l'abbé Constantin

LE PERE CONSTANTIN 

Au presbytère vivait, parfois, notre curé préféré (en ce temps  là l'église était comble) le Père Constantin. Celui-ci était un homme costaud, très joyeux et bon vivant, d'ailleurs tous les notables l'invitaient à leur table. Dans l'église, il parlait à ses paroissiens avec une voix tonitruante. simplement, comme lors d'une réunion entre amis. Il savait se mettre en scène et distraire son monde. Il faut dire, je crois même que bravant toute hypocrisie, il l'avait annoncé lui même dans l'église lors d'une messe, qu'il avait une famille. Le mari de sa, jolie et coquette, voisine  était parti la laissant seule avec trois enfants. Il l'avait consolée, et élevait ses petits comme si c'était les siens (un de ces trois enfants sera médecin). Un jour, fort triste et révolté, il nous a dit qu'il devait partir dans une autre paroisse. Des âmes immaculées, faisant partie de ses pratiquants, ne supportant pas qu'il ne soit qu'un homme (de foi) avaient demandé sa mutation. Sa bien-aimée et ses enfants sont partis avec lui. C'était un homme, chaleureux, convivial, courageux et franc. Un homme sain.

Témoignage de Y.-S.A.  : Nous avons fait la retraite de première communion à Caychac. Dans le cadre de cette retraite nous avIons  un goûter à Grattequina et pendant que le Père Constantin, faisait la sieste allongé dans l'herbe, et nous nous amusions à sauter par-dessus son ventre, sans qu'il se réveille.

 Nous garderons le souvenir de Bruno Laporte, son enfant de choeur handicapé, accomplissant les actes de sa fonction avec de grandes difficultés, mais beaucoup de foi et de persévérance.

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Mme Sibrac Mère, habitait le Château Bel-Air, son époux était conseiller municipal du temps de M. Duvert ?. A Caychac nous la connaissions tous, elle était une représentante du catholisisme très engagé et mis en pratique. Pendant les années 50 à 65, il faut le demander à ses enfants, elle a parcouru toutes les routes sur son solex, été comme hiver, pour aider les familles dans le malheur mais aussi pour partager leur bonheur lors des mariages. Elle fleurissait l'Eglise et apportait un grand réconfort moral à ceux qui en avaient le besoin. Plus tard elle a continué sa mission  en 4 L, je ne sais pas si accompagnée de son époux, elle a manqué une messe à Caychac durant sa vie, tant qu'elle a pu le faire.

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Actualité du 29 octobre 2010 pour ceux qui connaissaient le Père Michel et n'ont pas de moyens d'informations.

Sud-Ouest du vendredi 29 octobre et du samedi 30 octobre 2010 : avis d'obsèques :

La congrégation du Latran et la Communauté des Pères de Saint-Augustin de Caychac, sa famille ses amis vous font part du décès du

Père Michel Maurille, survenue le 27 octobre 2010 à l'âge de 68 ans.

Le cardinal Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux ; la communauté des Pères de Saint Augustin, le secteur pastoral de Blanquefort vous font part du décès du Père Michel MAURILLE, ses obsèques seront célébrées le samedi 30 octobre à 11 heures, en l'église Saint-Martin de Blanquefort.

Le professeur Manuel TUNON de LARA président de l'université Victor-Ségalen Bordeaux 2 ; le professeur DORON, directeur de l'Unité de formation et de recherche des sciences de l'homme ; les membres des conseils, le corps enseignant et l'ensemble des personnels de l'université ont la tristesse de vous faire part du décès de : Michel MAURILLE, maître de conférences honoraire de psychologie.

Il est enterré au cimetière de Blanquefort, dans la tombe de l'Abbé Raby.

