Enfant de survivant de 1914-18.

 N'oublions pas,

La Bataille de VIMY

bataille-de-vimy.pps

 

SANS BLESSURES APPARENTES :

Il a été édité  "Le Livre d'Or" de Blanquefort, en hommage aux morts pour la France guerre 1914 - 1918 publication du G.A.H.BLE.

Pour moi, fille de mutilé de la guerre de 14/18, j'ai ressenti en participant à la rédaction de cet ouvrage, comme un grand vide, un manque de reconnaissance pour ceux qui avaient survécu à ce carnage.

J'avais l'impression qu'on me disait: "ton père a eu la chance de survivre, alors tais-toi, tu n'as rien à dire". Enfant j'aurais aimé moi aussi déposer une gerbe au monument aux morts, mais jamais les responsables me l'ont proposée, pourtant mon père été revenu, tout "abîmé" de la Patrie des Morts. Ma Grand-Mère, sa mère, pyrénéenne avait lesté sa tenue militaire (doublure, ourlets), de médailles de la Sainte Vierge  bénites à Lourdes. Il en avait dans son porte-billets, c'est-à-dire sur le coeur. Beaucoup de mamans ont dû en faire de même.

L'émission "Infrarouge" sans blessures apparentes enquête sur les damnés de la guerre qui sera diffusée ce soir 24 juin 2010, rendra compte de la douleur de survivre.

BLESSURES APPARENTES

A deux ans 1/2 je demandais toujours à mon Père : "où est ton pouce ?", je voyais une jolie cicatrice à la place de son pouce gauche, et la réponse qu'il me donnait ne me satisfaisait pas. Plus tard j'ai su qu'il était resté dans le joli petit bois de Courton lors de la 2 ème bataille de la Marne (Champagne). Depuis toujours je cherche quoi ? ou ?comment ? pourquoi ? En revanche du bois de Courton, il avait ramené dans ses intestins un ou trois éclats d'obus qui reposent dans le cimetière de Blanquefort survivant à sa dépouille. Il avait eu un biceps transpercé et c'était là les bessures apparentes.

NO FUTUR : Pour lui il n'existait plus de futur, ni pour moi d'ailleurs qui suit arrivée, contre son gré bien plus tard dans sa vie. Il avait laissé dans cette guerre sa jeunesse, son élan vital, son insouciance, ses amis et sa vision d'une vie sur le long terme. Il était né en août 1896, à la fin de la guerre il avait 23 ans. Cette partie de sa vie et ses conséquences n'ont jamais mis en jeu l'affection et la générosité de la transmission des savoirs dont il a fait la preuve envers ma mère, moi, ses 3 petits enfants et mon cousin Michel-Gabriel, affection que nous lui rendions. Il est décédé en 1988 en gardant sa mémoire intacte.

"LA GUERRE REND FOU..." Jean-Paul Mari.

Voir l'horreur de près, côtoyer l'indicible- corps éviscérés, déchiquetés, décapités - peut déclencher une névrose traumatique, "un état organisé et durable occasionné par un traumatisme psychologique, lié à une situation où le sujet a senti sa vie menacé". Jean Mari, qui s'était déjà penché sur le sujet dans son ouvrage Sans blessures apparentes (Robert Laffont) vient d'en faire un documentaire.

Qu'est-ce qui vous a poussé à évoquer ce mal méconnu et tabou ?

- Je couvre les guerres du monde depuis trente ans. Parfois, la guerre rend fou. On ne peut pas boxer sans prendre des coups. Moi il ne m'ont pas mis K.O. Mais en 2003, à Bagdad, mon hôtel a reçu un obus. J'ai vu le regard d'un confrère éventré. Un déclic a eu lieu. Je voulais en savoir plus sur ce mal qui touche ceux qui ont vu la mort en face, qui les tue aussi sûrement qu'une balle mais sans blessures apparentes.

Le témoignage de Michael montre que cet ancien para est toujours hanté par la guerre au Rwanda, quinze ans après...

