De Valérie BLANC pour C.

 

 DE VALERIE BLANC pour C.

        Ce n'est pas la première fois que nous nous retrouvons tous ensemble, serrés les un contre les autres, à essayer de nous tenir chaud avec nos souvenirs : telle est la vie, tels sont les liens du sang, les liens du coeur, qui nous amènent à partager les joies et les peines, les rires et les pleurs.

       De souvenirs en souvenirs, d'un C. amoureux à un C. tonton, puis papa, de bons repas à Moulis pour refaire un peu le monde, en fous rires à la frontière espagnole, de plages à Saint-Sébastien en campings dans les Landes, de sables que l'on avait trouvés en Olonnes que l'on continuait à chercher, je n'ai pu m'empêcher ces derniers remps de repenser à notre petite cour de Caychac ; où les jeunes, les moins jeunes et les vieux, avec leurs amis et les voisins formèrent il y a à la fois longtemps et pas si longtemps que ça, un joli noyau familial autour d'une grand-mère fédératrice. Je me suis demandé, à partir des années soixante, un peu avant et bien après, combien avons-nous été d'enfants à apprendre à marcher, à courir, jouer, grandir dans cette cour ? je continue à compter.

      Comme partout ailleurs, même si notre cour était pourtant bien protégée, le vent y a soufflé bien fort, comme on souffle sur une fleur de pissenlit fanée. Quelques graines ont été emportées bien loin au-delà de tout regard, d'autre ont été éparpillées un peu partout, jusque sur une île un peu lointaine, et d'autres enfin, sont restées sur place. Avec elles, il y a encore des bâtiments, des maisons, des garages et des hangars qui résonnent de nous tous ; il y reste un pré, il y reste un gros arbre.

      Il y reste aussi, des planches à roulettes fabriquées de bric et de broc sur lesquelles mon cousin, tout jeune, repliait ses jambes déjà grandes, et dévalait parfois dans de magnifiques éclaboussures le caniveau qui traversait la cour, il y reste des parties de billes, dans le sable, des carambolages de petites voitures en plastique, des parties de foot, des pièges à souris qui ont attrapé aussi quelques oiseaux, des goûters dans l'herbe avec des tartines de pain dégoulinantes de barres de chocolat fondues au soleil, des parties de badminton jusqu'à nuit noire, des balançoires, des bas de pantalons rallongés encore et encore par une maman couturière, des courses de trotinettes et de vélos, des paires et des paires d'espadrilles, des mobylettes et des motos, un char à voile, des dessins et des peintures, de superbes bulles de couleur sur la voiture de M.J,... la solidarité d'un frère et d'une soeur, duo complice cher à nos coeurs.

      Il y reste une époque, où il nous est arrivé pendant un temps d'appeler C. : Crici, et de lui raconter, rituel annonciateur des grandes vacances, l'histoire de ce crici qui montait sur une branche au-dessus d'un étang et se mettait à chanter. C. nous disait qu'il n'aimait pas chanter. Pourtant, quand il était un peu sérieux, cela lui arrivait de temps en temps, il chantait plutôt bien. Ainsi donc, il ne chantait pas, mais il s'amusait à mimer l'histoire au fur et mesure que que nous la racontions. Alors, attention, mesdames et messieurs, le spectacle commençait ; le beau C. nous faisait l'animation, avec ses grands bras, du haut de ses grandes jambes, il est facile de l'imaginer.

      Je ne vous ferai pas l'affront, ici et aujourd'hui de re-raconter l'histoire en question. Elle est un peu exaspérante parce-qu'elle ne s'arrête jamais, ce n'est ni le lieu ni le moment, et puis surtout, nous avons tous passé l'âge de dire ces comptines en continuant à croire ce qu'elles voulaient bien nous faire croire : que tout recommence toujours pareil, autrement dit que la vie ne s'arrête pas. 

      Nous savons bien, qu'un jour finalement, les cricris ne remontent pas sur une branche ; Non ; mais si l'on gratte un peu pour réveiller l'enfant que l'on a été, on sait qu'à la fin de l'histoire, puisque fin il doit y avoir ici-bas, le cricri ne s'est pas noyé ; mais que tel une graine de pissenlit aidée par le vent, il s'est envolé, et que quelque part, même si ça n'était pas sa tasse de thé, il doit bien continuer à chanter !

       En dernier hommage à C. qui nous aura tant fait rire avant ces derniers mois,  je ne signerai pas aujourd'hui ce texte de mon prénom, mais du paraphe qu'il avait choisi :

Zapatta 

www.youtube.com/watch?v=39wDrOJ10JM

L'époque des grands voiliers - musique Vangelis "1492 Christophe Colomb"