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J'avais oublié de citer le nom de Ninette DUVERDIER (je ne l'ai connue que sous ce déminutif), pourtant cette bénévole discrète et assidue, toute menue et grisonnante a animé les messes de l'église, moi de préférerais dire : chapelle de Caychac, pendant des décennies. Melle DUVERDIER jouait de l'harmonium. je ne savais rien de sa vie, je n'ai jamais entendu de ragots sur elle, l'hamonium de l'église était son moyen d'expression, et nous aimions cette façon de communiquer qui nous élevait vers des cieux. Il me semble que sa vie durant elle a été présente, nous avions tellement l'habitude de l'entendre que nous n'y faisions plus attention, aux messes, aux mariages, aux enterrements, sans interruption, tellement généreuse que tout les catholiques trouvaient que c'était normal qu'elle soit là, pour eux.

Madame Richelle ? toute tordue et rabougrie quand j'ai pris conscience de sa présence dans la vie de la paroisse, je crois qu'elle aidait les prêtres. Elle faisait la quête, et sonnait les cloches. C'était, une époque que les moins de cinquante ans n'ont pas connue, il fallait tirer sur les cordes des deux cloches, la grosse et la petite, pendant au moins cinq minutes, et pour une personne très âgée c'est une tâche difficile, alors nous, les enfants du bourg de Cachac, nous allions souvent à deux, sonner l'angélus du soir. Il me semble que c'était la veuve du sacristain dant elle avait pris la relève.

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Vers le début des année 60, M. le chanoine André ABADIE est décédé, "Les Bluets" ou "Bleuets" association sportive de Blanquefort lui doit sa création vers les années 1900, avant qu'il soit muté à l'Eglise Saint-Louis de Bordeaux. Ma tante Marguerite Billard-Duchein qu'il avait baptisée a gardé son faire part de décès, sans les dates. (à rectifier)

Pour les généalogistes que cela intéresse : Mme Vve Arthur Abadie, M. André Abadie et ses enfants, M. et Mme Pierre Abadie, Mme Vve Labatut, M. et Mme Pierre Chemineau et leurs enfants, M. et Mme Michel Lacoste et leur fille, les familles Abadie, Aubian, Mengelle, Danguy, Fournier de Montousse, Bartouilh de Taillac.

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Fidel Castro ayant été élevé par sa mère dans la religion catholique, Jean-Paul l'avait déjà rencontré en 1998. Et, ce 28 mars 2012, le Pape Benoït XVI va lui rendre visite pour l'écouter en confession et l'absoudre ? (mais, non). Est-il possible qu'il y ait deux sortes de criminels...?

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Il y a quelques temps j'ai reçu un mail de Julien VIOU qui me demandait si j'avais bien connu son arrière-grand-père Charles Bosseux. Dans ce courriel il me parlait de sa grand-mère, Mme VIOU que j'ai vue si souvent venir à l'Eglise St. Joseph pour l'entretenir et la décorer. Les dernières années il m'a semblée qu'elle avait du mal à se déplacer car elle s'appuyait sur son vélo. C'est une femme que j'ai toujours connue très croyante, d'une grande discrétion et affable. Son petit fils m'a dit qu'elle habite toujours à Caychac la maison "L'Hirondelle" qui appartient à la famille BOSSEUX depuis 1936.

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Depuis le 1 er septembre l'équipe pastorale a changé, et a été remplacée par une autre qui couvre le secteur d'Eysines, Blanquefort, Le Pian Médoc et Parempuyre. Ils habitent le presbytère de Blanquefort et ont un bureau à Eysines.

Le Père Jean-Claude Sorin que nous connaissions à Caychac depuis quarante ans était parti à Eysines, mais les jeunes gens du village qui se mariaient faisaient souvent appel à lui pour célébrer leur cerémonie de mariage car il leur avait fait faire leur profession de foi et des liens s'étaient noués.

Actuellement nous avons 3 curés et un abbé :

- Le père Pierre DEPRECQ - Cathéchèse.

- Le père Gaëtan CECCATO, 43 ans - Aumônerie, catéchumat et maisons de retraite.