- En voyant un homme décapité, c'est comme si une balle invisible était venue se loger dans son cerveau. Quand il a une crise cette image traumatique se réveille. Il revit la scène comme si elle était réelle. "J'ai vu la mort, je me suis vu mort, je suis mort"disent les victimes. Le choc traumatique leur a fait perdre l'illusion de l'immortalité, qui nous aide à vivre au quotidien. C'est insupportable au point de rendre fou. Scarifications, tentatives de suicide, cauchemars, Michael a vécu cinq ans d'enfer avant de rencontrer un psy pour se soigner.

Propos recueillis par Emmanuelle Touraine Télé 7 jours.

"Pas plus que le soleil la mort ne peut se regarder en face".

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Albert BILLARD est arrivé à BLANQUEFORT, dans le quartier de Caychac, en 1946, il avait épousé une jeune femme dont des racines blanquefortaises dataient d'environ 300 ans du côté maternel. Pour les vieux blanquefortais, il est toujours resté : "Un blanquefortais de fraîche date", une sorte d'immigré à Blanquefort, il était né à Bordeaux !. Pensionné de la guerre 1914/1918, ses blessures au ventre (dans lequel il est toujours resté un petit éclat d'obus), au bras, et l'amputation du pouce gauche lui avaient valu cette pension largement mérité. Un caychacais. M. AUCLAIR, était président d'une association d'anciens combattants, et Albert BILLARD a toujours cotisé à cette association, mais ce n'était pas celle à laquelle il était bon de cotiser sur Blanquefort, un conseiller municipal après 1971 en avait créé une autre, car il avait fait la guerre d'Algérie qui avait du mal a être reconnue comme telle.

Fille "d'immigré" je n'ai jamais pu avoir une place sur la commune, n'ai je pas su me faire adopter ? je j'ai toujours pas la réponse. Des livres financés par la commune de Blanquefort, sont écrits, vont s'écrire et jamais Albert Billard n'y aura une petite place, c'est un étranger de Bordeaux, le sang qu'il a versé n'était pas pour Blanquefort !!! c'est un état d'esprit un peu particulier...

Enfant et même jeune femme j'aurais tant aimé déposer une gerbe aux momuments aux morts de la commune, pour les congénéres de mon père. Cependant,  j'ai vu les amis des amis le faire, certains à juste raison d'autres bien moins, et moi, on ne me l'a jamais proposée. Longtemps j'ai eu le sentiment d'une grande injustice. Mais, d'avoir ce sentiment là, c'est considérer la nature humaine bien supérieure à ce qu'elle est réellement avec ses petits échanges mercantiles et sa mesquinerie, mon père n'était pas mort, il avait été blessé et bien blessé pour la France, mais la terre de  Blanquefort est-ce la terre de France ?

Mon mari et moi nous aurions pu faire une demande pour qu'il ait avant sa mort la légion d'honneur, il l'aurait obtenue. Quand je lui en ai parlé, et il s'est mis en colère, c'était une insulte pour un poilu qui avait vu mourir beaucoup de ses amis dans la boue, sans médaille, lui se contentait de sa médaille militaire et il en était fier avec modestie et pudeur.

Je lui ai simplement dit que la société avait changé, que les années 80 étaient celles de l'égoïsme, de l'argent roi et du m'as tu vu, qu'il fallait qu'il le fasse pour sa descendance, il a maintenu son refus. Il était trop vieux, trop droit pour comprendre dans quel monde des apparences, dans quelle jungle ma génération vivait (51 ans nous séparaient) et que ces apparences ouvraient des portes dans la jungle.

Dans les années 2000, les immigrés ont été mieux considérés, mais les vrais, dont ma famille ne faisait pas partie et toujours, pas le moindre porte ne s'est ouverte pour elle sur Blanquefort, quoi que nous fassions, et nous avons tout essayé. A la décharge de tous, la racine blanquefortaise était...UNE FEMME DU PEUPLE.

