise la division, apporte son appui au patronat antisocial.

PAR VOTRE UNION, NOUS POUVONS ABATTRE LE CAPITALISME.

Le Parti Populaire Français derrière son chef Jacques Doriot, a réalisé dans son sein, depuis six ans, la collaboration étroite des ouvriers, des techniciens et des patrons. Il a réalisé l'union des travailleurs manuels et intellectuels.

Il demande aujourd'hui aux travailleurs français de constituer l'unité indispensable à la réalisation de la Révolution nationale et socialiste.

Il les appelle à s'unir, toutes classes réconciliées et confondues, dans un vaste FRONT DU TRAVAIL FRANCAIS

Le Parti Populaire Français n'entend pas s'assurer le monopole de ce rassemblement. Il est prêt à participer à l'Union la plus large de toutes les oragnisations sociales, syndicales, corporatives professionnelles, sur un programme social commun, établi par un Comité central d'unité. il appelle tous les travailleurs à constituer immédiatement, dans toutes les entreprises, des Comités d'Unité qui prépareront dès maintenanat, pour le 1er MAI, la réalisation du Front du Travail Français.

Les revendications immédiates, définies à Magic-City le 15 février 1942 et sur lesquelles il ne pas y avoir désaccor, seront immédiatement soutenues. Nous élaborerons ensuite ensemble un programme social commun minimum, sur lequel pourra se réaliser l'Unité dans le Front du Travail Français.

AVANT TOUT, NOUS POURSUIVRONS NOTRE CAMPAGNE POUR L'AUGMENTATION DES SALAIRES. Nous ne cesserons notre action que le jour où, dans l'ensemble, le problème aura été résolu.

Il le sera d'autant plus vite que l'unité des travailleurs sera plus rapide

Camarades Travailleurs,

Pour que cesse la misérabale condition prolétarienne,

Pour que cessent les les privilèges des profiteurs de la défaite,

Pour l'identification d'une France Nationale et Socialiste,

Pour prendre notre place dans la Nouvelle Europe,

Pour que vive la France !

UNISSEZ-VOUS ! FORMEZ VOS COMITES D'UNITE DANS CHAQUE ENTREPRISE.

LE SECRETARIAT NATIONAL CORPORATIF DU  P.P.F.  10, rue des Pyramides, PARIS (1er) - imprimerie Spéciale du P.P.F. - Paris 1912