- Le père Albert RAMAMANTSOAVINA, 39 ans - Qui va passer une année dans le secteur.

- L'abbé Bruno MAUREL, 28 ans, ordonné diacre - Jeunes du collège et associations caritatives.

Le dimanche 14 octobre 2012 aura lieu une messe d'installation présidée par Monseigneur RICARD à 16 heures en l'église Saint-Martin de BLANQUEFORT.

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Sans rapport avec ce qui précède, mais il faut que les jeunes et leurs parents le sachent.

France 2 le 10 avril a diffusé un film : "Le Silence des églises", et Emmanuelle Touraine interviewe l'acteur principal, Robin Renucci dans télé 7 jours.

"Téléfilm : Qu'est-ce qui a motivé votre choix d'incarner le père Vincey, un prêtre pédophile, dans la première fiction télé consacrée à un sujet aussi tabou et douloureux.

Robin Renucci : En acceptant, ce rôle, je fais un acte citoyen et politique. Selon moi, la fiction doit raconter le monde pour éclairer les zones d'ombre et amener à la réflexion. En cas de pédophilie, l'Eglise se place au-dessus de la loi. Le droit canonique dit "réglons ça entre nous", en silence, quand le droit français stipule que tout le monde, sans exception, doit dénoncer les abus sur les enfants de moins de 15 ans.

- Directeur d'une école catholique, le père Vincey, qui abuse, entre autres, de son jeune élève Gabriel, n'est pas présenté comme un monstre dépravé. Comment joue-t-on l'ordure derrière l'homme affable ?

La gageure était de ne pas en faire trop. En jouant le côté monstrueux, j'aurais écarté l'humain. Or, il doit se présenter sous un jour aimable pour entrer au sein d'une famille et "séduire" Gabriel..."

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01.04.2016 - En cette période où l'église est ébranlée par les actes de pédophilie de certains de ces prêtres (pas la mojorité) je reprends le cas du prêtre de Caychac et Parempuyre qui a succédé au curé Constantin avant 1973.

Nous sommes passés d'un prêtre bouillonnant à un prêtre rougissant à la parole difficile ses prêches étaient très longs car il restait  pendant de longues minutes sans parler et j'étais inquiète, car j'avais peur que sa parole ne revienne plus. II circulait à vélo solex, par la suite j'ai appris que c'était un érudit qui passait beaucoup de temps à la bibliothèque de Bordeaux.

A mes yeux il était malade, mais personne n'en parlait donc j'avais peut-être tort. C'est donc ce prêtre qui refusait lors de ses visites au paroissiens d'être en présence de leurs enfants de sexe masculin.

Il est venu chez mes parents, derrière l'église de Caychac, et j'y étais ce qu'il nous a dit ce jour là m'a semblé très juste : il a parlé du sacrement de la confession et de son pouvoir d'absoudre des fautes contre une pénitence et il m'a semblé qu'il n'était pas entièrement d'accord avec ce pardon de l'église et cela le minait : "Les pénitents viennent confesser leurs fautes, nous les prêtres nous leur donnont l'absolution et une fois sortis il continuent à fauter de la même manière sachant il seront à nouveau pardonnés" Quels effort font-ils pour changer ?

Dans la famille nous aimions écouter chanter Edith Piaf dont nous connaissions quelques aventures sentimentales, mais lors de sa mort ce curé n'a pas eu de mots assez durs pour parler de la conduite légère de la chanteuse, il a passé tout son prêche à la condamner et à la situer en enfer pour l'éternité, amen.

Allez, il y a diverses formes de violence de la part de ces hommes de pouvoir, pour moi écouter ce même prêtre nous décrire par le menu les souffrances du Christ sur la croix à l'aide de détails anatomiques concernant : muscles, nerfs et position des clous, puis pareil avec la couronne d'épines et autres objets de torture a été très douloureux à entendre, mais j'étais jeune et trop sensible...sans doute....

