Les vendanges

 

Les dernières vendanges

Avant d'être envahi par les voitures qui ont empêchées la libre circulation des charrettes, j'ai quelques petits souvenirs, vagues, de vendanges. C'est pourquoi, je vous demanderai d'être indulgents ou de m'apporter d'autres éléments, de plus, il me manque du vocabulaire.

1° - Les vendanges de Roland Blanc dans les années 50 dont les repas pendant deux ans ont eu lieu chez Jeanne Charlot.

2° - Les vendanges d'André Olivier, rue de Peybois, auxquelles, trop petite, je n'ai pas participées mais dont les charrettes de raisin passaient devant ma porte, derrière l'Eglise.

Michel Olivier, pieds nus, le pantalon retroussé sur les mollets dans le pressoir en train de fouler le raisin, m'a proposé de venir l'aider. J'étais toute jeune,  je n'ai pas aimé la sensation et j'avais peur de tomber. Quelques temps plus tard l'odeur entêtante de la râpe entassée, nous rappelait que les beaux jours allaient se terminer.

3° - Les vendanges chez Maurice Laporte, Rue de l'Abbé Raby, qui duraient 2 jours.

4° - Les vendanges de Roland et André Blanc, Rue Edmond Blanc. Le repas avait lieu à côté de la maison de Raymond Faure.

5° - Les vendanges des années 39-45 desquelles je n'ai qu'une photo. Celle des employés de Marie-Brizard joyeux, sur et autour d'une charrette, venant vendanger les vignes de Maurian et de Parempuyre de mes Grands-Parents.

Des premières vendanges de Roland, je n'ai que le souvenir, d'être rue des Gravières (au Baraillot) perchée et accrochée à une charrette bringuebalante. J'avais compris qu'il valait mieux être au plus près du charretier, c'était plus sûr. Nous étions plusieurs enfants chantant à pleine voix, rieurs, les mêmes qu'à la forge, fatigués de nous être amusés, d'avoir mangé du raisin, heureux et insouciants. Il n'en était pas de même pour Jeanne Charlot, rue de l'abbé Raby, qui devait préparer le repas. De toute façon, veuve, sans beaucoup de revenus, rien n'allait bien pour elle. D'ailleurs une de ces années là, en pleine vendanges, sa mère Mme Laspeyre était au plus mal, dans la maison des vendanges, et nous, les enfants, Rolande et moi, allions la voir.

Les chais où l'on amenait le raisin étaient situés, c'est difficile à expliquer maintenant,  dans le passage qui longeait la maison bordée de roses de Jacques Comtat. En temps ordinaire, c'était une réserve à rutabagas pour le bétail.

Maurice et Geneviève Laporte, Hélène ROSIER.

Chez Maurice Laporte, toute la famille participait aux vendanges : son fils Jean-Pierre, sa belle-fille, tous les Seguin, les Dubourdieu de Caychac, de Blanquefort, et les voisins, Jo Alips et Gisèle, sa Josette, jeunes mariés. 

(Jo est un enfant de l'assistance publique, dynamique et très débrouillard. Avec Josette, il a eu quatre enfants nés rue de l'Abbé Raby : Guylaine, Evelyne, Guy et Odile. Evelyne est décédée très jeune dans un accident de voiture et Guy d'une longue et cruelle maladie avant ses quarante cinq ans).  

Vendanges classiques, départ le matin à 8 heures, nous arrivons dans les vignes de la rue de Peybois nimbées de brume automnale. Il fait frisquet. Nous somme pleins d'entrain, le sécateur dans une main, le baillot dans l'autre. Le porteur de hotte plaisante avec les filles. Nous nous lançons du raisin à la figure, normal. Vers dix heures, la pause ravitaillement, avec sardines à l'huile, porc froid, cornichons, fromage et un petit coup de rouge. Le soleil s'est levé, nous reprenons notre tâche, jusqu'à midi, puis, nous rentrons chez le propriétaire des vignes. Son épouse et sa belle-mère nous ont fait le repas. Voici un menu ordinaire, si mes souvenirs sont bons : soupe à la tomate, charcuterie : pâté, saucisson, boudin. Le plat : pot-au-feu avec plein de légumes agrémentés de moutarde et de cornichons. Pour finir, fromage et café. Le soir, la soupe peut être à l'oignon, et le plat : une poule au pot. 

L'après-midi, la fatigue commence à se faire sentir au fur et à mesure que passent les heures. Nous nous relevons de plus en plus souvent pour soulager notre dos, cassé d'être resté aussi longtemps plié en deux. Le sécateur nous fait des ampoules aux mains. Le porteur de hotte, titube, harassé, il doit se pencher vers le vendangeur, dont le baillot est plein. Une fois sa hotte débordante, il doit monter dans la charrette, se pencher à nouveau pour la vider dans un des deux douils installés sur la charrette. Puis, redescendre, et recommencer à enjamber les rangs pour recueillir la récolte des vendangeurs qui, le baillot plein, l'appellent. Toutes ces activités sont rythmées par l'angélus.

Le soir venu, après le souper, au menu : grande rigolade avec grosses et grasses blagues et tours de magie de Jo.

En revanche, je me souviens très bien de l'un des vendangeurs qui, prit de boisson, cherchait partout une corde pour se pendre ! Et de tous les autres vendangeurs qui le retenaient en lui disant : "non, non, ne fais pas ça ! "

La fête des vendanges

Lucien Lafleur, le Roi des vendanges et la reine était Suzy Bauzelle. (le beau Lucien, métis au cheveux bruns crépus, aux yeux verts et à la peau colorée).

En fait, aux mois de septembre et octobre j'avais regagné Bordeaux, et personne ne m'a racontée le char décoré qui traversait le village en transportant la reine et le roi à grand bruit.

Mon amie Marie-Rose Miranda, et sa soeur Pierrette Le Rouzic voyant mon embarras m'ont donné quelques renseignements, et Yolande Abboville-Schoenmakers quelques photos de cette époque, 1960. Le char était constuit et décoré dans la cour de Débé BIAYS.

Une cour mythique pour les enfants, les jeunes couples, les grands parents qui y vécurent ou la fréquentèrent. Il y avait, Françoise, Louisette et puis Bernard, Jean-Pierre et Claude, Marie-Jo et Christian, Valérie et Fabienne, Marie-Rose et Henri, Pierrette et André, Angel, Marie et son époux et leurs enfants, et la Grand-mère tutélaire et la mamie Biays et...combien d'autres, je ne le sais pas. Mais, un bel après-midi d'été, j'y suis allée tricoter, sous l'arbre unique.