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Aujourd'hui, 07.11.2013, le président de la République va lancer les manifestations à l'honneur de la guerre 14/18. Lundi, 11 novembre à Blanquefort il y aura un dépôt de gerbe et des discours. Je l'écris, car le dire ne servirait à rien, je suis une femme... donc discrète et effacée en attente que l'on veuille bien faire attention à moi, mais à tous ces responsables des anciens combattants qui vont aller chercher vers d'autres guerres des représentants de la grande guerre, je fais remarquer QUE JE SUIS UNE DES DERNIERES ENFANTS D'ANCIEN COMBATTANT DE 14/18, pour les autres ce seront les grands-pères, voire les arrières-grands-pères, pour moi c'était mon PERE, mais chut.... il ne faut pas faire d'ombre... à ces organisateurs zélés... 

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Mon Père est né en août 1896.

Lorsque j'étais enfant il disait sans plus s'étendre qu'il avait traversé toute la France, j'avais du mal à comprendre qu'il ne décrive pas les lieux et les momunents qu'il avait traversés ou je pensais visités. Or :

D'après les courriers envoyés à ses parents, reçus de ses camarades de guerre et les documents administratifs j'ai pu savoir à quelle date il avait été blessé et à quel lieu.

Albert Billard, mon père, bordelais de naissance, le 23 JUILLET 1918 était au nord de l'Ourcq et entre la Marne et Reims.

MARDI 23 JUILLET 1918.

Au cours de la nuit, l'ennmi s'est borné à réagir par son artillerie, au nord de l'Ourcq et entre la Marne et Reims, notamment dans les bois de COURTON et du Roy.

Entre l'Ourcq et la Marne, nous avons brisé de fortes contre-attaques ennemies dans les régions de Grisolles et de Bézu-Saint-Germain. Nous avons maintenu partout nos positions. Les troupes britanniques ont gagné quelque terrain, au sud-est d'Hébuterne. Une attaque ennemie exécutée à la grenade dans cette région a été repoussée. Nos alliés ont capturé quelques prisonniers. En coopération avec nous, ils ont exécuté avec succès un raid au sud de Villers-Bretonneux, capturant quelques prisonniers et mitrailleuses. Les patrouilles anglaises ont pénétré dans les tranchées ennemies à Neuville-Vitasse, à Calonne-sur-la-Lys, et au nord de Bailleul, ramenant des prisonniers. Un raid ennemi dans ce dernier secteur a été repoussé. L'artillerie ennemie a été active dans le secteur de Locre. Les aviateurs anglais ont jeté 18 tonnes de bombes sur les voies ferrées de Coutrai et de Lille, les docks de Bruges, trois importants dépôts de munitions et des cantonnements ennemis sur divers points du front. Ils ont abattu quatorze appareils ennemis.

ARAGON - Chanté par Léo Ferré -

TU N'EN REVIENDRAS PAS

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles / Jeune homme dont j'ai vu battre le coeur à nu / Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus / Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille.

Qu'un obus a coupé par le travers en deux / Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre / Et toi le tatoué l'ancien légionnaire / Tu survivras longtemps sans visage sans yeux.

On part Dieu sait où, ça tient du mauvais rêve / On glissera le long de la ligne de feu / Quelque part ça commence à n'être plus du jeu / Les bonshommes là-bas attendent la relève.

Roule au loin roule le train des dernières lueurs / Les soldats assoupis que la danse secoue / Laisse pencher leur front et fléchissent le cou / Cela sent le tabac la laine et la sueur.

Comment vous regarder sans voir vos destinées / Fiancés de la terre et promis des douleurs / La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs / Vous bougez vaguement vos jambes condammées.

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit / Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places / Déjà le souvenir de vos amours s'efface / DEJA VOUS N'ETES PLUS QUE POUR AVOIR PERI.

