Carnets de chasse 1909 à 1918

 

CARNETS DE CHASSES TENUS PAR MON GRAND-PERE ET LES PERSONNES QUI ONT CHASSE AVEC LUI.

Ma Grand-Mère Mathilde pendant l'année 1912-1913 a chassé avec lui à la tonne.

Ces carnets ont 100 ans, sont écrits au crayon à papier et difficiles à déchiffrer.

02.10.1909       - 1 biganon à 2 heures moins 1/4

05.10                - 1 biganon - 1 raté

08.10                 - 1 sarcelle à 6 heures 1/2

15.10                 - Néant, les canards sont soignés.

22.10                 - 2 siffleurs à 5 h 10 du matin, les canards sont soignés. Brouillard formidable.

25.10                 - 1 biganon 9 heures du soir, 1 biganon à 9 h 1/2, les canards sont soignés.

26 & 27              - 2 biganons, 5 h 3/4 passé à touché d'ici un vol de sarcelles.

28.10                 - 1 biganon, à 8 heures moins 10. Clair de lune splendide. 2 heures vu sur le blanc un coppe,  3 h 1/2 une sarcelle, tiré en tout dans le marais 5 à 6 coups. 

29 &30.12.1911 - Il y a environ 20 ans, je suis venu à cette même place j'avais tué 7 gros canards et, je me rappelle fort bien le petit blanc unique faisant face à l'Est. J'avais été chercher mes victimes avec des inusables, la glace aurait supporté une charrette ; mais combien les temps sont changés. Aujourd'hui un très doux a remplacé l'hiver rigoureux d'antan et on n'entend plus un seul coup de feu dans ces marais autrefois si giboyeux, aussi est-ce par caprice qu'on veut revivre en quelques heures ces temps déjà si éloignés. Profitant d'une invitation de Servant je suis venu me retremper un peu dans ces délicieux marais de Blanquefort que j'ai tant aimés. Depuis 4 heures, je suis dans cette cabane modernisée, j'ai le temps de lire de livre de bord et les recommandations hygiéniques faites par M. Perrin. Comme j'approuve bien tout cela. Mais combien je regrette cette glace qu'il fallait casser avec une classique pelle ferrée, car s'il en était ainsi ; je serai sûr de tuer des canards. L'aménagement de cette chasse est parfait. Les appeaux sont excellents et donnent à propos. Les blancs sont intelligemment compris et prouvent le bon goût du propriétaire. A 7 heures du soir je n'ai pas encore entendu un coup de feu. Je dîne et je lis. Je lirai et fumerai des cigarettes jusqu'à 11 heures et je n'entendrai jamais tirer. Je vais m'allonger et dormir en gendarme jusqu'à une heure à ce moment un coup de réveil, les appeaux, m'annoncent qu'il faut regarder à nouveau aux guichets, mon attente n'est pas longue, car après quelques secondes je vois se poser une victime qui va faire connaissance avec la délicieuse poudre T. Pan.. ça y est. Une sarcelle tête rousse. C'est le seul oiseau tué dans la nuit dans tout le marais.  Signature illisible

11 au 12 janvier 1913 - Nuit noire légère tempête d'Ouest, vent fort et grains intermittents. Ce temps va-t-il déplacer le gibier. Nous vivons dans l'espérance. Hélas, le déplacement a été plutôt faible et s'est traduit par l'arrivée d'un....plongeon désireux du suicide, à 7 h nous avons réalisé son désir, mais comme gibier c'es plutôt maigre. La lecture du livre de bord laisse soupçonner comme un découragement chez nos amis chasseurs. Allons ! Messieurs un peu de persévérance et de courage. Une nuit dans cette cabane est toujours agréable, surtout pour ceux qui ont le plaisir d'y amener leur dame. Nous désirons que ce plongeon avant coursier du passage soit le prélude de chasses fructueuses pour ceux qui vont nous succéder. Allons ! Camarades en avant ! Et du nerf pour l'honneur de la cabane Perrin ! Signé : Bourrieu et P. Besse

14 au 15.01.1913 - Nuit assez claire jusqu'à 1 heure du matin et très noire jusqu'au matin. Vent assez fort, pluie. A minuit une sarcelle siffleuse et tuée guichet du couchant. On a cru entendre quelque chose se poser sur le blanc au couchant vers 3 heures du matin, mais impossible de distinguer ce que c'est tellement il fait sombre. Signé : Maillet - Olivier Louis

