RENDEZ-MOI, MON COCHON S.V.P. !

 

DES GENERATIONS D'ENFANTS DE BORDEAUX ET DES ALENTOURS (BLANQUEFORT) SONT ALLES A LA FOIRE AUX PLAISIRS DE LA PLACE DES QUINCONCES, QUI A LIEU 2 FOIS PAR AN.

"RENDEZ-MOI MON COCHON S'il VOUS PLAIT ! SAINT ANTOINE RENDEZ-MOI MON COCHON..."

C'est ce qui me semble avoir entendu dès ma plus tendre enfance, mais chacun, le temps passant a une mémoire différente. On m'a racontée que toute petite mes parents m'avaient amenées voir le spectacle, qu'à moment donné j'avais eu très peur, et que nous avions été obligés de sortir de la baraque. En 1949, année où je commencais à prendre connaissance de ce qu'il se passait autour de moi, la famille Guérin, faisait partie de mon paysage familier, car aller place des Quinconces était la promenade du samedi après-midi que je partageais avec mon père. Et souvent sur l'immense place des Quinconces, un peu perdue, toute petite, la baraque de Guignol avec les petites chaises alignées devant-elle et M. Guerin qui tapait sur son gros tambour pour annoncer le spectacle était le but de notre balade. Je revoie M. Guérin, grand, mince, grisonnant, sérieux, la voix cassée et sa femme, la voix puissante, petite, ronde, gentille, très maquillée, ce n'était pas longtemps après la guerre.

Je me souviens de ma déception d'enfant, lorsqu'en arrivant au sommet de l'escalier, entre les colonnes rostrales, je ne l'apercevais pas, au loin, à la droite du monument des girondins.

Je me souviens d'enfants qui hurlaient, encore et encore :"le gendarme ! le gendarme !" avec effroi et qui appelaient en hurlant de plus belle :"guignol !!! guignol !!!" avec espoir, cela durait tellement longtemps qu'il semblait que Guignol n'arriverait jamais.

La foire aux plaisirs, quand j'habitais, aux mauvais jours, les Chartrons, était un événement très attendu par les enfants, et même les jeunes gens. L'hiver des cirques s'intallaient sur les Quinconces, et Mme Dupuis, ma maîtresse de C.P. cours Balguerie, nous avait amenées, il n'y avait que des filles dans les classes, voir le spectacle, j'avais été fascinée par les trapézistes. Mon père, lui, me faisait visiter les ménageries, jusqu'au jour où j'ai fait un caprice parce que je voulais adopter un petit singe.

Il y a quelque temps, j'ai rencontré à Blanquefort Christine qui comme moi était partagée entre Bordeaux et Blanquefort, celle-ci m'a avouée croire en Saint-Antoine pour retrouver les objets perdus. Elle avait même donné de l'argent à un membre de sa famille, allant à Padoue, pour le mettre dans le tronc de Saint-Antoine. Il est vrai que dans les églises autrefois, il y avait une statuette du saint avec un tronc, je crois l'avoir vue dans l'église Saint Louis des Chartrons, ma tante Marguerite, m'y avait fait mettre une pièce pour qu'il m'aide à retrouver un bracelet qu'elle m'avait offert et que j'avais perdu.

Sud Ouest mardi 6 décembre 2011 - Cadish -

BIRIBI LE COCHON DE SAINT ANTOINE

La famille de marionnettistes Guérin possède dans son répertoire un spectacle venu tout droit des mystères du Moyen-Age, "La Tentation de saint Antoine", une pièce qui met en scène, depuis 1900, un petit cochon en chair et en os, le fidèle compagnon de l'ermite.