ETAIENT AVEC LUI  DANS LE BOIS DE COURTON :

JUILLARD, Jean Léon - Soldat - 77ème REGIMENT D'INFENTERIE, recrutement de Clermont-Ferrand. Mort pour la France le 03.08.1918. Mort dans l'ambulance 12/4 Camp de Clichy (Marne). Suite des blessures de guerre. Il était né le 26 novembre 1886 à Cros dans le Puy de Dôme.

SIMONNET, Emile, Lucien, Eugène - Sergent - 4ème Régiment d'Infanterie 11ème compagnie. Mort pour la France le 23 juillet 1918, à l'ambulance 2/22 à Vatry (Marne). Suite des blessures de guerre. Il était né le 18 août 1884 à Rochefort en Charente-Inférieure.

CAPDEVILLE, Jean, Victor, François - Sergent - 4ème Régiment d'Infanterie - Mort pour la France le 27.07.1918 - AU COMBAT DU BOIS DE COURTON DANS LA MARNE - Tué à l'ennemi - Il était né le 28 juin 1884 à Tarascon (Ariège).

BERTHEZENE, Louis, Antoine, Ulysse - Soldat de 1ère Classe - 4ème Régiment d'Infanterie - Mort pour la France le 21.07.1918 - AU COMBAT DU BOIS DE COURTON DANS LA MARNE - Tué à l'ennemi - Il était né le 12 février 1896 à Notre-Dame de la Rouvière dans le Gard.

MICHELET, Henri, Paulin, Auguste - Soldat 2ème Classe - 4ème Régiment d'Infanterie - Mort pour la France le 18.07.1918 - AU COMBAT DU BOIS DE COURTON DANS LA MARNE - Tué à l'ennemi - Il était né le 22 août 1896 à Chaudefontaine (Marne).

Un militaire a donné à mon père hospitalisé les noms de ses amis qui étaient au combat avec lui, et j'ai fait des recherches...

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CREDO DES TRANCHEES OU LES CROYANCES DES POILUS :

Je crois à la France Immortelle/ à ma patrie, à notre Joffre tout puissant créateur de la victoire.

Je crois au Dieu de l'artillerie/ à motre 75mm à mon ange gardien/ mon fusil Lebel, à ma Rosalie maculée du sang des boches.

Je crois à l'enfer (mes frères/ prisonniers des barbares) ; au Diable/ (Guillaume le maudi) à Satan (le kronprintz incendiaire). Je crois à leur/ damnation à leur écrasement.

Je crois à la victoire certaine,/ Sous un ciel de paix, je crois déjà/ entendre les chants de gloire/ annoncer notre libération ; alors/ ce jour là, je croierai à la vie,/  au Dieu tout puissant et j'attendrai/

Son Paradis....    Ainsi soit-il ;

Signé ... Poilus,

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Extrait de l'article du 23.03.2014 de Jean-Claude GUILLEBAUD paru dans le journal Sud-Ouest Dimanche (dès que l'on m'en fera la demande je supprimerai cet article de mon site). Ce jouraliste étant comme moi enfant de combattant de 14/18.

Ce devait être la dernière.

..."A écouter les récits de mon père, disparu en 1973, j'ai pris l'habitude d'évoquer le saccage historique de cette "Guerre du droit", pas uniquement en référence aux vies perdues, mais aussi en termes de croyances et de générosité outragées. Pareil ravages sont moins immédiatement visibles, mais leurs effets souterrains cheminent bien plus longtemps. A terme, ils minent les assises d'une société, d'un pays, d'un continent entier. Quand on dit aujourd'hui que le patriotisme et le souci des autres sont passés de mode, c'est indirectement de cette gabegie initiale que l'on parle.

Après elle, le "je" l'aura durablement emporté sur le "nous", et le souci de soi aura prévalu sur la générosité spontanée, tant cette dernière fut honteusement instrumentalisée à Verdun, aux Eparges ou ailleurs. Oui, cent ans après, nous payons encore le prix de cette boucherie inaugurale."