17 au 18.01.1913 - Jusqu'à 9 heurs du soir nuit très belle, depuis cette heure, pluie presque sans cesse et vent du sud et de l'ouest à 5 heures du matin, formidable coup d'appeaux, mais rien, toujours rien. Signé : Lacaye

21 au 22.01.1913 - Vu 7 biganons à 6 heures et demie, ils ont à peine touché l'eau, il y avait deux hommes sur la route pas de veine. Signé Olivier Louis

25 au 26.01.1913 - 21 H 40 étant en même de souper bon coup d'appeaux - voyons immédiatement notre victime que nous envoyons dans un monde meilleur - blanc du midi 0 h 5 - Bon coup d'appeaux aussi mais cette fois ci nous entendons les coups de sifflet désespéré d'un mâle biganon à la recherche de sa femelle. Nous la lui faisons trouver immédiatement. Nous dans la cabane ça va bien serait-ce la veine ? la suite nous l'apprendra. Non vains espoirs nous n'avons plus rien vu. Du courage chers amis et de la persévérance si nous voulons au moins arriver aux 100. signé : P. Besse

23 au 24.02.1913 - Vent d'est puis vers 10 heures des coups d'appeaux formidables ce sont des vanneaux qui passent les vents sont au passage, ils sont sud-est. Il passe toujours des vanneaux mais trop loin. Signé : A. Seigle

03 au 04 mars 1913- Plus de canards tout est fini. Nuit splendide pour le passage. Rien vu ni entendu pas un vanneau au matin. Signé : J. H. Faure

12 au 13 mars 1913 - 7 heurs du matin tué 1 superbe guit. Signé : G. Perrin

23 au 24 mars 1913 - Nuit belle vent du nord mais vers le milieu de la nuit il tourne au sud-ouest gare aux canards. Pas de veine un vol de biganons de 10 ou 12 sont passés au dessus de la cabane à 6 h 20 du matin. Je crois que cela est de ma faute si je n'en ai pas tué 5 ou 6. Signé : A. Seigle.

20.03.1913 - Pas de canards à l'an prochain. Signé : Lameyrac

SAISON 1913 - 1914

07 au 08 octobre 1913 - Tué une sarcelle à bec de cuillère (Souchet commun) à 5h1/2 du matin. Signé : Gabriel Perrin

31 octobre au 1er novembre 1913 - Nuit très sombre et très calme, vent sud, sud-est quand donc pourra-t-il tourner de l'autre côté ? Signé : Edmond et Roland Blanc - M. Béreau - M. Pareau.

1er au 2 novembre 1913 - Calme désespérant dans tout le marais, rien ne bronche, le matin vers 6 h moins 1/4 vu 1 biganon blanc du couchant qui s'éclipse du côté de la parge. Après 1/4 d'heure de patience il nous refait voir sa frimousse dans le même coin et aussitôt nous l'expédions dans un monde meilleur. Pas entendu tirer de toute la nuit. Nous espérons que nos Camarades ne verront aucun inconvénient à se servir de nos couvertures. Prière d'avertir M. Perrin pour le maïs. Signé : Besse - Bourrieu

03 au 04 novembre 1913 - Rien pas de passage ni d'une chose ni d'une autre. Signé : Gabriel Perrin

06 au 07 novembre 1913 - Passage de bécassines, vanneaux et grives, nuit assez calme quoique pluvieuse. A 6 h du matin un seul coup à Favereau, autrement rien vu ni entendu, à 7h30 deux sarcelles au moment de sortir de la cabane. Signé : Lameyrac

08 au 09 novembre 1913 - Nuit belle, un peu de pluie à 3 h. Bonne visibilité mais pas de passage, rien vu. 1 seul coup dans Dupeyron à 6 h. Signé : Besse - Bourrieu

10 au 11 novembre 1913 - 8 sarcelles dont 7 queues longues et siffleur à 4h1/2 du matin. Vu à 7 h1/2 un vol de 12 biganons. Signé : Armand Fort - Gabriel Perrin

23 au 24 novembre 1913 - 6 h du matin 1 sarcelle, 6 1/2 1 sarcelle -B.C.., manqué un bignon. Signé : Miqueau