Je n'avais pas trop le désir d'écrire ces passages que je n'invente pas. Je m'arrête ne voulant pas aller plus loin.

Les gens sont très naïfs, mais leurs enfants peuvent être détruits pour la vie et c'est très très grave, Dieu n'enlève pas les pulsions sexuelles chez les prêtres, il n'y a pas de miracles, elles sont toujours à un endroit de leurs cerveaux et se manifestent sous différentes formes positives ou très néfastes.

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EXTRAIT DU LIVRE DE NICOLE AVRIL - VOYAGE EN AVRIL Editeur Plon 2010 - p.130 à 140.

Avant toute chose ce livre est écrit pour essayer de raconter son père et l'amour passionné qu'elle lui a porté sa vie durant et qu'elle continue à lui porter au-delà de sa mort. Nicole Avril était enfant unique.

Le problème avec un auteur de ce talent est que l'on ne peut pas résumer. Cet épisode de sa vie se passe à Lyon vers 1948. Chose surprenante, c'est cette ville en 2016 qui donne lieu à la révélation de plusieurs scandales concernant la conduite de prêtres vis-à-vis de jeunes mineurs.

"Je n'ai jamais eu le sentiment de courir un danger dans les caves de mon quartier, ni avec Maurice ni avec les autres voyous. Les prêtres eux, ont bien failli me jeter dans le soupçon.

En ce temps-là, j'avais la foi et le domaine de la religion m'appartenait en propre. J'avais rejeté pour une fois l'influence de mon père et son scepticisme. Je voulais prier à ma guise. Je voulais me confesser, m'agenouiller, espérer et rêver. Je voulais écouter la belle histoire.

On m'envoya deux années de suite dans une sorte de colonie de vacances. Je devais avoir une dizaine d'années. Farouches laïcs, mes parents m'avaient sans doute rein trouvé de mieux, pour me faire respirer le grand air des monts du Lyonnais, que cette colonie de vacances installée dans un pensionnat religieux, dirigé par un vieux prêtre.Ce dernier nous imposait sa messe quotidienne et des prières incessantes. Au moindre manquement, ou ce qui été considéré comme tel, nous avions à subir toutes sortes de châtiments corporels. Stations à genoux et au soleil pendant au moins une heure, fessées administrées par une grosse Andrée, chef des cheftaines, qui prenait un vicieux plaisir à zébrer nos cuisses, tours de la cour en file indienne et en silence, bras croisés derrière le dos et tête baissée...

Les récompenses étaient encore pires que les punitions. A peine étions-nous couchées que la monitrice prononçait le nom de l'heureuse élue qui devait aussitôt se relever en chemise de nuit pour la suivre. Je sais ce qui se passait pour moi. J'ignore tout du sort des autres. Nous n'en parlions jamais entre nous, encore moins à nos parents. Chacune avait peur de ne pas avoir bien compris, de voir le mal où il n'était peut-être pas - la parabole de la paille et de la poutre -, de pêcher  par pensée, d'imaginer le vice à où il n'y avait que la vertu. On préférait se taire et tenter d'oublier. Parce qu'elles sont les proies privilégiées des adultes les filles apprenent très tôt la méfiance. Ce ne fut pas mon cas, simplement je ne sentais pas incitée à grandir. Le danger prenait dans mes cauchemars l'allure massive et sombre de cette espèce de taureau que je retrouvait sous la forme du Minotaure dans l'oeuvre de Picasso.

Accompagnée de la monitrice, l'élue était alors autorisée à se rendre chez le vieux prêtre qui se disait médecin. Elle entrait seule. Le vieux prêtre lui offrait des bonbons et annonçait la voix suave, que l'examen médical allait exiger des soins particuliers qui pourraient éventuellement, être prolongés d'autres séances.

