Préludes à l'occupation

 

PRELUDES A L'OCCUPATION

C'est le 25 juin, que les premiers uniformes allemands apparaissent à Bordeaux. Il ne s'agit que de quelques officiers allemands venus prendre contact avec l'Etat-Major de la 18 e Région, rue de Cursol. Notre état-major, d'ailleurs est en instance de départ. Le premier à quitter Bordeaux est le général Altmayer (1), affecté comme adjoint au général Lafont, il vient de recevoir l'ordre de partir pour Pau où va se replier le commandant de la 18e Région, en zone non occupée. Pécédemment il avait été chargé par le général de Gaulle, encore sous-secrétaire d'Etat à la Défense Nationale, d'organiser l'illusoire "réduit breton". 

(1) Le général René Altmayer, dont il est question ici, ancien commandant du 5e Corps d'Armée était le frère cadet du général Robert Almayer, commandant la Xe armée, fait prisonnier à Rennes.

Pour accomplir cette tâche, il disposait d'un embryon d'Etat-Major, et d'une trentaine de plantons et téléphonistes sans la moindre escouade de troupes combattantes. Encerclé à Rennes dans dans Q.G., par des éléments motorisés ennemis, il avait pu s'échapper, avec ses officiers, en sautant par-dessus des murs de clôture et avait filé en commionnette poursuivi par des rafales de mitrailleuses...

Le même jour, le maire de Bordeaux demande au général Lafont de lui ménager ainsi qu'au Préfet une rencontre avec les autorités allemandes, au Carbon Blanc, pour régler certaines questions administratives... La requête est transmise par l'intermédiaire du Colonel Nadal, qui commande à Saintes, en zone occupée mais est resté en liaison avec le Q.G. de Bordeaux... Aucune réponse ne parvient.

Le soir du 25 juin, le maréchal Pétain confie aux ondes son appel historique annonçant la signature des deux armistices : (voir chapitre suivant)

Dans cette même journée du 25, le général Lafon a de nombreux contacts avec les Allemands qui s'installent une permanence, commandée par un certaine major Müller, dans la caserne de la rue de Cusol... Des troupes doivent traverser Bordeaux le 28 juin pour gagner le sud. Mais l'occupation de la ville ne s'accomplira pas avant le 1er juillet.

De son côté, M. Baudouin reçoit dans son cabinet, à la faculté de Droit, M. Jacques Chastenet, directeur de "Temps" qui a des attaches en Gironde, puisque son père a été sénateur de ce département et que lui-même est maire de la commune de Saillans, près de Libourne, où il possède un château ancien, meublé et orné avec goût.

Le ministre demande à M. Chastenet de partir dès le lendemain  pour Londres, afin d'y renseigner de vive voix lord Halifax et notre embassade sur les sentiments et les intentions véritables du gouvernement français. M. Chastenet accepte cette mission de confiance, mais il ne pourra aller plus loin que Lisbonne, le gouvernement anglais ayant fait obstacle à sa mission.

Le même jour, le général de Gaulle prononce à la radio de Londres un discours qui aura les plus tragiques conséquences sur les relations franco-britanniques. Il dit notamment :

"On vous a fait croire, monsieur le Maréchal, que cet armistice, demandé à des soldats par le grand soldat que vous êtes, serait honorable pour la France. Je pense maintenant que vous êtes fixé. Cet armistice est déshonorant... Notre flotte, nos avions à livrer intacts pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres alliés... etc."

Paroles imprudentes, qui justifient par avance Mers-el-Kebir, au prix d'une contre-vérité.

Depuis, Churchill a réfuté lui-même le général de Gaulle. Il a écrit dans ses Mémoirs :

Il est incontestable qu'aun navire français ne fut armé par les Allemands ou utilisé contre nous au cours de cette guerre".