24 au 25 novembre 1913 - 6h1/2 matin 1 sarcelle manquée, vu à 7h1/2 10 qui probablement se seraient posées sans un malencontreux coup de fusil tiré dans Faverau. Signé : Gabriel Perrin

25 au 26 novembre 1913 - 6h30 1 coppe, 6h45 1 siffleur. Signé : Maubourguet

26 au 27 novembre 1913 - 10h35 1 coppe, 1h15 1 coppe. Signé : COR

27 au 28 novembre 1913 - Avons trouvé une sarcelle près de la parge du couchant dans l'herbe, les rats avaient commencé leur festin. Soirée pluvieuse. Coppe blanc couchant - 11 h coppe blanc levant, 4h1/2 - 6 h entendu femelle biganon parge du levant.  Deux coup dans le marais dont un dans Faverau et l'autre ? . Signé : G. E. Lameyrac

29 au 30 novembre 1913 - Au matin 1 biganon c'est tout ce que j'ai vu. Belle nuit, passé des vanneaux qui ont fait donner les appeaux toute la nuit. Signé : Besse

04 au 05 décembre 1913 - Soirée très claire vent du nord-ouest, nuit pluvieuse, un seul coup, biganon à 6h1/4 du matin, nous avons tiré. Bonne chance au suivant. Lameyrac frères

18 au 19 décembre 1913 - Soirée très noire. Vent du nord, avons tiré un biganon au moment de tendre les appeaux. Les plumes ont volé et monsieur est tombé dans Dupeyron mauvais début. 22 h 1 sarcelle - 3h1/4 1 coppe - 7h1/4 3 biganons - 8 h 1 biganon. Signé : Lameyrac  

Je peux affirmer d'après les pages qui vont suivre que ma Grand-Mère, Mathide Perrin née Hosteins, a été la plus grande chasseuse des Marais de Blanquefort. Par ses faits de chasse, sa grande force physique, sa beauté classique, elle était reconnue par les hommes de sa génération comme l'une des leurs, qu'ils admiraient et respectaient.

SAISON DE CHASSE ANNEE 1917 - 1918  (du 13 octobre 1917 au 04 avril 1918)

Au cours de cette saison là, il sera tué 492 pièces de gibier sauvage dans le marais Perrin. Peut-être certaines personnes trouveront, ci-dessous le nom de membre de leur famille ou de leur ami.

Auront chassé : Mme PERRIN Mathilde, MM. G. PERRIN, MOSSAKOWSI, JACQUIN, A. FOURNIER, DESANGES Frères, MINAUD, Georges BARON, LAMEYRAS, JOUANEAU,  ARNAUD ?, VINTEJOUX, Louis LAVALETTE cafetier à caychac, Louis LAMBOLEY, Maxime SERVAN, Clément CHAUVIN, Emile ROUSSET, Edmond BLANC, PEYNAU, CHORD, JEANTET, Jacques DANIEL, MERILLEAU, SUBERVIE, BAQUEY, Ismin EYQUEM et son Grand-Père "LA CLASSE", Jean CASSY, MARTIN Henri cafetier à Caychac, Romelos CORBAL.

25 janvier 1918 vendredi - Brouillard - 4 h du matin tué une cane. On nous tue ou on nous vole nos appeaux tenez vous sur vos gardes. Signé : Perrin - Chord

Février 1918 : Le tantôt en arrivant, je fais lever 1 sarcelle trop loin ! A l'entrée de la nuit 30 vanneaux, environ, se posent sur ma cabane et bouchent mes trois tirs, c'est curieux à voir ! il boivent, se baignent et s'amusent entre eux, courent de ci, de là, en miaulant. Je les contemple 10 minutes, puis sortant brusquement par la trappe, je fais partir tout ce petit monde pan ! pan! 4 tombent foudroyés  dans le blanc. 7 heurs tué 3 vanneaux par le tir du Midi, posés sur le cordon de l'autre côté du blanc c'est à dire à une soixantaine de mètres. 7h1/2 tué : 1 guit - 1 cane  sur 4 - 1 cane - 1 bécassine. signé : Mathide et Gabriel Perrin

15 mars 1918 - 5 1/2 manqué 1 guit - 1 cane - 6 h tué 1 biganon - 8 h 1 héron - Passage énorme de vanneaux et d'alouettes jusqu'à 8 h 1/2 environ. En arrivant à la cabane j'ai trouvé 2 guits morts, ils étaient malades il y avait déjà longtemps. Voyez à qui ils sont ! Signé : Mathilde et Gabriel Perrin

En ce mois de mars 2014 à la demande de la nouvelle génération de ceux qui continuent à chasser dans les marais de Blanquefort tout particulièrement MM. Lafuente (président de la société de chasse) et  Ponceau je continuerai à retranscrire les quelques feuilles qui me restent.