Je me rappelle que ses paroles, très douces, me faisaient du bien après tous les mauvais traitements. Le prêtre commençait par soigner sur ma peau les différentes traces des coups. Je me rappelle le froid sur mon corps nu alors qu'il fixait mes talons dans ces étriers métalliques que je reverrai beaucoup plus tard chez le gynécologue. Il continuait à égrener ses mots, comme une prière de nuit, faisant aller et venir entre mes jambes un morceau de coton au bout d'une longue pince. Il me disait de m'allonger, le dos contre la table, et de fermer les yeux afin de mieux me reposer. Il me disait aussi que j'étais très sale, et que, à moins d'être nettoyée de fond en comble j'allais tomber malade. Il me disait enfin qu'il était là pour remédier à tout.

C'était interminable. Je craignais que, afin de mieux me décrasser, il n'utilisât l'éther dont je ne supportais plus d'odeur depuis ma première opération. Je rentrais hébétée au dortoir où la même monitrice me raccompagnait. Je m'endormais comme on plonge dans un gouffre. Au réveil j'avais le sentiment d'avoir traversé un de ces cauchemar qu'il faut à tout prix taire." C'est dimanche son père vient la chercher "Quand il fut presque à la hauteur de la maison, j'abandonnai mon poste de de guet. Je ne voulais trahir ni mon appréhension ni mon amour. Cà va ? me demanderait-il dans l'autocar du retour. Je répondrais : Ca va...."

"...Ce fut la fin de l'année soclaire. Il faisait toujours aussi chaud. L'aumönerie décida d'emmner ses ouailles passer un jeudi dans les monts du Lyonnais avec un pique-nique champêtre c'était la joie. Je n'étais pas loin de mes onze ans. Je piquais des fous rires qui me plissaient les yeux. De bonheur j'en oubliais même de respirer et m'essoufflais jusqu'à souffrir d'un point de côté. J'arborais des socquettes blanches dans des sandales en cuir et une jolie robe dont je me souviens de la couleur et de la forme, mon père m'ayant filmée dans cette tenue. Un joli bleu vif avec de fines rayures blanches. Un haut orné de plis aussi plats que mon buste, des manches ballons et une jupe trop courte sur des jambes nerveuses qui avaient exagérément grandi cette année-là...."

"... A l'avant de l'autocar, je riais avec mes amies et sans doute encore plus fort qu'elles, quand on me fit signe, monsieur l'abbé me demandait. Je m'exécutai aussitôt, me frayant avec difficulté un passage parmi les groupes qui chahutaient. Je tenais à la main un verre pliant rempli de citronnade. Un virage brutal et un geste maladroit de ma par firent soudain se replier sur eux-même les anneaux de plastiques et l'eau se répandit en longues coulées jaunasses sur ma jolie robe.

L'abbé C. occupait le milieu de la banquette au fond de l'autocar, et, de part et d'autre quatre autres abbés, beaucoup  plus âgés et beaucoup moins fringants étaient assis à sa droite et à sa gauche. Les yeux encore larmoyants de rire, les joues cramoisies et la robe trempée j'avançai vers lui dans une complète confusion. Loin de juger ma déconfiture, il se montra à mon égard plus enthousiaste que jamais. Il semblait s'être entretenu de moi avec ses coreligionnaires et m'avoir fait quérir afin qu'ils fussent à même de comparer l'original et le portrait qu'il avait campé à leur intention. Regardez, devait dire l'abbé, mais regardez donc ! n'est-elle pas belle à croquer ?

Je ne suis pas certaine qu'il ait employé ce mot-là. Mais c'est ce que j'ai cru soudain comprendre. Que non seulement j'étais à croquer, mais qu'il voulait me croquer. Il y avait des dos d'âne et tous ces virages finissaient par me donner mal au coeur. Il y avait cette chaleur et ce chaos dans ma tête. J'étais si plate, si menue, si gamine, c'est cela, si gamine, c'était l'expression qu'employaient mes amies en parlant de moi, pourquoi cet abbé dans la force de l'âge, qui n'avait à mes yeux que la forme asexuée des personnages de la Légende dorée, pouvait-il faire l'article à mon propos ? Comment pouvait-il me convoiter au vu et au su de tout le monde ? 