A la création du théâtre Guérin, en 1853, on utilisait un simulacre de cochon (en bois). André Guérin se souvient que son grand-père garnissait le cochon de pétards lorsque les diablotins mettaient le feu à la queue de l'animal. "Cela faisait presque l'effet d'un tauro de fuego". Puis Joseph Guérin (1875-1926) eut l'idée de mettre un porcelet vivant sur scène. C'est l'époque où le Théâtre Saint-Antoine prenait ses quartiers sur les Quinconces au moment des foires de printemps et d'automne. Nous sommes en 1890. De tradition, on jouait des pièces religieuses comme la "Nativité" ou la "Passion du Christ" mais surtout "La Tentation de saint-Antoine" la plus populaire de toutes, devenue au cours des années essentiellement comique.

"Mon grand-père se procurait le cochon dans les porcheries autour de Bordeaux parfois dans la région de Libourne ou de Langon. Après chaque spectacle, toujours la même question : "A la fin de la foire, vous le mangez le cochon ?" "On ne mange pas les employés ici !", répondaient invariablement les Guérin car Biribi ou Peggy (avec la mode du Muppets show) faisaient partie de la troupe. Après la foire, le jeune goret retrouvait son étable d'origine en grande forme et n'aurait à finir dans un four... André évoque aussi un de ses anciens pensionnaires qui lui souleva un moteur de camion avec son groin.

Une gueule d'enfer ! Pas question de terroriser le nommé Biribi qui pendant les trois semaines de foire était nourri comme un roi : "10 kg en entrant, 20 kg en sortant !". "Il mangeait des pommes de terre bouillies et des salades et s'habituait très vite aux bruits des musiques et des bonimenteurs ; il en ressortait même plus intelligent..." se félicitent Philippe et André, la cinquième génération des Guérin. "Et il avait une gueule... d'enfer ; pas besoin de mettre une alarme !". Sa docilité était comparable à celle d'un chien mais il n'aurait pas fallu oublier la récompense après chaque spectacle !

Escapade nocturne Une fois, en pleine nuit, Biribi prit la poudre d'escampette (il est bon de rappeler qu'il devait ce nom au célèbre héros évadé d'une compagnie disciplinaire de Tunisie -à Biribi- où le contestataire écrivain et journaliste Georges Darien, 1862-1921, avait été détenu). L'esprit d'indépendance rebelle habitait-il le jeune animal ? On le retrouva place de la Comédie. "Il se voyait déjà sur la scène du Grand-Théâtre !", plaisantent les deux frères. Après son escapade nocturne "l'évadé" est retourné seul dans son enclos de paille.

André Guérin, de sa voix à la Raimu, récite un extrait de la "Tentation de Saint-Antoine" : "Nous allons prendre le cochon du bienheureux saint Antoine et nous en ferons du saucisson !" s'exlamaient les diablotins dans le tumulte des élairs et des feux de Bengale ; puis venait l'Apothéose durant laquelle les anges descendaient du ciel pour chercher Saint Antoine : "Rendez-moi mon cochon s'il vous plaît ! Il faisait ma félicité. Il était doux et tendre", suppliait notre saint ermite... et les enfants hurlaient de terreur, pointant : "le diâââble !".

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C'est ainsi que, pour ma part, j'ai su très jeune que le diable existait, étant sortie de la salle avant l'arrivée des anges, je n'ai jamais compris qu'à la fin il n'était pas le plus fort !!! -------

Le guignol Guérin se produit au Jardin Public et au Parc Bordelais tous les mercredis, samedis, et dimanches à 15 h30.

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Le 06.10.2012 dans Sud-Ouest : La tresne - PATRICK GUERIN - Six ans déjà et tu nous manques toujours terriblement, talentueux marionnettiste bordelais. Luca, 3 ans, Sacha 2 ans, tes petits enfants, déjà Guignol à la main, la relève est assurée. Tes filles, Julia et Céline. Ton épouse Nicole.

Le lundi 23 avril 2012, le Guignol Guérin se produisait, peut-être pour la semaine, à l'intérieur de la galerie marchande de Auchan le Lac, en face des boutiques : Caroll, Thierry, Rocher et autres.