M. Ponceau m'a signalé l'existence du livre du docteur Christian ROCHER : "LA CHASSE DES CANARDS"  dans lequel figurent les carnets de chasse de M. Dupeyron propriétaire du "Tombeau des Canards". ll est cité dans les carnets de mon grand-père. Ce livré édité en 1977 aux éditions de l'Orée coûte selon les libraires aux environs de 200€.

Je souhaite ne pas retrouver les carnets de mon grands père que je retrancris gratuitement dans aucun livre sans mon autorisation.

Sur internet ce livre était en vente et il y avait ce passage : CHASSE A LA HUTTE DANS LE SUD-OUEST SOIXANTE DIS ANS DE VERITE.

Christian Rocher écrit : "Je suis un chasseur de Canards Fils passionné d'un père passionné j'étais déjà chevronné à l'âge ou la plupart des futurs huttiers confondent encore un chant d'appel et un cri de fuite. J'avais huit ans quand pour la première fois mon père m'amena à la hutte et m'initia aux  mytères de Nuits...C'est auprès de ce maître incomparable que j'appris à tenir un fusil et un journal de chasse et ce sont mes trente années de souvenirs ajoutés aux quarante ans d'expérience parternelle qui me permettent d'affirmer tranquillement que je suis un chasseur de canards.

Je n'ai jamais fait de crédit à ma mémoire. J'ai - comme mon père - tout noté, tout écrit : les lunes, les vents, les dates, les directions et l'intensité des passages, mes réussites et mes déboires.

Voici soixante-dix ans de vérité.

Parvenu à la fin de ma nuit, j'ai bientôt achevé ma Veille.

A d'autres désormais, la joie de "faire l'aube".

Lui-même fils de huttier, mon père a commencé à chasser le Canard à la hutte en 1872, sur les bords de l'étang de Lacanau, vaste lac côtier du Sud-Ouest.

Grand chasseur et excellent tireur il était depuis de nombreuses années, locataire du marais DE PICHERIE, près de Bordeaux que l'on avait surnommé dans toute la région "Le Tombeau des Canards". J'avais huit ans - ai-je dit - quand je pris ma première veille avec lui.

Spécialement construite et aménagée par mon père, la Hutte centrale de ce marais avait reçu des gens du pays ce surnom évocateur à la suite s'une série presque ininterrompue de beaux "tableaux".

Actuellement "Le tombeau des carnards" est la propriété de la famille Chambarière.

Mon grand-père Gabriel PERRIN avait une grande admiration pour la famille Rocher, des chasseurs comme lui qui a habité longtemps une belle demeure au bas de la côte des quatre ponts à Blanquefort, aujourd'hui squattée à ce que l'on dit. On retrouve la trace d'une clinique du docteur Rocher rue du Teich à Bordeaux, par ailleurs mon grand-père racontait qu'il avait été opéré par le chirugien M. Rocher.

Son père Louis ROCHER était né en 1874.

Christian ROCHER est né le 10.06.1908 à Bordeaux son épouse "Lucienne" Marie Germaine DUHAR née le 02.01.1909 au Bouscat est dcd le 16.05.1936 au Bouscat à l'âge de 27 ans. Ils ont eu une fille Brigitte qui épousa Charles TOUTON elle est dcd le 09.12.2013 à Bordeaux dans sa 79ème année.

En 2ème noce Christian ROCHER avait épousé Mme Thérèse HUBSCHMANN. ils ont eu de cette union 2 enfants Marie-Diane et Hubert (ces prénoms sont le signe de son amour passionné pour la chasse). Marie Diane épousera Jean-Bernard COLAS et Hubert Bénédicte de MONTARLIER.