Je ne comprenais rien, j'ignorais tout de ce qui se passait sous les plis de la belle soutane. Je ne voulais pas le savoir, surtout ne pas le savoir. Non seulement ce que je pressentaits me faisait horreur, mais j'éprouvais une terrible honte. Je n'étais pas comme les autres. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi était-ce, comme un fait exprès, moi, toujours moi ? Etait-ce, dans la vie comme dans la chanson : "Le sort tomba sur le plus jeune, le sort tomba sur le plus jeune, qui n'avait ja-ja-jamais navigué, qui n'avait ja-ja-jamais navigué, ohé, ohé..." ?

La fuite. Je pris la fuite. Souvent, par la suite, je prendrai la suite, retrouvant dans le regard d'autres hommes le regard de l'abbé. Je retournai le plus vite possible à l'avant de l'autocar où les rires des autres me protégeraient. Qu'est-ce qu'il te voulait ? Dis-nous, allez dis-nous ! Tu sais il y a longtemps qu'on a deviné...Rien, mais rien du tout. Qu'est-ce qu'il aurait bien pu me vouloir, je vous le demande ?...

... L'année suivante, l'abbé décida que, malgré mes excellentes notes en cathéchisme, j'étais trop jeune pour faire ma communion solennelle avec les autres élèves de ma classe. Je devrais attendre un an de plus. La nouvelle ne produisit sur moi aucun effet, je prenais l'habitude d'être traitée comme un cas à part et je ne soupçonnais même pas l'abbé de vouloir me garder plus longtemps dans son giron. Cette année-là pourtant, il prétendit que le gouvernement de mon âme nécessitait des soins particuliers et qu'il s'en occuperait le samedi après-midi chez lui. Il habitait juste à côté de la basilique romane d'Ainay, à cinquante mètres du collège et de l'aumônerie. Ce serait un entretien qui préparait les confessions à venir. Il avait l'air grave, ce qui faisait suposer que mon âme était en piètre état.

Dans ma niaiserie, il m'apparut pourtant que je devais pas me rendre seule chez l'abbé. Je réussis à convaincre ma plus proche amie de m'accompagner. Je voyais ça comme une visite chez le dentiste. Elle m'attendrait au salon, tandis que je serais immobilisée dans le fauteuil sous la lumière crue de Dieu. Dans l'escalier de son immeuble bourgeois. Je me demandais encore ce que monsieur l'abbé pouvais bien me vouloir. Te tripoter, dit l'amie sur le ton de l'évidence. Elle avait deux ans de plus que moi et un avantage d'une dizaine de kilos. Tripoter quoi ? vraiment,  je ne voyais pas. Alors, tut ne me lâches pas, Promis ? On riait comme des folles pour cacher la peur.

Quand il nous a vues toutes les deux sur son paillasson, son visage s'est défait. Il a alors risqué une dernière chance, soulignant d'une remarque impérative qu'il ne comptait consacrer cet entretien à moi seule. D'un coup, un soupçon d'intelligence m'éclaira soudain, je dis alors avec l'assurance des apôtres recevant le don des langues le jour de la Pentecôte que je n'entrerais pas chez lui sans la compangnie de mon amie que je poussais énergiquement devant moi.

Son appartement sentait le cuir et la cire. Il semblait se composer d'un alignement de pièces que l'on devinaient vastes et obscures. Il nous fit asseoir dans un fauteuil de bois capitonné de cuir. Il marchait de long en large devant nous, balançant sur son parcours un vague discours de morale. L'affaire fut vite expédiée. Il ne pensait qu'à une seule chose, nous mettre à la porte le plus vite possible pour se débarrasser par là du surnombre. Il se garda bien de renouveller son invitation.(à suivre, il n'est pas mentionné que c'est un roman)